Alain Billecoq

Inspecteur d’Académie

Les Cahiers Rationalistes
n°628

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19 octobre 2014

Derechef, de la laïcité

Editorial du numéro 628 des Cahiers Rationalistes en introduction de l’article de Françoise Olivier-Utard : Laïcité dans l’enseignement supérieur : des régressions travesties en avancées

En France, on n’est jamais à l’abri du regain de l’immixtion du religieux dans les affaires publiques. Comme si certaines auto- rités religieuses et leurs fidèles – prenons en référence les religions monothéistes du Livre qui sont chez nous les plus représentées et les plus familières – n’avaient en réalité toujours pas digéré la loi de séparation des Églises et de l’État, vieille de plus d’un siècle, et sautaient sur toutes les occasions pour chercher à ébranler ce qui est devenu un socle de notre République et de notre démocratie, la laïcité.

Les affaires largement médiatisées de ces derniers mois, comme celles de la crèche Baby Loup, du voile intégral, ou encore de la Manif pour tous, etc., témoignent de leur contestation foncière du principe de laïcité en jouant les uns la provocation, les autres le harcèlement, voire les deux. Il s’agit pour ces communautés de se poser en victimes de « l’intégrisme laïc ». Formidable retournement des choses sur lequel il est inutile d’épiloguer dans la mesure où chacun a pu se faire une idée à peu près claire de cette offensive … En revanche, plus feutrée ou insidieuse est la tentative constante et déterminée des Églises catholique, protestante et, dans une moindre mesure, juive qui s’appuient sur le Concordat de 1801 validé à nouveau par le Conseil Constitutionnel le 21 février 2013, pour investir l’enseignement universitaire dans les universités de l’Est, d’abord celle de Strasbourg puis plus récemment celle de Lorraine, afin d’en infléchir les enseignements puis, si possible, d’en prendre les commandes. Forte de ce constat, notre amie Françoise Olivier-Utard a pris l’heureuse initiative de décrire et ana- lyser, dans l’article précis et implacable que vous lirez ci-après, la méthode mise en œuvre par les autorités religieuses d’Alsace et de Lorraine destinée à réaliser cet objectif.

C’est pourquoi le Comité de rédaction, estimant que la situation actuelle des universités de l’Est est emblématique de l’offensive contre la laïcité, a décidé de publier in extenso un tel document. De ce fait, nous reportons au numéro suivant des Cahiers les rubriques habituelles.

Nous vivons dans un régime démocratique, c’est-à-dire dans un système politique où le peuple souverain choisit ses représentants pour le gouvernement des affaires publiques et éventuelle- ment les sanctionne lorsqu’il estime que ces derniers délaissent, oublient ou outrepassent leurs engagements. C’est, par exemple, ce qui s’est passé dernièrement lorsque, consultés par referendum, les électeurs des Bas et Haut-Rhin ont heureusement repoussé le pro- jet de suppression de leurs départements au profit d’une assemblée unique aux pouvoirs élargis, en particulier en matière d’éducation, qui bien évidemment aurait mis en exergue le particularisme régional pour orienter, selon ses options idéologiques, l’enseignement et la recherche scientifique. En réalité, l’entrisme pratiqué par ces confessions sous le pudique nom œcuménique de « laïcité de cohabitation » est la porte ouverte à tous les communautarismes et, partant, la négation de l’indivisibilité de la République.

La spécificité de l’Alsace-Moselle est une anomalie que les hiérarchies religieuses aimeraient voir devenir la normalité pour, ensuite, l’étendre sur tout le territoire et reconquérir leur main- mise sur les esprits. Rationalistes et laïques, il nous appartient d’être constamment vigilants et de contrecarrer systématiquement de telles tentatives d’intrusion dans la sphère publique.

Rappelons donc que, contrairement à ce que les instances religieuses feignent d’ignorer, la laïcité n’est pas un dogme mais un principe qui, en tant que tel, est intangible. Conquis de haute et longue lutte, il se situe par-delà toute obédience et tout dogme. À cet égard, on est en droit de s’inquiéter des hésitations de l’actuel gouvernement qui laisse filtrer un rapport, qui n’en est pas un, évoquant une « laïcité accommodante », comme si la laïcité, en tant que principe, souffrait un quelconque prédicat. Elle est ou elle n’est pas.

Puissions-nous ne pas suivre la voie rétrograde de la Turquie !

Alain Billecoq

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