Guy Bruit

Membre de l’UR

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22 janvier 2010

Une ouverture réussie pour les conférences de l’UR en partenariat avec Ivry

Le 12 janvier, à la médiathèque d’Ivry, et selon l’accord de partenariat conclu avec la municipalité d’Ivry, Gérard Noiriel a prononcé la première conférence de l’UR pour l’année 2010.

Intitulée La politique identitaire au miroir de l’histoire de France (XIXe-XXe siècles), elle se situait dans la ligne de préoccupations exprimées par de précédentes interventions en ce même lieu : début 2006, Hervé Le Bras avait traité de Immigration et intégration : le prétexte ethnique (CR n°582) ; le 18 décembre 2006, Gérard Fussman avait abordé la difficile question Islam et migrations (CR n°587) ; le 22 janvier 2008, Marie-Christine Volovitch-Tavares avait développé d’importantes réflexions à propos de l’ouverture de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI) (CR n°596).

Le public d’Ivry en était donc préparé à entendre l’exposé de Gérard Noiriel. Mieux même, il l’attendait comme en a témoigné le succès public de cette conférence.

Gérard Noiriel a fait partie de la commission d’historiens qui a préparé le projet du CNHI. Cependant la formation d’un ministère « de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement » en mai 2007, à l’approche de l’inauguration de la Cité, entraîna la démission de Gérard Noiriel et d’un certain nombre de ses confrères. L’association des termes « immigration » et « identité nationale », proche des positions de l’extrême droite depuis les années 80, dénaturait le projet initial. La Cité fut ouverte au public en octobre 2007, sans inauguration officielle.

Ce rappel montre que l’historien et le citoyen, en certaines circonstances, ne peuvent se dissocier.

Dans sa conférence du 12 janvier, Noiriel a souhaité aborder la question de l’identité nationale en historien, c’est-à-dire dans une distance qui permette une appréciation rationnelle échappant à la facilité des polémiques nées de l’actualité.

Soulignant que l’expression « identité nationale » avait ses origines dans la pensée de droite, voire d’extrême droite, il a souhaité lier le surgissement récurrent des débats autour de cette notion dans l’histoire de la République depuis 89 . Il a mis en valeur des temps forts de cette histoire : 1789, 1875, puis l’affaire Dreyfus, la guerre de 14, les années 80.

L’arrivée de populations migrantes a toujours fait problème. Il fallait donc rappeler que ces arrivées étaient aussi le fait d’une demande de l’économie française, selon les besoins du moment. C’est ainsi que les Polonais ont apporté une contribution essentielle au développement de l’industrie houillère du Nord, que la sidérurgie lorraine a été l’œuvre des Italiens, que la viticulture du sud de la France a prospéré par le travail des Espagnols. Ces populations ont fini par s’intégrer et devenir françaises.

La guerre d’Algérie a marque un tournant dans cette histoire de l’immigration. La venue de travailleurs algériens était un phénomène ancien, mais les luttes de libération des peuples colonisés entraînèrent un changement fort dans la perception des immigrés. On tendit à voir dans les travailleurs venus du Maghreb non plus des étrangers, mais le visage de l’autre, visage menaçant. Un autre par ses origines géographiques, et aussi par sa religion (on était habitué à accueillir des catholiques, on se trouvait face à des musulmans).

Nous nous trouvons donc dans une problématique politique et culturelle nouvelle.

Le préambule de la Constitution de 1946 disait, s’inscrivant dans la continuité des principes de 1789 : « Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République ». La Constitution de 1958 rappelle l’attachement du peuple français « aux droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789 confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946 ». La France (et les Français) pouvait s’enorgueillir, à juste titre, de ce droit d’asile reconnu par la Constitution.

Or, a souligné Gérard Noiriel en conclusion, c’est ce droit d’asile qui est aujourd’hui remis en question. Une grave menace pèse sur lui, dont nous, rationalistes éclairés, devons prendre la mesure. Notre rationalisme a une dimension éthique que nous ne devons pas laisser en sommeil.

Une pétition pour la suppression du ministère de l’identité nationale est actuellement en ligne et proposée à votre signature :
www.pourlasuppressionduministeredelidentitenationale.org

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