Gerhardt Stenger

Maître de conférences en littérature française

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23 mars 2009

Le pape dénonce la sorcellerie et la croyance aux fétiches

Le pape a terminé son voyage par la dénonciation de la sorcellerie : « Tant d’entre eux vivent dans la crainte des esprits, de pouvoirs pernicieux et menaçants », a expliqué Benoît XVI dans son homélie. Il a ensuite exhorté les catholiques à ramener au bercail les « brebis égarées » de l’Église en leur expliquant que « le Christ a triomphé sur la mort et sur tous ces pouvoirs occultes ». On n’aura pas l’inélégance de rappeler ici les innombrables procès en sorcellerie entre le 15e et le 18e siècle, dont on ose croire que même le catholique ou protestant le plus intégriste qui soit n’approuve plus le bien-fondé aujourd’hui. Or si des dizaines de milliers de sorciers – et surtout de sorcières – ont fini leur vie sur le bûcher, c’est bien par ce qu’ils étaient réputés avoir conclu un pacte avec le diable, pouvoir occulte s’il en est. Mais passons.

Il est plus intéressant de noter que toute l’Église, à ses débuts, croyait à la magie, et que le pouvoir que les apôtres et les premiers chrétiens avaient sur les démons était considéré, avec les prophéties et les miracles, comme une preuve de la vérité du christianisme jusqu’au 18e siècle. On peut lire dans les Actes des Apôtres qu’un certain Philippe prêcha le Christ en Samarie avec tant de conviction que « des esprits impurs sortirent de plusieurs démoniaques, en poussant de grands cris, et beaucoup de paralytiques et de boiteux furent guéris » (Ac 8, 7). Au 3e siècle, Origène fait état d’innombrables croyants « dont quelques-uns, pour faire voir que leur foi produit en eux quelque chose d’extraordinaire, guérissent des malades sans y employer d’autres moyens que l’invocation du grand Dieu, au nom de Jésus, avec le récit de l’histoire de l’Évangile ». Il affirme avoir vu lui-même plusieurs personnes « qui ont été ainsi délivrées d’accidents fâcheux, comme d’égarements d’esprit, de manie et d’une infinité d’autres dont ni les hommes, ni les démons, n’avaient pu les soulager. » (Contre Celse, liv. III, chap. 36) Vers la même époque, un autre Père de l’Église, Tertullien, dont « l’œuvre porta des fruits décisifs, qu’il serait impardonnable de sous-évaluer » (Benoît XVI, Osservatore Romano du 31 mai 2007) était allé jusqu’à dire aux païens : « Qu’on produise à l’instant ici, devant vos tribunaux, un homme qui soit reconnu pour être possédé du démon : si un chrétien quelconque ordonne à cet esprit de parler, celui-ci confessera en toute vérité qu’il est un démon […] si ces dieux, n’osant mentir à un chrétien, ne confessent pas qu’ils sont des démons, répandez à l’instant même le sang de ce chrétien effronté et téméraire ! » (Apologétique, chap. 23)

Quand Voltaire se moqua, dans son Dictionnaire philosophique (1764-69), de ces croyances aux esprits et autres pouvoirs pernicieux vilipendées plus tard par le pape en Afrique, un certain Dom Chaudon répliqua dans un Dictionnaire anti-philosophique (1767) en réaffirmant qu’il est indubitable que « plusieurs païens ne fussent touchés par les miracles que faisaient les chrétiens. Car ils guérissaient les malades et délivraient de la possession des démons un grand nombre de païens, et même des personnes de qualité, et cela sans intérêt et sans vouloir recevoir aucun argent. » Pourquoi donc condamner chez les Africains ce qui fut couramment pratiqué par les premiers chrétiens afin de convertir les païens ? parce que l’Église ne croit plus aux démons ? L’existence d’exorcistes officiels dément cette hypothèse. N’est-ce pas plutôt parce que, contrairement aux premiers chrétiens, les chasseurs de démons africains ne sont pas censés avoir reçu de Dieu leur don miraculeux ?

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