Hélène Langevin-Joliot

Bureau de l’Union rationaliste

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30 mai 2011

La France, une république laïque et moderne ?

Chacun a en mémoire la nouvelle ardeur du gouvernement pour défendre la laïcité offensée par des traditions importées avec la deuxième religion de France. Les mêmes cependant ont cru bon d’envoyer une délégation officielle (le Premier ministre accompagné de messieurs Juppé et Guéant) à la cérémonie de béatification de Jean-Paul II à Rome, le premier mai dernier. Des circonstances historiques expliquent, certes, sans pour autant justifier le fait, que le chef de l’Église catholique bénéficie d’un statut de chef d’État auquel seraient dus des égards particuliers. Il ne s’agit ici même pas de cela. La présence de la France à une cérémonie de béatification, cérémonie religieuse entre toutes, est une provocation pour tous les athées, agnostiques, juifs, protestants, musulmans,… qui s’y sont trouvés associés à travers leurs représentants : c’est peu dire que cette initiative viole l’esprit et la lettre de la Constitution de notre République laïque.

La remontée en puissance de l’Église catholique profite du statut accordé aux religions par l’Union européenne. À Budapest, la place de la République est rebaptisée « tout naturellement » place Jean-Paul II sans que l’on crie au scandale : malheureusement, il y a des raisons plus graves de s’inquiéter des agissements de l’extrême droite hongroise.

L’examen en deuxième lecture du projet de loi sur la bioéthique a commencé le 10 mai à l’Assemblée nationale : il doit être débattu en séance publique à partir du 25 mai. Le projet du gouvernement est très conservateur, conformément aux exigences du lobby religieux. Il maintient et même renforce en particulier l’interdiction de la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Les arguments des chercheurs avaient convaincu le Sénat de modifier le texte en faveur d’une autorisation encadrée. La commission de bioéthique de l’Assemblée nationale a entériné le texte du Sénat. Qu’en sera-t-il en séance plénière ? Les initiatives des milieux intégristes se multiplient pour combattre cette « transgression » et pour imposer, entre autres, la limitation du diagnostique prénatal de la trisomie 21. Avec une belle hypocrisie, un appel de députés de l’UMP, du Nouveau Centre et de villiéristes à leurs collègues fait mine de s’inquiéter de l’intérêt financier des entreprises du médicament dans cette affaire. Le moratoire qui encadrait les recherches sur les cellules souches embryonnaires a pris fin en février dernier, alors que les recherches se poursuivent dans d’autres pays. Un nouveau texte législatif est donc urgent. On ne saurait réduire l’éthique au respect de tabous religieux. Les connaissances acquises au cours des dernières années ont ouvert des perspectives thérapeutiques importantes : c’est une raison supplémentaire pour autoriser sans tarder la reprise et le développement des recherches dans un cadre réglementaire permettant d’éviter les dérives, un souci que partagent les chercheurs.

La science est maltraitée par le gouvernement dans le projet de loi sur la bioéthique, elle l’est aussi par les médias, y compris par la télévision publique. Celle-ci donne bien rarement la parole aux chercheurs. Lorsqu’elle le fait, c’est pour leur demander de répondre en trois minutes par oui ou par non à une question complexe qui mériterait développement, quand ce n’est pour les exhiber dans un « show » n’ayant rien à voir avec leurs compétences. Les documentaires, choses sérieuses qui ont droit à une heure et demie d’antenne, sont confiés à des journalistes « d’enquête ». On conviendra que le journaliste est mieux entraîné que le scientifique pour capter l’attention du public : encore faudrait-il que les ressorts mis en œuvre pour capter cette attention respectent le public et respectent la science. La série de documentaires de France 3 sur l’eau du robinet, sur l’alimentation et, la semaine dernière, sur les « mauvaises ondes », joue sur des messages alarmistes sans se soucier des très nombreux rapports établis par des scientifiques compétents, en France et dans le monde entier, qui contredisent ces messages. Chacun veut bien entendre que le risque zéro n’existe pas, mais il faut de l’émotion, fournie par les témoignages isolés de personnes convaincues de l’origine du mal dont elles souffrent. Les conditions de préparation de la récente émission sur les ondes ont conduit deux scientifiques à refuser de venir sur le plateau participer au débat qui clôt l’émis­sion : « nous n’avons pas à servir d’alibi scientifique à une émission dont le principal propos n’a rien de scientifique et dont le but est de faire de l’audimat. La démocratie et la liberté d’expression méritent mieux que cette mascarade » Lettre ouverte d’André Aurengo, professeur de biophysique à l’Université Pierre et Marie Curie et membre de l’Académie de médecine, et d’Anne Perrin, présidente de la section « Rayonnements non ionisants » de la Société française de radioprotection. On ne sortira pas d’une situation détestable sans construire de véritables collaborations entre journalistes et scientifiques.

Nous ne nous étendrons pas sur l’événement judiciaire et politique qui domine ces jours-ci l’actualité : le respect de la parole de la victime et le respect de la présomption d’innocence auraient exigé plus de retenue dans l’attente du résultat de l’enquête. Il n’en a rien été des deux côtés de l’Atlantique. Il n’est que trop vrai que le trop plein de commentaires a été dominé en France, après un temps d’incrédulité devant la gravité des faits allégués, par une remontée de réflexes sexistes tendant à faire oublier que le viol est un crime, encore difficile à porter devant la justice. On a pu constater que les lois françaises protégeaient mieux la vie privée que les lois anglo-saxonnes, ce dont, en revanche, on ne saurait se plaindre.

Pour le bureau de l’Union rationaliste, la présidente Hélène Langevin-Joliot

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