Marcel KUNTZ

Biotechnologiste directeur de recherche au Laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale du CNRS

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8 novembre 2008

La France fille ainée du sectarisme anti-OGM

L’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a rejeté le 29 octobre 2008 [1] les arguments du gouvernement français, sensés justifier scientifiquement – conformément à la réglementation européenne – sa clause de sauvegarde interdisant la culture du seul maïs transgénique cultivé en Europe (le MON810, autoprotégé contre des insectes ravageurs). L’interdiction ne sera pas levée pour autant…

Rappelons tout d’abord certains événements antérieurs.
Le 8 janvier 2008, lors d’une conférence de presse, le Président de la République promet que la clause de sauvegarde sera enclenchée en cas de « doutes sérieux » sur ce maïs.
Dès le lendemain, le Sénateur Legrand, Président du Comité de préfiguration de la Haute Autorité sur les biotechnologies (CPHA), annonce que ce dernier a conclu à des « doutes sérieux ».
Le 10 janvier, le gouvernement reprend ces termes.
Le 11, douze des quinze scientifiques du CPHA réfutent ces interprétations.
Le 13, le Premier Ministre reconnaît dans une interview qu’il s’agit d’une « décision politique ».

L’avis de l’EFSA n’est pas une surprise : il est en accord avec bien d’autres et notamment un avis en date du 30 avril 2008 de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments [2]. L’intention affichée du gouvernement français de poursuivre l’interdiction, malgré ces avis scientifiques, n’est pas une surprise non plus.

Pourquoi le gouvernement français creuse-t-il ainsi le fossé avec les scientifiques laïcs sur la question des OGM ? Tout découle de son acceptation d’un Grenelle de l’environnement sous le magistère intellectuel d’un seul courant de pensée (l’écologisme), qui plaça d’emblée les OGM sur l’autel sacrificiel de cette opération de communication politique [3]. Dès lors, il ne pouvait être question d’accorder à la recherche scientifique la place qu’elle mérite (pour rappel, aucun ‘collège’ du Grenelle ne représentait institutionnellement les chercheurs), afin de cadrer les constats environnementaux ainsi que les solutions proposées. Il fallait évincer le plus largement possible des débats les chercheurs potentiellement indociles vis-à-vis des visées d’interdiction promise aux écologistes. Suivit, inéluctablement, pour confirmer les « décisions » du Grenelle, l’instrumentalisation des scientifiques du CPHA (moins dociles que prévu !). Puis, au cours de l’année 2008, des manœuvres dilatoires menées par des scientifiques notoirement opposés aux OGM, mandatés par le Ministère de l’Ecologie, ont tenté de retarder l’avis de l’EFSA. Il est à craindre que le prochain avatar ne soit un contrôle politique plus étroit du nouveau Haut Conseil des Biotechnologies.

En paraphrasant le discours du Président de la République, fait chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean de Latran (le 20 décembre 2007), on peut constater que, pour les hommes politiques, dans la transmission de la com’, et dans l’apprentissage de la différence entre le bien médiatique et le mal des sondages défavorables, le scientifique laïc sur les OGM ne pourra jamais remplacer le militant anti-OGM…

Marcel KUNTZ

Université Joseph Fourier Labo PDC (CNRS/UJF) BP53 38041 Grenoble cedex 9

tel. 04.76.51.44.92

  1. http://www.efsa.europa.eu/EFSA/efsa_locale-1178620753812_1211902156394.htm[↑]
  2. http://www.afssa.fr/Documents/BIOT2008sa0043.pdf[↑]
  3. Grenelle de l’environnement et plantes génétiquement modifiées[↑]

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