Édouard Brézin

Professeur émérite à l’Ecole Normale Supérieure.
Président de l’Union rationaliste

Partager sur twitter
Partager sur email
Partager sur print

20 août 2012

De l'intérêt d'une Union rationaliste

Je crois plus que jamais à l’importance qu’un groupe de gens qui sont convaincus que rien ne remplace l’exercice d’une pensée rationnelle, se retrouvent dans une Union. Combien m’objectent que la raison est limitée, ce dont je conviens évidemment puisque la réponse à tant de questions nous échappe. Mais ils ajoutent souvent que jamais la raison ne sera en mesure d’expliquer telle ou telle question plus ou moins métaphysique : le sens de la destinée humaine, l’existence de Dieu, le bien ou le mal, le beau, l’amour, que sais-je encore ? Là je m’oppose avec force à cette sorte de postulat, de prétention à connaître a priori les limites de l’exercice de la raison. Nul ne connaît ces limites, nul ne sait ce que les sciences humaines et celles de la nature, peuvent nous apprendre sur ces grandes interrogations. Au nom de l’incomplétude de nos connaissances, des limites présentes de notre compréhension de la nature, faire le choix d’un saut dans l’irrationnel est pour moi l’équivalent de “compléter“ les sciences par une pensée magique dont nous tentons toujours de sortir depuis Thalès de Milet il y a près de trois mille ans.

La science elle-même, exercice emblématique de la raison, est remise en question puisqu’il existe de nos jours un courant de pensée conduisant à une critique fondamentale de la méthode scientifique qui remet même en cause la nature comme arbitre. La notion de vérité disparaîtrait, remplacée par un simple consensus social à travers lequel finalement tous les discours, mythiques ou simplement absurdes, deviendraient équivalents. Ce n’est ni le lieu ni le moment de décrire combien ce relativisme est pernicieux, mais cela me conforte dans la nécessité d’être en mesure d’exprimer une autre vision du monde.

Les limites présentes de l’exercice de la raison conduisent chacun à une représentation du monde qui lui est propre, philosophique, religieuse, politique, etc. A mon sens ces options personnelles ne sont pas incompatibles avec l’exercice de la raison à la condition expresse d’observer un respect mutuel et d’exercer une stricte distinction entre croyances privées et domaine public. Le monde actuel nous offre de plus en plus les horreurs de ces sociétés qui, au nom d’une religion ou d’une conception dictatoriale de l’état, oppriment leurs citoyens et surtout leurs citoyennes. La laïcité est donc bien au cœur de notre vision rationaliste, c’est même à mon sens la valeur suprême qui donne tant de prix à notre société. Un collègue américain me faisait observer que l’on peut devenir président des Etats-Unis si l’on est noir, catholique, peut-être même femme un jour, mais que la seule impossibilité semble être d’élire un candidat qui ne dissimulerait pas son athéisme. Je me réjouis de vivre dans un pays où la loi n’autorise pas ces questions à se poser.

Je voudrais exprimer toute ma reconnaissance à Hélène Langevin-Joliot pour avoir tant donné à l’Union Rationaliste. Combien de fois ai-je pu admirer, à travers les tourmentes, la force et la pertinence de ses convictions et l’énergie qu’elle a apporté à une tâche qui n’était jamais facile. Cela me contraint tout de suite à préciser clairement que je n’ai ni ses compétences, ni sa disponibilité. Ce n’est que parce que les nouveaux statuts me permettent d’exercer une présidence beaucoup plus restreinte, que parce que Michel Henry a accepté la mission tout à fait centrale d’administrateur, que j’ai pu envisager, pour un temps très limité, cette mission.

Que puis-je apporter à l’UR ? Je crois comme notre Présidente à la nécessité de nous exprimer publiquement sur des questions qui concernent le rôle de l’éducation, la laïcité, les rapports de la science avec notre société, le respect de la liberté de penser et je m’efforcerai de le faire au nom de l’UR lorsque ses instances le jugeront nécessaires. Je vais aussi m’employer à convaincre ceux que je peux toucher de la nécessité d’une UR forte face aux intégrismes, et donc de nous rejoindre dans nos combats. Mais dans cette mission il appartient à chacun de ceux qui lisent ces lignes de s’employer comme il ou elle le peut à nous renforcer.

Venez découvrir

Les Cahiers Rationalistes

Venez découvrir

Raison Présente

Podcast

RECHERCHE PAR THÈME

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *