Union rationaliste

Éditorial du Cahier 654

Fautes présidentielles au palais de Latran

Le 26 juin dernier, s’adressant à des Français venus l’écouter à l’occasion de son acceptation du titre de chanoine honoraire de la basilique Saint-Jean-de-Latran, Emmanuel Macron déclara : « Elle [La religion] est partout dans la société ! Et nous en avons anthropologiquement, ontologiquement, métaphysiquement besoin ». Cela se passait dans la Salle de l’Empereur du palais de Latran. Il ne s’agit pas ici d’aborder la question à laquelle Emmanuel Macron répond de façon péremptoire, à savoir : « Avons-nous besoin d’une religion ? ». Il appartient à chaque femme et à chaque homme de définir sa propre attitude vis-à-vis des croyances religieuses, et l’on sait que croyants, agnostiques et athées se côtoient en nombre dans notre pays.

L’article publié plus loin dans ce Cahier, intitulé « Non credo », écrit par Edouard Brézin qui présida l’Union rationaliste de 2012 à 2017, donne les raisons pour lesquelles ce scientifique (il fut aussi président de l’Académie des sciences) est lui-même athée (et chacun de nous connaît dans son entourage des personnes auxquelles on a proposé - ou imposé - dans leur jeunesse d’adopter des croyances religieuses et qui, après réflexion, ont conclu qu’elles n’avaient pas besoin de la religion et l’ont rejetée). L’objet du présent éditorial est d’expliciter les raisons pour lesquelles l’Union rationaliste juge que la déclaration en question, faite au cours d’un voyage officiel du président de la République, est choquante à plus d’un titre.

Cette déclaration appelle tout d’abord deux commentaires. L’inclusion des trois adverbes (« anthropologiquement, ontologiquement, métaphysiquement ») qui donnent un semblant de base philosophique ou scientifique à cette affirmation laisse entendre que tout au moins ce passage du discours n’a pas été improvisé. Quant au mot « religion », étant donné que la déclaration a été faite peu après une rencontre entre Emmanuel Macron et le pape François, il faudrait être naïf pour penser qu’il faut le prendre dans son sens générique et qu’Emmanuel Macron s’adresse, sans discrimination, aux adeptes de toutes les confessions religieuses présentes en France. D’ailleurs, la communauté catholique l’a très bien compris.

Mais ces deux commentaires ne constituent évidemment pas l’essentiel de nos réserves. Alors que le président de la République est censé s’exprimer au nom de tous les Français, que ses déclarations devraient être acceptables par tous, son affirmation donne aux croyances religieuses un caractère d’universalité et une prééminence sur l’athéisme. Cette affirmation viole donc le principe de laïcité. Il ne faut pas voir dans notre prise de position l’expression d’une quelconque « pudibonderie » (pour reprendre un terme employé par Emmanuel Macron dans le même discours) de notre part à l’égard de la religion. Baptisé à son initiative à l’âge de 12 ans, Emmanuel Macron a sans doute des convictions qui lui tiennent à cœur en matière de religion. Il lui est loisible de les exprimer et de les défendre quand bon lui plaît en tant que « simple » citoyen, mais il ne devrait pas confondre les opinions qu’il peut exprimer à titre personnel et celles qu’il exprime en tant que président de la République dans l’exercice de sa fonction.

Une faute semblable avait été faite le 20 décembre 2007 par Nicolas Sarkozy lorsque, président de la République, il avait déclaré dans le palais de Latran : « L’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur». La hiérarchie ainsi établie par Nicolas Sarkozy était une insulte pour les enseignants de l’école de la République puisqu’elle discréditait sans appel les valeurs morales qu’ils transmettent à leurs élèves dans le cadre de la laïcité.

L’Union rationaliste est une association qui « lutte pour que l’État demeure laïc », comme cela figure en deuxième de couverture de ses Cahiers. En premier lieu, c’est au président de la République qu’il appartient de respecter le principe de laïcité, un principe acquis dans notre pays après des décennies d’affrontements violents, un principe défini et scellé dans le texte de notre Constitution et dans la loi dite de séparation des Églises et de l’État adoptée en 1905. L’Union rationaliste est d’autant plus attentive au respect de ce principe que celui-ci est fragile. La persistance, depuis la fin de la première guerre mondiale, donc depuis un siècle, du régime concordataire encore appliqué en Alsace-Moselle, nous rappelle à quel point l’application stricte du principe de laïcité reste difficile dans notre pays. Par ailleurs, le contexte multi confessionnel qui prévaut en France aujourd’hui demande que la plus grande vigilance soit accordée au respect de ce principe car il joue un rôle crucial dans la cohésion de notre société.

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