Union rationaliste

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Description de l'ouvrage

Présentation

En décidant de consacrer un numéro de Raison Présente au fanatisme, nous savions que le traitement de cette question sensible n’irait pas sans de nécessaires précautions. Cette brève présentation souhaite exposer quelques principes de méthode qui ont présidé à la construction du dossier ici proposé.

Il s’agit d’abord d’engager une réflexion qui aide à comprendre les manifestations les plus apparemment irrationnelles, violentes ou inquiétantes de ce que nous appellerons par commodité (pour l’instant) « fanatisme » et « fanatiques ». Comprendre, rappelons-le contre un courant d’opinion réactionnaire, hélas trop répandu, n’est ni justifier ni excuser. C’est une opération intellectuelle qui doit permettre de combattre, en connaissance de cause, un certain type d’actions criminelles et de s’interroger sur les conditions qui ont pu les rendre possibles. Ravaillac était peut-être un fanatique mais l’assassinat de Henri IV ne fut pas le résultat de la rencontre malheureuse d’un excité et de son Roi. Villain aurait-il assassiné Jaurès s’il avait décidé librement de passer à l’acte ? Et que dire de l’assassinat d’Yitzhak Rabin ?

La première question que nous nous sommes posée a été celle des mots dont nous faisons usage. Nommer « une chose », c’est la faire exister d’une certaine manière. Les mots ont un sens, ou plusieurs, soyons attentifs. Cette interrogation sur l’emploi des mots marque d’un fil rouge l’ensemble du dossier. L’article introductif de Michel Casevitz, Fanatique et fanatisme : étude de sémantique historique, retrace l’histoire du mot de 1564, date de son apparition chez Rabelais, à nos jours. Après s’être laïcisé, voire banalisé, il connaît un regain de vitalité, revenant à ses origines religieuses. Mais est-ce toujours d’une façon pertinente ?

Jean-Paul Rehr (Inquisiteurs entre deux mondes) pense que pour écrire l’histoire des Cathares et de l’hérésie cathare, l’emploi du mot « fanatisme » crée plus de difficultés qu’il n’apporte de lumière. Pour sa part, Philippe Blanchet (« Radicalisation » ou « fanatisme ». Réflexions critiques sur un terme pernicieux), énumérant tous les usages qui sont faits des mots « radicalisation » et « déradicalisation », développe les raisons qui le conduisent à récuser ces termes qu’il juge « pernicieux ». En dernière analyse, il propose, non sans une certaine prudence, de s’en tenir à « fanatisme à prétexte X », la variable X pouvant être religieuse, musulmane, catholique, nationale, politique, etc.

Emmanuelle Huisman Perrin, dans un texte philosophique qui ne manque pas d’audace, pose la question : Le fanatisme est-il toujours le nom de ce que l’on veut diaboliser ? N’en retenons pour l’instant que deux points : « fanatisme » ne saurait être élevé à la hauteur d’un concept, il serait plutôt une idée empirique dont nous devons admettre l’utilité, et c’est un mot très fréquemment « disqualifiant », dont l’usage consiste à déconsidérer (« disqualifier ») l’interlocuteur éventuel, coupant ainsi court à toute discussion argumentée. Selon l’auteure, le « fanatisme » se situerait au point de rencontre du désir de pouvoir absolu, de la prétention à tout savoir et la certitude d’avoir toujours raison avec le goût de la « servitude volontaire », l’abandon de tout esprit critique et l’aveuglement consenti. Cette défaite de la raison a produit ce qu’on a appelé « le culte de la personnalité ». Une religiosité laïque se dresse alors contre la pensée politique.

Pour Paul Zawadzki (Le fanatisme, sens et métamorphoses) la signification d’un mot évolue « au gré des péripéties de l’histoire ». S’intéressant avec empathie à nos jeunes djihadistes, il se demande quel rapport peut bien exister entre ces jeunes gens et les « fanatiques » que combattaient les intellectuels des Lumières. Autrement dit, en quoi et jusqu’où les Lumières dont nous nous proclamons les héritiers demeurent-elles opérationnelles pour nous aider dans nos luttes actuelles ? Question presque iconoclaste ou sacrilège : « la boussole voltairienne nous serait-elle d’un si grand secours » ? Il nous livre une très fine analyse des rapports de la pensée philosophique de Voltaire avec celle de Rousseau. Face à l’apôtre de la tolérance, Rousseau sut dire qu’il pouvait exister un fanatisme des philosophes. Ouvrant son texte sur l’évocation des djihadistes, il conclut avec eux et sur une note relativement optimiste.

Les quatre études qui, après le texte introductif, composent la première partie du dossier doivent bénéficier de l’éclairage que leur donne l’ensemble plus théorique qui les suit et que nous venons de présenter. Ils allient profondeur historique, Jean-Paul Rehr (Inquisiteurs entre deux mondes) et espace géographique, Monique de Saint-Martin (Extrémisme politique et extrémisme religieux évangélique au Brésil), Apollinaire-Sam Simantoto Mafuta (Le « combat spirituel » des néo-pentecôtistes au Congo), Farhad Khosrokhavar (L’imaginaire fanatisé dans le djihadisme européen). En un temps où nous serions tentés de penser qu’il n’est de fanatisme qu’islamiste, il est bon de rappeler le danger non moins redoutable que représentent les combats des Évangéliques dans deux grands continents.

Notre dossier est suivi d’un hommage à Maurice Caveing, rationaliste et éminent historien des mathématiques, hommage qui rappelle le rôle important qu’il a tenu dans l’histoire de notre revue.

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