Union rationaliste

Bureau de l’UR

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5 novembre 2007

Argumentaire de l'Union Rationaliste sur les OGM

  1. Seules les plantes inquiètent
    Les “ organismes génétiquement modifiés ” ne provoquent les foudres de l’écologisme que lorsqu’il s’agit de plantes, les plantes génétiquement modifiées ou PGM, parce que susceptibles de finir dans notre assiette ou de nourrir les animaux que nous mangeons. Les levures ou les bactéries génétiquement modifiées qui ne quittent pas les confinements des laboratoires ou des fermenteurs d’usine ne font pas peur. Les dérivés alimentaires du maïs GM (lécithines pour sauces) ou du colza GM (huile de table) n’inquiètent pas non plus. [1] Notons au passage l’extraordinaire progrès que les OGM ont fait faire à la pharmacie (insuline humaine qui a remplacé les insulines animales extractives ; hormone de croissance humaine qu’il n’a plus été nécessaire d’extraire des hypophyses de cadavres avec le risque d’inoculation de la maladie de Creutzfeld-Jacob, etc. etc.).

  2. La manipulation génétique
    La manipulation génétique est le couper-coller d’un fragment d’ADN d’une cellule dans une autre. Elle se produit en permanence dans la nature qui pratique un brassage constant des ADN à l’intérieur des espèces, voire entre les espèces : les bactéries s’échangent entre elles les gènes de résistance à un antibiotique ; les virus à ARN introduisent leur génome dans celui des cellules qu’ils infectent, animales ou végétales. Quand ces cellules sont germinales, la modification est transmissible aux descendants et il s’agit probablement là d’un des facteurs de l’évolution des espèces. Les modifications génétiques effectuées par l’homme sont peu de choses dans le brassage permanent que la nature fait subir aux millions d’espèces vivantes qu’elle a créées.

  3. Le caractère « naturel » de la manipulation génétique
    La nature n’a pas besoin de microscopes ni de rayon laser pour pratiquer ses couper-coller mais elle utilise des enzymes et ce sont ces mêmes enzymes que l’homme emploie. Des erreurs sont possibles dans les deux cas : la nature n’est pas avare d’aberrations chromosomiques et de monstres divers Le caractère irréversible des modifications génétiques doit être relativisé en tenant compte de la durabilité des variétés créées, très variable selon que la modification leur aura conféré un avantage ou un handicap vis à vis des autres variétés. Dans la nature, il se détruit autant de variétés ou même d’espèces qu’il ne s’en crée. En cas d’avantage, la nouvelle variété ne fait pas forcément disparaître les autres pour autant. Les espèces et variétés végétales créées par l’homme n’ont pas fait s’éteindre les espèces sauvages dont elles sont issues. Bien plus, ces espèces sélectionnées depuis des millénaires et donc génétiquement modifiées par l’homme cesseraient d’exister dans bien des cas si l’homme arrêtait de les cultiver parce que ce qui constitue un avantage pour l’homme peut devenir un handicap pour elles dans la nature.

  4. L’universalité de l’ADN
    La structure chimique de la molécule d’ADN, support des gènes, est rigoureusement identique dans toutes les espèces, du virus à l’homme ; c’est une très longue chaîne formée de l’empilement des mêmes quatre unités élémentaires dont seul l’agencement varie pour constituer les gènes. Les gènes diffèrent d’une espèce à l’autre mais dans une proportion très relative : l’homme a 40% de gènes homologues avec la banane et 50% avec le cafard, 99% avec le chimpanzé etc. Les fragments d’ADN coupés-collés ne se distinguent pas des autres. Il est impossible de reconnaître un OGM d’un non OGM si l’on ignore à l’avance le ou les gènes qui ont été transférés et dont la présence ou l’absence permettra seule de savoir si l’on a affaire à l’organisme d’origine ou à celui qui a été modifié.
    Il n’y a pas une entité OGM mais autant d’OGM que de gènes transférés et ce qui est vrai de l’un ne peut pas être inféré aux autres. Une PGM n’est qu’une nouvelle variété végétale parmi les autres.

  5. Les modifications du génome
    La technique du transfert de gènes traduit un progrès considérable en matière de biologie moléculaire mais elle ne constitue pas une véritable révolution. Il y a longtemps que l’homme sait modifier le génome des espèces animales ou végétales qu’il veut domestiquer. Il le fait par la sélection de nouvelles races ou variétés dans l’élevage et la culture. Le résultat est le même que par transfert de gènes mais l’opération prend beaucoup plus de temps. Plus récemment, l’homme a appris à provoquer des mutations, par exemple par l’exposition des cellules à des rayonnements divers, au lieu de les attendre de la nature. Il existe ainsi au moins 2500 variétés de plantes mutées, cultivées et consommées régulièrement alors que l’on ne connaît rien d’elles sinon qu’elles répondent à nos besoins. La création de mutations opère totalement à l’aveugle alors que le transfert de gènes réalise des modifications génétiques avec beaucoup plus de précision et de diversité.

  6. Les ratés de la technique
    La précision de la technique n’est, cependant, pas parfaite. On n’est pas assuré à 100% que le couper-coller se fera au bon endroit sur la molécule d’ADN. Il faut vérifier le succès de la manœuvre en cultivant les plantes modifiées et en ne conservant que celles qui correspondent au projet.

  7. La digestion de l’ADN
    Le devenir digestif des molécules d’ADN est celui de la matière organique alimentaire : elles sont dégradées en leurs éléments constitutifs qui sont réutilisés pour synthétiser notre ADN et nos protéines. S’il arrive que des fragments d’ADN échappent à la dégradation enzymatique et parviennent à franchir la barrière intestinale, ils ne sont pas devenus des virus pour autant et ils n’ont que très peu de chance de pénétrer dans une cellule et aucune d’y faire exprimer le programme génétique dont ils pourraient être porteurs. La ration alimentaire quotidienne contient des millions de gènes d’origine animale, végétale ou bactérienne ; aucun d’eux ne s’exprime dans les organismes qui les ont absorbés. [2] La consommation de poulets ou de salades n’a jamais fait pousser de plumes ni verdir la peau. La consommation de maïs modifié pour faire sécréter par la plante un pesticide naturel contre la pyrale ne provoque aucune fabrication de pesticide par l’homme ou les animaux qui consomment ce maïs.

  8. Les dangers des PGM
    Il n’y a pas de dangers spécifiques des PGM, communs à l’ensemble de ces plantes. Quelques unes se sont révélées potentiellement dangereuses du fait de la modification génétique dont elles étaient porteuses. Elles ont alors été retirées par les expérimentateurs avant même d’être soumises à leur évaluation par les commissions d’experts et elles n’ont donc jamais été proposées pour une mise sur le marché. Dans un cas, une herbe sauvage génétiquement modifiée a été retirée du marché. Les autres PGM ne présentent aucun danger connu. Il est impropre d’utiliser à leur égard le terme de contamination pour désigner la transmission éventuelle du gène dont elles sont porteuses à d’autres plantes de leur environnement ; le terme, déjà chargé, de dissémination suffit.

  9. Les risques des PGM
    La certitude de l’innocuité d’une modification génétique ne peut pas être attendue des seuls tests de laboratoire. Quels que soient le nombre et la qualité des expérimentations réalisées et la durée des observations, il arrivera toujours un moment où, comme pour le médicament, il deviendra nécessaire d’élargir le champ d’observation à la “ vraie grandeur ”. Pour le médicament, c’est la phase IV des essais thérapeutiques, postérieure à l’AMM (autorisation de mise sur le marché) et destinée à détecter les effets rares qui pourraient apparaître et que les tests précédents n’ont pas pu déceler. Elle se fait sous la protection de la pharmacovigilance qui relève tous les incidents liés aux médicaments.
    Avec plus de 100 millions d’hectares cultivés dans le monde et leur consommation par des centaines de millions d’animaux depuis 10 ans, on peut considérer que les PGM commercialisés ne comportent pas de risque alimentaires. Il faut certainement se préoccuper des procédures de vigilance mises en place mais ce serait un retour en arrière pénalisant pour le progrès que d’exiger le retrait des PGM pour les soumettre à de nouvelles batteries de tests en laboratoire dont aucune, de plus, ne peut être complètement conclusive. Ce fait n’est pas nouveau. Comme pour tous les végétaux consommés, un doute demeurera toujours sur d’éventuels effets à long terme. Il a fallu des siècles pour découvrir la nocivité du tabac.

  10. La relativité des risques
    L’autorisation de mise sur le marché d’une molécule nouvelle comporte toujours un certain risque. Pour les médicaments, ce risque est calculé en fonction du “ service médical rendu ” par le médicament selon son utilité c’est à dire la gravité des maladies qu’il soigne, son efficacité et de sa tolérance par rapport aux autres manières de soigner ces maladies, de ses rapports bénéfice/risques et coût/efficacité. Il peut en aller de même pour les PGM : un risque d’allergie alimentaire peut être largement compensé par les services rendus à l’environnement, par exemple par la suppression de l’emploi de pesticides dont on découvre les effets néfastes sur la santé animale et humaine ou par l’inutilité des engrais.

  11. Moratoire et principe de précaution
    Le principe de précaution qui s’impose à la recherche ne peut pas signifier l’abstention jusqu’au risque 0. Ce serait sacrifier toute recherche scientifique à la chimère du risque 0 qui n’est pas réaliste et faire fi des fléaux que la recherche vise à combattre et qui réclament, souvent dans l’urgence, toutes les ressources dont on dispose. La sous-alimentation ou les famines, les maladies endémiques et les épidémies sont loin d’être éradiquées de la planète ; l’eau est souvent rare et polluée et on s’attend à en manquer de plus en plus. La raréfaction des terres arables va donner une importance croissante aux PGM adaptées aux climats secs et arides ou aux sols salés ou marécageux. Le riz doré enrichi en vitamine A pourra prévenir la cécité par avitaminose et épargner la vue de millions d’enfants du Sud-Est asiatique. Les PGM capables de produire des hydrocarbures constitueront sans doute une des meilleures sources d’énergie renouvelable et sans détourner de leur finalité alimentaire les cultures de blé ou de colza. etc. Le principe de précaution appliqué aux OGM à travers les instances de contrôle et d’évaluation des risques suit déjà les procédures appliquées en cas de risque potentiellement élevé, ce qui n’est manifestement pas le cas des OGM actuels.

  12. Économie
    L’argument économique souvent évoqué contre les PGM ne manque pas de surprendre : on reproche aux firmes qui les fabriquent et les commercialisent d’être des multinationales à la recherche de profits et de situations de monopole. On peut en dire autant de l’informatique, de la pharmacie ou de la plupart des activités industrielles. Les mœurs industrielles et commerciales mondiales demandent sans doute à être régulées mais leur déontologie a peu à voir avec la nature de leur production.
    Intervient aussi la politique des semences pour protéger le savoir-faire des firmes et rémunérer leur recherche : les agriculteurs s’engagent à racheter les semences chaque année. En réalité, il en va déjà de même avec les semences hybrides qui constituent la majorité des cultures en Occident et qui ne peuvent être replantées sous peine de voir réapparaître les espèces mères de ces hybrides. Il suffit, pour l’agriculteur, que le surcoût de l’achat des semences des PGM soit compensé par la plus-value qu’elles lui permettront d’obtenir. Les surcoûts des semences OGM est loin de rebuter les utilisateurs des pays pauvres puisque 95% des agriculteurs qui utilisent des OGM sont dans les pays pauvres et que ce mouvement s’accentue d’année en année.

  13. Démocratie
    L’appel à la démocratie traduit la peur d’influences occultes sur les décideurs publics à propos des PGM. Le manque d’informations assimilables par le public est patent. La diffusion d’une information objective pourrait être confiée au Comité national des débats publics pour qu’il coordonne au niveau national une campagne analogue à celles qu’il organise dans les régions pour obtenir du public un ‘consentement éclairé’ aux mesures prises ou à prendre.

En somme, loin de constituer un accès impie à l’intimité sacrée de la nature laissant craindre les pires dérèglements de la part de cet apprenti sorcier que l’homme peut devenir, la maîtrise de la modification du génome n’est qu’une étape après et avant beaucoup d’autres sur la voie de la connaissance des lois de la nature, connaissance qui ne peut qu’aider, au bout du compte, à utiliser ces lois avec plus de finesse, d’intelligence et de respect pour le plus grand bien de l’humanité.

[1] C’est le cas pour les amylases produites par des levures génétiquement modifiées, qui participent à la maturation des pâtes à pain et à gâteau et qui sont résistantes à la chaleur pendant la cuisson.

[2] Des études dont les résultats sont convergents ont montré que les rares gènes qui arrivent à pénétrer dans les cellules sont trop fragmentés pour être fonctionnels et ils ne s’intègrent pas dans les chromosomes des cellules en question.

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