Jacques Haïssinski

Professeur Émérite au Laboratoire de l’Accélérateur Linéaire.
Membre de l’Union Rationaliste

Les Cahiers Rationalistes
n°659

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Cahier Rationaliste N°659 Mars-avril 2019

Transition écologique : de l’intention à l’action

Note de la rédaction : cet article fait suite et complète l’article « Où va le monde ? Que peut-on attendre de l’Europe ? Que devons-nous faire ? » publié dans le numéro 657 des Cahiers Rationalistes.

« Des siècles de civilisation, et particulièrement l’ère industrielle, nous ont apporté le confort dans le cadre d’une société de consommation libérale, mondialisée, compétitive, obnubilée par la croissance, le profit et l’argent. Cette croissance conduit     à détruire toujours plus de ressources naturelles. » (Cyril Dion, Petit manuel de résistance contemporaine, Actes Sud)

Préambule
S’engager dans la Transition écologique, c’est s’engager dans un vaste programme dont le cadre n’a pas de commune mesure avec le concept originel d’« écosystème » bien délimité, puisque son objectif est de mettre un terme tout à la fois au réchauffement climatique, à l’épuisement de certaines richesses naturelles et à la pollution qui envahit la planète. De plus en plus de citoyens, d’associations, de collectivités, petites ou grandes, œuvrent dans le monde pour promouvoir cette transition dont l’ampleur et la complexité  font  d’elle  un  défi  sans  précédent  pour  l’Humanité.  Un  défi d’autant plus difficile à relever que cette transition aura de profondes implications sur la consommation sans frein pratiquée par une fraction de la population mondiale, alors que cette consommation et les gaspillages qui l’accompagnent constituent un moteur majeur de l’économie d’aujourd’hui. La transition écologique s’accompagnera donc d’une transition économique qu’il faut absolument maîtriser pour que les populations les plus fragiles du globe en bénéficient elles aussi, en tout cas n’en pâtissent pas.

Cette transition nous concerne tous et ne se fera que si nous y participons tous.

  1. DES INITIATIVES QUI SE MULTIPLIENT, UNE MOBILISATION QUI S’ÉTEND

 Depuis l’été dernier, les médias se font l’écho d’un nombre rapidement croissant d’initiatives prises individuellement ou par des collectivités (groupements informels, associations, municipalités…) pour amorcer localement, concrètement, la transition écologique (TE dans la suite). Les récentes prises de position à l’échelle internationale d’adolescents – lycéens ou étudiants, cette génération qui est concernée au premier chef par l’avenir de la planète – constituent une étape majeure de cette mobilisation.

2. DE L’ACTION INDIVIDUELLE…

 Bon gré mal gré, nous sommes tous concernés par la TE parce que nous sommes tous responsables – certes à des degrés divers – de l’état dans lequel sera notre planète lorsque nous la léguerons aux prochaines générations. S’agissant de notre environnement, il évolue avec une constante de temps de l’ordre d’une décennie seulement ; selon notre comportement, il peut continuer à se détériorer, se stabiliser ou s’améliorer.

Nous sommes tous concernés aussi par le fait que la TE changera notre modèle économique et, plus généralement, notre mode de vie.

Ce que chacun décide de faire ou de ne pas faire est important pour la réussite de cette transition. Il s’agit d’abord de gestes qui peuvent sembler « petits » mais qui comptent pleinement car personne ne les fera à notre place : réduire notre contribution aux gaspillages et à la pollution, effectuer des tris sélectifs, réduire notre consommation d’énergie, réduire les émissions de CO2  de nos appareils, privilégier les transports en commun, etc. De tels gestes concrétisent notre solidarité avec nos concitoyens engagés dans la TE.
Ce sont des exemples dont il ne faut pas sous-estimer l’effet d’entraînement sur les personnes qui nous côtoient.

Le degré de mobilisation actuel de la « base » en faveur de la TE peut s’estimer à partir de l’ampleur des récentes manifestations. Quelques nombres (le premier est l’estimation des organisateurs pour toute la France, les deux autres sont des nombres restreints à Paris, celui de la Préfecture de police et celui des organisateurs) : le nombre d’adolescents qui ont pris part à la manifestation du 15-3-2019 couplée à la Grève pour le climat était de 170 000 au total, dont 30 000 à 50 000 à Paris, les nombres concernant la Marche pour le climat et la justice sociale du 16-3-2019 étaient 350 000 au total, dont 36 000 à 100 000 à Paris. Ces nombres peuvent être comparés à ceux publiés lors de la Défense de l’école privée du 24-6-1984 : 1 à 2 millions (manifestation qui eut lieu à Paris seulement) ou lors de la manifestation en faveur du Mariage pour tous du 27-1-2013 : 125 000 à 400 000 (manifestation qui, elle aussi, n’eut lieu qu’à Paris)[1].

La mobilisation populaire pour « sauver le climat » est donc importante tout en étant susceptible de se renforcer substantiellement. Par ailleurs, dans la Marche pour le climat et la justice sociale, la fraction des manifestants d’un âge dépassant 40-45 ans était apparemment de l’ordre de 10 %, peut-être inférieure à cette proportion, alors que ce sont les enfants et petits-enfants de cette population qui seraient les premiers affectés par un échec de la TE. Le « message » est donc encore loin d’être clair pour tous.

3. … À L’ACTION COLLECTIVE

 Faut-il rappeler qu’il existe d’innombrables associations et ONG (nationales ou internationales) dont l’objectif est la lutte contre le dérèglement du climat ? Adhérer à une telle association est la façon la plus simple de renforcer son action personnelle.

La TE implique un grand nombre d’initiatives et de mesures dont le spectre s’étend des gestes quotidiens cités plus haut aux décisions politiques de portée nationale ou régionale[2], européenne pour ce qui nous concerne. Selon le cas, telle ou telle action est à placer dans un cadre ou dans un autre : familial, association ou ONG, collectivité territoriale, cadre national, Union Européenne – même les niveaux les plus hauts sont accessibles à tous grâce aux élections. Vu les enjeux, toutes ces possibilités doivent être exploitées !

À titre d’exemples : le retraitement des déchets ménagers, certains recyclages, la préservation des espaces verts locaux, les transports en commun locaux, sont du ressort des municipalités ou des communautés de communes. L’aménagement de l’urbanisation, l’organisation de la mobilité des déplacements, la pollution de l’air, relèvent, en général, des « conseils métropolitains ». À l’autre bout du spectre, le choix du mix énergétique, la mise en place d’une fiscalité qui favorise la TE relèvent du pouvoir politique, modifier de grandes orientations économiques ne peut résulter que de décisions prises au plus haut niveau de l’État… ou d’une très forte pression exercée par un grand nombre de citoyens.

4. TRANSITION ÉCOLOGIQUE ET RATIONALITÉ[3]

 Selon l’encyclopédie Larousse : Un écosystème est constitué par un ensemble d’animaux, de plantes, de champignons et de micro-organismes interagissant les uns avec les autres et avec leur milieu (sol, air, climat, etc.). Ces multiples interactions internes régissent la dynamique, c’est-à-dire la vie même du système ; elles font que toute modification d’un paramètre du système entraîne une évolution plus ou moins prévisible d’autres paramètres. C’est pourquoi la TE – affectant l’écosystème « Terre » dans sa globalité – est un programme complexe dont l’optimisation exige de la rationalité. Faute de cette rationalité, certaines mesures peuvent se révéler peu efficaces, inefficaces, voire contre-productives.

En particulier, le choix entre plusieurs stratégies concurrentes visant la TE demande que, pour chacune d’elles,

  • les ordres de grandeur des paramètres pertinents soient estimés ;
  • toutes les conséquences, directes et indirectes, soient étudiées ;
  • le niveau de l’acceptabilité sociale soit pris en compte.

Pour ce qui est des choix stratégiques – par exemple, celui de la place du nucléaire dans l’évolution du mix énergétique[4] –, des débats préalables sont nécessaires, qui ne peuvent se développer utilement et conduire à des décisions largement acceptées que s’ils sont conduits dans la clarté… et avec rationalité. Les nécessaires arbitrages qu’il appartient au pouvoir politique d’effectuer doivent s’appuyer sur les travaux de groupes d’experts, portant sur tous les aspects des technologies actuelles et des technologies prometteuses, hors des pressions idéologiques et de celles des lobbies.

Il serait bon de faire appel à l’Académie des sciences et à l’Académie des technologies pour un regard pluridisciplinaire. Il faudrait recourir aux scientifiques appartenant aux sociétés savantes, à des ingénieurs et aux spécialistes de telle ou telle technologie. En ce qui concerne les implications sociétales, des personnes ayant des connaissances approfondies en sciences humaines et des représentants qualifiés de la société civile devraient être consultés.

5. POUR ÊTRE CONCRET

 Il ne s’agit ici que de faire quelques suggestions. Ce faisant, des repères seront fournis qui peuvent alimenter la réflexion sur le pourquoi  et  le  comment de la TE.

5.1 Actions visant à limiter le réchauffement climatique

Chacun sait que pour assurer la TE la priorité des priorités est de mettre un terme à l’augmentation de la concentration dans l’atmosphère du dioxyde de carbone (CO2) et du méthane (CH4, le composant très largement dominant du gaz de ville). Les contributions relatives de ces deux gaz à l’effet de serre sont (sans prendre en compte la vapeur d’eau qui est la plus grand contributrice) : CO2 ~65 %, CH4 ~15 %, autres ~20 %. Alors que des processus chimiques éliminent le CH4 de l’atmosphère avec une constante de temps de l’ordre de la décennie, la durée de vie du CO2 dans l’atmosphère est de l’ordre  du siècle. Donc tout retard pris pour limiter les émissions de CO2 fait qu’il s’accumule et que ce sera plus difficile d’y parvenir ultérieurement.

Les ordres de grandeur des émissions annuelles de CO2 sont ~37 milliards de tonnes en 2017 pour le monde entier, ~3,5 milliards de tonnes pour l’Union Européenne, ~450 millions de tonnes pour la France. Des procédés sont proposés pour capter le CO2 atmosphérique et le séquestrer, en profondeur dans le sous-sol par exemple, mais à ce jour leur faisabilité industrielle à un coût acceptable n’a pas été établie. Cela étant, planter un arbre, en planter deux, reboiser, contribue à prélever du CO2 de l’atmosphère et à le fixer sous forme de cellulose.

Il faut donc se concentrer sur la réduction des émissions. Celles-ci proviennent pour l’essentiel de nos besoins en énergie, principalement  en énergie mécanique (transport, industrie) ou thermique (chauffage). À l’échelle mondiale, la combustion des énergies fossiles est responsable de plus de 80 % de ces émissions. Réduire la consommation mondiale d’énergie à court ou moyen terme est illusoire[5] du fait que la quasi-totalité des activités humaines demandent de l’énergie. Le rapport annuel 2018 de l’Agence internationale de l’énergie prévoit une croissance de plus de 25 % de la demande totale d’ici 2040, tirée notamment par l’Inde et les pays en développement. Par contre, réduire considérablement l’utilisation d’énergies fossiles en leur substituant d’autres énergies primaires (hydro-électricité, soleil, vent, énergie nucléaire, etc.) est un objectif réaliste.

En matière d’énergie électrique, la France occupe une place singulière du fait que, chez nous, cette énergie provient largement de l’énergie nucléaire[6] (environ 75 %), essentiellement décarbonée[7].

Les émissions de CO2 de notre pays proviennent par ordre d’importance croissante de l’agriculture, de la transformation de l’énergie d’une forme en une autre, de l’industrie, du secteur du bâtiment et du transport routier. Il s’ensuit que l’effort doit porter en priorité sur la réduction des émissions de   CO2 provenant de l’habitat (tous bâtiments confondus)  et  des  transports.  Dans ces deux domaines, des réductions très importantes sont possibles.

L’amélioration de l’isolation des bâtiments anciens est une priorité qui s’impose. Pour ce qui est des nouvelles constructions, celles dites « passives » ou même les constructions thermiquement isolées suivant les meilleures technologies disponibles aujourd’hui n’ont plus besoin ou presque plus besoin d’apport d’énergie, que ce soit pour le chauffage l’hiver ou pour la climatisation l’été. Adopter ces technologies est un choix gagnant-gagnant (le climat et le propriétaire).

Pour ce qui est des émissions de CO2 dues aux déplacements, les mesures recommandées aux particuliers sont évidentes : utiliser des véhicules moins lourds, équipés de moteurs à essence qui ont un rendement amélioré ou de moteurs hybrides électricité-essence ou tout-électrique dans la mesure où l’énergie électrique reste décarbonée dans notre pays, limiter les voyages en avion[8] (les moyens de communication – son et image – disponibles aujourd’hui permettent de tenir des visioconférences dans de bonnes conditions, mais ils sont encore très loin d’être suffisamment  utilisés)  et,  mieux encore, choisir, chaque fois que c’est possible, la marche à pied, une bicyclette, une trottinette électrique et les transports en commun.

Pour ce qui est des transports industriels, la résistance au ferroutage des transporteurs routiers nationaux et internationaux s’avère très efficace mais cette situation aberrante pourrait évoluer sous la pression populaire.

Le CH4 se forme lors de la dégradation de matière organique en absence d’oxygène. Il a un « potentiel de réchauffement global » 25 fois plus élevé que le CO2. 40 % du CH4 atmosphérique a une origine naturelle (volcanisme, zones marécageuses…) ; 60 % résultent des activités humaines, directement ou indirectement : processus digestifs chez les ruminants, sites d’enfouissement des déchets ménagers, culture du riz, fuites dans les exploitations minières ou gazières, etc.

5.2 Pourquoi réduire la consommation de viande ?

Réduire la consommation de viande, c’est bon pour la santé, c’est très bon pour les bovins, c’est bon pour le climat, et ça permettrait de nourrir une population bien plus importante[9].

Depuis une décennie, la consommation de viande en France baisse d’environ 1 % chaque année (c’est surtout la charcuterie qui diminue), mais la quantité de viande que nous consommons est encore le double de ce que consommaient nos grands-parents. La consommation mondiale de viande a quintuplé entre 1950 et 2000.

Les objections à l’égard d’une alimentation excessivement carnée sont multiples (sauf mention contraire, les nombres qui suivent se rapportent à la viande de bœuf) : elles sont liées (1) au fait qu’une fraction excessive des terres agricoles (70 % !) est consacrée à l’alimentation des animaux (~10 kg de protéines végétales étant nécessaires pour produire 1 kg de protéines animales, la même superficie de terre agricole permet  de  nourrir  trois  fois plus de personnes selon qu’elle est consacrée à des légumes, des fruits, des céréales et des graisses végétales plutôt qu’à de la production de viande), (2) à la consommation d’eau : il faut ~15 000 l d’eau – pour l’irrigation des céréales et pour le fourrage – pour produire 1 kg de bœuf, (3) à la santé : plus de viande, c’est plus de matières grasses, ce qui entraîne obésité, maladies cardiovasculaires, diabète, cancers…, (4) à la production de méthane et d’oxydes d’azote : l’élevage des bovins est responsable de ~9 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre – alors que la contribution des transports est estimée à ~24 %, (5) aux déjections animales et la pollution qui en résulte lorsqu’il s’agit d’élevages intensifs (notamment de poulets ou de porcs dont les déjections sont produites trop localement pour pouvoir être recyclées dans les écosystèmes de l’environnement), (6) à la déforestation, notamment au Brésil et en Amérique Centrale, au profit de pâturages, (7) à la pollution de l’eau par des nitrates et des phosphates provenant des épandages de lisier et de fumier, etc.

Une réduction de la consommation de viande rouge au niveau d’une centaine de grammes par semaine est recommandée par les nutritionnistes. Elle doit s’inscrire, évidemment, dans le cadre d’une alimentation équilibrée comprenant des fruits et légumes, des céréales complètes, des protéines d’origine végétale (légumineuses, noix…) et de quelques autres compléments (huiles insaturées, produits laitiers…). Les travaux de The EAT- Lancet Commission[10], par exemple, offrent un guide pour aller dans ce sens.

5.3 Éliminer les gaspillages, réduire les déchets : même combat !

Au fil des décennies, des gaspillages de toutes sortes ont atteint un niveau inacceptable dans les pays riches – essentiellement ceux de l’OCDE. Ils sont source de déchets, notamment de déchets ménagers, et de pollution. Ceux- ci sont estimés à une demi-tonne/an par habitant en France, soit environ 30 millions de tonnes par an pour toute la population, près d’un dixième des 345 millions de tonnes générées en France en 2017.

L’objectif à long terme de la TE est qu’une majorité de produits (objets manufacturés, denrées…) finissent leur vie réutilisés ou échangés ou recyclés (globalement ou ses divers composants) ou, dans le cas de denrées alimentaires, ingérées ou compostées, pour que se mette en place progressivement une « économie circulaire ». On estime que dans les pays riches la quantité de déchets dont on se débarrasse dans des décharges pourrait être réduite d’un facteur cinq à dix d’ici quinze à vingt ans. À lui seul cet objectif constitue un guide aussi bien lors de l’achat d’un objet que lorsque vient sa fin de vie. Il          y a lieu de choisir des matériaux recyclables en fin d’utilisation, de s’assurer     de la fiabilité des appareils, de prendre en considération la possibilité de les réparer. À l’avenir, trier et recycler deviendront systématiques et relèveront des réflexes de la vie quotidienne.

Les gaspillages des entreprises prennent de nombreuses formes : rebuts, surproduction, déplacements inutiles, stocks inutiles, éclairage, eau, entre autres. La pratique de l’obsolescence programmée est une source de gaspillage. Les consommateurs peuvent pousser à l’élimination des emballages excessivement sophistiqués, souvent absurdement volumineux, en refusant d’acheter les produits dont l’emballage pourrait être considérablement réduit, en réemployant certains emballages ou en privilégiant les produits en vrac.

Pour ce qui est des gaspillages domestiques, eux aussi prennent de nombreuses formes : gaspillage d’eau, de denrées alimentaires, d’habits, de chaussures, achats d’objets jetables, stockage d’appareils qui pourraient être réparés ou réemployés, déplacements inutiles, achat d’appareils non fiables, etc. Certaines municipalités œuvrent pour réduire de tels gaspillages.

À noter que parmi les gaspillages d’énergie figure l’abus de l’usage des technologies numériques (abus des échanges de photos par exemple) : celles- ci ont des coûts cachés, notamment un coût énergétique, dont la plupart des usagers n’ont nullement conscience.

5.4 Halte à la pollution !

La pollution affecte l’atmosphère, les eaux et les terres. Elle tue[11] et elle envahit la planète à toutes les échelles. Les composantes dominantes sont les matières plastiques pétrochimiques que l’on retrouve partout, par exemple dans le corps d’oiseaux, et les particules fines (moins de 2,5 micromètres) que nous inspirons et qui provoquent, via le sang, des maladies cardiovasculaires encore plus nombreuses que les maladies du système respiratoire.

L’usage des matières plastiques a crû dans le monde de façon exponentielle depuis une soixantaine d’années. Chaque année plus de 10 millions de tonnes de matières plastiques pétrochimiques finissent dans les océans. L’abandon presque total de ce type de matériau est impératif et, semble-t- il, programmé par l’industrie[12]. Les matières plastiques pétrochimiques qui seront encore utilisées à l’avenir devront être systématiquement recyclées. Cette perspective implique un important réajustement de la production industrielle mondiale.

On peut se passer des matières plastiques non biodégradables dans de nombreuses circonstances, par exemple en remplaçant les bouteilles plastiques à usage unique par des bouteilles en verre recyclables ou en évitant l’achat d’objets jetables. Le retour à des matériaux anciens (bois, verre, acier…) et l’émergence de matériaux nouveaux biodégradables (s’assurer que la qualité « biodégradable » n’est pas usurpée ! c’est-à-dire s’informer sur la constante de temps du processus au cas par cas) incitent à rester à l’affut de ces produits de substitution dont on peut penser que l’offre va rapidement s’enrichir.

Pour  ce qui est de la réduction de la pollution de l’atmosphère par  des particules fines, elle va de pair avec la réduction de la combustion de matériaux fossiles (moteurs Diesel ou à essence, feux de cheminée…).

5.5 L’érosion de la biodiversité

Par érosion ou épuisement des richesses naturelles de la planète, on entend habituellement la réduction de la biodiversité et la raréfaction de certaines richesses minérales. Biodiversité et richesses minérales constituent un héritage que nous ne transmettrons que partiellement aux générations futures. Alors que la disparition de certaines espèces de la faune ou de la flore est irréversible, la raréfaction de certains minéraux est relative en ce sens qu’elle dépend de l’ampleur des ressources que l’on décide de consacrer à l’extension des gisements.

Le patrimoine naturel de la France est exceptionnellement riche. L’érosion de la biodiversité présente de fortes disparités selon les espèces. En 25 ans, près d’un quart des espèces d’oiseaux les plus communes ont disparu en France. En dix ans, près de la moitié des populations de chauves-souris ont disparu. Les principales causes de cette érosion selon l’Observatoire National de la Biodiversité[13] sont :

  • la destruction et la dégradation des milieux naturels qui résultent de l’artificialisation des sols ;
  • les pollutions, tout particulièrement celle des cours d’eau, dues aux pesticides entre autres ;
  • la pression démographique sur le littoral métropolitain ;
  • le changement climatique qui détruit des habitats et modifie l’environnement ;
  • l’introduction et la dissémination d’espèces exotiques

À l’échelle planétaire, ce sont la destruction et la fragmentation de l’habitat des espèces sauvages qui affectent le plus la biodiversité. Elles résultent principalement de la conversion de forêts et de territoires jusqu’alors vierges en terres cultivées ou en pâturages.

En ce qui concerne les grands mammifères, c’est l’homme qui en est le plus grand prédateur, et cela depuis plus de 100 000 ans. Aujourd’hui, aux effets destructeurs mentionnés plus haut et à la diminution des proies, s’ajoute le braconnage qui décime certaines espèces et ne cesse de croître, en particulier en Afrique, malgré le fait que tout achat d’objets en ivoire, de produits contenant des poudres issues de tigre ou de corne de rhinocéros est interdit par la loi. Les félins sont victimes d’un trafic international, exercé par de puissantes mafias. Personne ne peut dire s’il y aura encore des tigres sauvages dans 50 ans (le nombre total de tigres vivant en liberté aujourd’hui est de quelques milliers, insuffisant pour assurer la survie de l’espèce).

6. DES PERSPECTIVES INCERTAINES

Qu’il s’agisse du réchauffement climatique ou de l’érosion de la biodiversité, la simple extrapolation des données de ces toutes dernières années ne permet pas de dégager des perspectives optimistes. À l’échelle du globe (respectivement de l’Europe), la consommation d’énergie a augmenté de 3,7 % (resp. 2 %) en 2016+ 2017, les émissions de CO2  ont augmenté de  4,3 %[14]  (resp. 1,8 %) en 2017+2018. Un rapport de WWF indique que les populations d’animaux sauvages vertébrés – poissons, oiseaux, mammifères… – ont chuté de 60 % au niveau mondial entre 1970 et 2014. Les observations (fonte des calottes polaires, recul des glaciers) montrent que les effets du réchauffement climatique sont soit conformes aux prévisions initiales du GIEC, soit plus  rapides,  ce  qui  démontre  l’insuffisance  des mesures prises jusqu’à ce jour.

Il y a lieu de s’interroger sur la crédibilité des discours politiques qui mentionnent encore l’objectif de la COP21 de limiter à moins de 2°C l’élévation de la température de la planète, la référence étant la période préindustrielle (1860-1880). Et que penser de l’objectif récemment avancé par notre gouvernement d’atteindre la neutralité du bilan carbone (un concept  assez  flou  vu  la  difficulté  de  calculer  l’efficacité  des  puits  de  CO2) de la France en 2050[15], ce qui implique une réduction par un facteur 6 à 8 de ses émissions par rapport à 1990, alors que nous ne sommes pas parvenus à réduire ces émissions ces deux dernières années ?

Il est donc bien difficile de prévoir si et à quel rythme la TE s’effectuera.

L’absence jusqu’ici d’un engagement rigoureux partagé par une majorité de gouvernements mondiaux conduit certains analystes à conclure qu’un effondrement de notre civilisation industrielle est inéluctable[16] et que le mieux à faire est d’en prendre acte et de s’y préparer.

Sera-t-il possible d’infléchir assez tôt et assez profondément la politique pratiquée par les grandes puissances et les pays de l’OCDE pour assurer une transition écologique maîtrisée, ou cette transition prendra-t-elle la forme d’une rupture brutale, sans doute précédée de désastres et accompagnée de conflits régionaux ou mondiaux ? Pour ce qui est de la région  Europe,  faisons en sorte que le scénario catastrophique soit évité en encourageant ses citoyens à agir à tous les niveaux, depuis le cadre domestique ou familial jusqu’au niveau politique le plus haut, celui des instances de l’UE.

Jacques Haïssinski

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  1. Lors des manifestations des 10 et 11 janvier 2015, Je suis Charlie, aussi appelées Marches républicaines, le nombre total de manifestants à travers la France a été estimé par le ministère de l’Intérieur à plus de 4 millions sur les deux journées, dont plus de 1,5 million le dimanche 11 janvier à Paris.
  2. Ici, comme partout dans la suite, « région » est utilisé dans le sens de région mondiale comme l’est, par exemple, l’Amérique du Sud.
  3. Ce § reprend en partie l’article de Jacques Haïssinski et Hélène Langevin : « Transition énergétique et rationalisme », une contribution de l’Union rationaliste au Grand débat national, Cahier Rationaliste n° 658, janvier-février 2019, p.15
  4. Sur cette question de l’évolution du mix électrique 2020-2060, la récente controverse entre l’ADEME et l’Académie des technologies (voir https://www.ademe.fr/sites/ default/files/assets/documents/evolution-mix-electrique-horizon-2020-2060-010655. pdf et https://www.academie-technologies.fr/blog/categories/avis-et-recommandations/ posts/trajectoires-d-evolution-du-mix-electrique-2020-2060) est instructive sur les divergences qui peuvent apparaître entre experts et la façon dont de telles divergences sont susceptibles de se résoudre : par un débat ouvert.
  5. https://yearbook.enerdata.net/total-energy/world-consumption-statistics.html
  6. Puis sur l’hydraulique pour environ 10 %, le reste se partageant entre l’éolien (4,5%), le solaire photovoltaïque et l’utilisation résiduelle de centrales à L’énergie nucléaire contribue pour ~ 17 % de la consommation finale d’énergie (c’est-à-dire au niveau des consommateurs) dans notre pays.
  7. Toutefois, les émissions de CO2 d’un Français sont en moyenne de ~7,1t/personne/an, une valeur pas très différente de la moyenne des citoyens européens qui est ~8,7 t/ personne/an, https://ec.europa.eu/eurostat/tgm/table.do?tab=table&init=1&language=fr &pcode=t2020_rd300&plugin=1 (données 216).
  8. N’acheter que des fruits et légumes ou des fleurs de saison contribue à limiter le trafic aérien.
  9. http://la-haut.e-monsite.com/blog/impact-de-l-alimentation-carnee-sur-la-planete. html,
    https://www.lemonde.fr/planete/video/2015/03/20/le-vrai-poids-de-la- viande-sur-l-environnement_4597689_3244.html,
    https://www.sciencesetavenir. fr/nature-environnement/climat/rechauffement-climatique-il-faut-manger-moins-de-viande_128523,
    https://www.lemonde.fr/climat/article/2018/12/11/ pour-respecter-nos-objectifs-il-faut-diminuer-de-moitie-notre-consommation-de- viande_5395903_1652612.html.
  10. https://quoinsmonassiette.fr/regime-planetaire-sain-et-durable-en-un-coup-doeil- infographie/
  11. https://academic.oup.com/eurheartj/advance-article/doi/10.1093/eurheartj/ ehz135/5372326
  12. La production mondiale de matières plastiques s’élève à 400 millions de tonnes (voir le dossier du journal Le Monde en date du 16 avril 2019), celle d’acier de 1690 millions de tonnes (valeur de 2017).
  13. http://indicateurs-biodiversite.naturefrance.fr/fr/questions/3-comment-evoluent-les- pressions-majeures-que-notre-societe-fait-peser-sur-la-biodiversite
  14. http://www.lefigaro.fr/sciences/2018/12/05/01008-20181205ARTFIG00331-nette- reprise-des-emissions-de-co2-en-2018.php
  15. https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/strategie-nationale-bas-carbone-snbc (voir la bande bleue)
  16. Comment tout peut s’effondrer, Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, éd. Seuil, 304 p. 19

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