Hélène Langevin-Joliot

Présidente de l’Union  rationaliste, pour le bureau de l’UR

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6 octobre 2010

Le rationalisme et le citoyen

Le citoyen français est confronté ces derniers temps à une avalanche de propositions de lois nouvelles et de décisions prises dans l’urgence. Les unes sont censées répondre aux attentes de la société (le durcissement des lois sécuritaires et la « maîtrise » de l’immigration) ; les autres s’imposeraient parce que « les chiffres parlent d’eux-mêmes » : songeons à l’argument démographique dans la présentation de la réforme des retraites ou celui du déficit pour la loi de finance 2011.

L’affaire de l’expulsion des Roms est symbolique des dégâts collatéraux d’une mesure contestable sur le fond et inefficace par rapport au but affiché : les discriminations dont ces populations sont victimes, notamment en Roumanie, et leur extrême pauvreté appelaient un programme européen, coordonné avec les pays d’accueil, et se donnant les moyens d’éradiquer les unes et de faire reculer l’autre. La violence d’un événement ponctuel a servi de déclencheur à un plan d’expulsion, mis en œuvre au mépris des droits humains. L’image de la France n’en sort pas grandie, c’est le moins que l’on puisse dire. Nicolas Sarkozy doit rencontrer le pape le 8 octobre prochain (pour évoquer cette question ?). L’Union rationaliste lui demande de ne pas oublier qu’il est le président de la République française et que la laïcité est inscrite dans notre constitution.

Les Français qui protestent contre le projet actuel de réforme des retraites sont nombreux. S’ils sont si nombreux, ce n’est pas seulement parce qu’ils sont attachés à ces « avantages acquis » qu’il est de bon ton de trouver « ringards » ou « archaïques ». Il ne leur échappe pas que l’allongement de la durée de la vie n’est pas le seul paramètre dans l’équation des retraites, ni que cet allongement n’est pas le même pour toutes les catégories. Le taux de remplacement des générations, proche de 95 % en France, beaucoup plus faible dans bien d’autres pays européens, est curieusement passé sous silence. Le rapport du nombre d’actifs au nombre de retraités est certes pertinent pour discuter de l’équilibre d’un régime par répartition, mais il n’est pas besoin d’être mathématicien pour voir que ce rapport est aussi en relation directe avec la situation de l’emploi. Or les chiffres actuels ne sont pas réjouissants de ce point de vue. L’emploi se concentre sur la tranche d’âge des 30 à 50 ans. Les jeunes s’insèrent de plus en plus difficilement et de plus en plus tard sur le marché du travail alors que les seniors en sont exclus en forte proportion (60 %) bien avant la date légale de départ à la retraite. Dans ces conditions, le mot d’ordre « travailler tous » avancé dans la rue apparaît autrement plus « rationnel » face au déficit qu’il s’agirait de réduire, que l’impératif « travailler plus longtemps » qui constitue l’armature de la réforme. Au final, c’est toute la question du rapport au travail, de sa qualité et de sa stabilité qui se trouve posée.

Le rapport du médiateur de la République pour 2009 témoigne de nombre d’autres difficultés : fossé entre les administrés et l’Etat dû à la complexité de la loi et à d’incessants changements, distorsion de plus en plus marquée entre la réalité vécue par les administrés et le reflet qu’en donnent les indicateurs supposés jauger la performance des services publics, jaugés comme celle des entreprises. Force est de constater aussi les conséquences de nouveaux modes de gestion, pas toujours anticipés et parfois sous-estimés. Le payement à l’acte dans la gestion des hôpitaux, par exemple, se traduirait par le rejet pour non-conformité de 10 à 15 % des factures émises vers l’Assurance maladie. Ce dysfonctionnement pointé en gros titres dans la presse trouve une explication dans le texte : désormais, un hôpital va en moyenne émettre 60 millions de factures par an, contre 10 000 avant la réforme !

Les questions posées par la réforme des retraites en recoupent ainsi d’autres, ouvrant un débat plus vaste sur l’état de la société et son avenir. L’Union rationaliste cherche à s’y inscrire dans le cadre qui est le sien : une perspective humaniste et la conviction que le progrès des sciences et des techniques, le développement de l’éducation et de la culture ouvrent des possibilités croissantes d’amélioration du bien-être de tous. Reste à développer les conditions permettant de concrétiser celles-ci. Les multiples annonces de régressions en tous genres sont présentées comme inéluctables. Les rationalistes ont du grain à moudre pour en rechercher les causes profondes derrière les apparences, pour combattre la confusion entre une approche rationnelle des problèmes à résoudre et une rationalisation menée en fonction d’un seul critère, l’argent.

Pour le bureau de l’Union rationaliste, la présidente Hélène Langevin-Joliot

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