Hélène Langevin-Joliot

Présidente de l’Union  rationaliste, pour le bureau de l’UR

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5 décembre 2010

Les chantiers de l’Union rationaliste aujourd’hui

Après 80 ans de combats pour la raison.

Nous vivons une époque secouée par des bouleversements et des tensions, marquée dans des sociétés comme la nôtre de multiples interrogations sur l’avenir. Les discours dominants poussent à renoncer au progrès, enfermant la réflexion dans des limites supposées indépassables. Le combat pour la raison, pour la science et pour la laïcité est plus que jamais nécessaire, 80 ans après la création de notre association. Nous avons besoin de nouveaux adhérents, et notamment parmi les femmes et les jeunes, pour porter ce combat à l’avenir. Nous sommes conscients des contraintes apportées par la vie moderne : il n’empêche, adhérer à l’Union rationaliste est un acte militant, c’est aussi prendre part à des activités intéressantes.

L’idée trop naïve que le progrès scientifique suffirait à résoudre la question sociale a fait place, en un siècle, à une situation où de larges couches de la population suspectent nombre de technologies nouvelles et, à travers elles, la science. L’espoir s’efface trop souvent devant la crainte du risque et même simplement de l’inconnu. Notre vie est imprégnée d’objets issus de la science et pourtant celle-ci n’occupe qu’une place très réduite dans la culture générale, y compris dans celle des élites intellectuelles et politiques. La laïcité s’est imposée au début du siècle dernier parallèlement à la montée en puissance du progrès scientifique. Elle est attaquée aujourd’hui dans un contexte de dissociation de ce progrès et du progrès social, dans un contexte européen où la place du religieux est importante, dans un contexte aussi de confusion entre la lutte contre les discriminations dans une société diverse et l’acceptation de traditions archaïques, portées par les religions.

On voit que les chantiers sont nombreux. Les membres de l’Union rationaliste n’ont pas la prétention de les investir seuls et sont prêts à travailler avec d’autres. L’expérience de notre association est un atout dans la situation présente. Le rationalisme moderne n’est pas un dogme, mais le moyen d’aborder de manière constructive les grandes questions de société. C’est le moyen de les aborder avec l’optimisme raisonné de Paul Langevin dans les années 1930, évoquant la jeunesse de l’humanité et le chemin déjà parcouru par notre espèce. Non sans difficultés, voies de traverse et retours en arrière.

Il faut répondre aux interrogations de la société, dans le respect de la science et de la démocratie. On ne « négocie » pas un fait scientifique, mais la société doit être mieux impliquée dans le choix des technologies potentiellement accessibles. Il faut articuler sans les confondre débats scientifiques et débats démocratiques. Les uns et les autres doivent se développer sous l’égide de la raison. La vérité des scientifiques est souvent, sur ces sujets, complexe et incomplète. Le rôle de ces derniers est alors en priorité de clarifier l’état des lieux, autrement dit d’expliciter les points qui sont l’objet d’un consensus général et ceux pour lesquelles la discussion reste à poursuivre. Nous avons à défendre une utilisation raisonnée du principe de précaution qui devrait être associé à un principe de progrès. Pour commencer, nous revendiquons que l’on respecte les termes mêmes de sa définition, qui n’en font pas un principe de non- action.

Nous avons à combattre les effets mystificateurs des idéologies du relativisme en science. Nous avons à réfuter les assertions sur la disparition de la science moderne, donc de l’indépendance de la visée de connaissance, une disparition bien commode pour les promoteurs du tout-marchandisation. L’humanité pour progresser a plus besoin selon nous de coopération que de compétition. On rappellera ici une remarque d’Evry Schatzman : « Il y a une grande différence entre enseigner de la science, c’est-à-dire transmettre des connaissances, ce à quoi l’enseignement s’emploie, et faire comprendre ce qu’est la science ». Notre société, au-delà de la formation des scientifiques nécessaires au développement de la recherche et de l’économie, a impérativement besoin de citoyens formés au raisonnement et à l’esprit critique, comprenant les méthodes de la science. La culture scientifique devrait être intégrée dans la culture générale, avec la culture littéraire et artistique, avec le souci constant d’éveiller une curiosité durable. C’est un objectif de concilier des exigences de formations immédiatement utiles et l’acquisition d’une culture partagée, appréciée, et que l’on a goût à enrichir.

La défense de la laïcité est étroitement liée au respect des conditions qui ont permis et permettent aux hommes ainsi qu’aux femmes de développer leur raison pour prendre en main leur destin. L’enseignement du fait religieux, initiative pour le moins ambigüe, y contribuera moins que celui de l’apport des Lumières, minimisé, sinon dénoncé. Nous ne pouvons accepter que le rôle de l’enseignement public laïque soit abaissé faute de moyens et par de multiples concessions à un enseignement privé primaire et secondaire majoritairement catholique ou de quelque religion que ce soit. Ni que l’Etat renonce à la collation des grades sous prétexte d’accords européens, ni les glissements variés qui estompent la séparation franche des Eglises et de l’Etat, ni la suprématie d’une morale révélée sur la morale produite par les hommes. S’il faut célébrer la diversité des cultures, c’est pour l’extraordinaire potentiel de renouvellement qu’ouvrent les échanges entre elles, pas pour l’addition de leurs interdits.

Le rationalisme n’exclut ni la poésie ni le rêve, il est une des clés de l’aventure humaine.

Pour le bureau de l’Union rationaliste, la présidente Hélène Langevin-Joliot

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