Cahier rationaliste n°650

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Septembre-octobre 2017 – n° 650

Éditorial
• Pourquoi rejoindre l’Union rationaliste ? / Yves Bréchet
Actualités
• Paradoxes de la vulnérabilité et du camouflage. Commentaire sur la causalité en biologie / Evariste Sanchez-Palencia
• Le transhumanisme. Pour quoi faire ? / Jean-Philippe Catonné
Figure
• Jean Rostand : plus qu’un exemple, un guide / Michel Forrier
Radio
• Les murs dans le monde avec Emmanuelle Huisman-Perrin, Guy Bruit et Fabienne Bock
• Des robots avec Emmanuelle Huisman-Perrin et Raja Chatila
Lectures
• De l’invention des ancêtres à la mort de Dieu. Brève histoire relativiste de la religion d’Alain Forest / Gérard Fussman
Courrier des lecteurs
• Lettre à l’Union rationaliste / Courrier de Gabriel Gohau
• Commentaires à propos de l’article « Orientation sexuelle » par Jacques Balthazart / Courrier de Michèle Leduc
• Lettre à l’Union rationaliste / Courrier de Michel Claudon
Chronique
• Doit-on débaptiser le Lycée Colbert ? / Gabriel Gohau
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Éditorial
Par Yves Bréchet

Pourquoi rejoindre l’Union rationaliste ?

Pourquoi rejoindre l’Union rationaliste et en accepter la présidence ?

Certes, l’estime que j’ai pour les membres que je connais, l’admiration que je porte aux grands noms que je sais y avoir appartenu aurait pu suffire à m’inciter à la rejoindre, mais ce sont là arguments d’autorité qui me paraissaient ne pas convenir à un engagement au nom de la raison.

La lecture du site de l’Union, revendiquant un engagement pour la promotion de la méthode scientifique et la lutte contre les dérives irrationnelles, pour son intégration dans la société et dans le débat public, pour la laïcité et la liberté d’expression, ne pouvait que m’encourager dans mon premier mouvement, mais comme le disait un grand ancien, Jean Rostand : « Une vérité qui fait plaisir doit être prouvée deux fois ».

Il me fallait donc préciser en quel sens je me sentais proche de l’Union rationaliste. J’ai l’intime conviction qu’une des plaies du siècle est l’imprécision dans l’usage des mots, tristement révélatrice du primat de la rhétorique sur la démonstration caractéristique des époques trop pressées. Je me suis donc tourné vers le maître de tous les dictionnaires, le Grand Larousse encyclopédique de Pierre Larousse. Voila ce qu’on y trouve à l’article « Rationalisme » :
Le véritable rationalisme n’est pas celui qui attribue à la raison une puissance qu’elle ne possède pas en réalité. C’est celui qui se borne à proclamer que, dans l’état actuel de nos connaissances et de nos habitudes, il serait ridicule d’accepter sans examen des enseignements donnés avec une autorité prétendument indiscutable. Tout examiner, tout peser avec réflexion, tel est le rôle le moins contestable de la raison. Elle examine toutefois sans afficher la prétention de prononcer ensuite des sentences sans appel possible, mais uniquement avec la prétention d’approcher le plus possible de la vérité.

Tout y était dit avec, en filigrane, l’injonction kantienne de bien distinguer ce que l’on sait de ce que l’on croit. Je suis donc définitivement rationaliste dans ce sens-là, et clairement je me sentirais bien au sein de l’Union fondée sur de tels principes, mais est-ce suffisant pour la rejoindre et pour rompre avec mon habitude générale de servir le bien commun tout en refusant les engagements collectifs qui pourraient me contraindre à accepter des choses qui ne sont pas très exactement ce que je pense être vrai ou juste ?

La réponse est simple : l’engagement est nécessaire parce que la raison est en danger.

L’obscurantisme relève la tête vêtu de nouveaux habits, parfois paré des atours des modes intellectuelles qui affadissent tellement la réflexion. L’engagement contre cet obscurantisme est nécessaire parce qu’il faut être nombreux, vigilants et actifs pour le combattre. L’obscurantisme a de multiples visages qui n’ont pas toute l’évidente stupidité des mouvements créationnistes, il a pour nom relativisme en histoire et sociologie des sciences, disqualification de l’expertise dans la décision politique, argumentation par des peurs irraisonnées. Il a des armes variées, goût du sensationnel chez les journalistes, affaiblissement spectaculaire des compétences techniques dans les services de l’État, le refus de donner les grandes lignes et les ordres de grandeur des phénomènes. Il a de multiples amis, ceux que la liberté dérange, ceux qui craignent qu’une argumentation scientifique ne bouscule leurs sophismes, ceux qui ont peur que le qualificatif de « scientistes » ne les disqualifie dans les salons.

Comme nous en avertissait lucidement Thomas Hobbes avec son style inimitable d’ironie cinglante :
S’il eût été contraire au droit de dominer quelqu’un, ou aux intérêts de ceux qui dominent, que les trois angles d’un triangle soient égaux à deux droits, cette vérité eût été sinon controversée, du moins étouffée par la mise au bûcher de tous les livres de géométrie, pour autant que cela eût dépendu de celui à qui cela importait.

Alors oui, je me devais de rejoindre l’Union rationaliste, d’accepter avec gratitude et humilité l’honneur qui m’avait été fait de me demander de la présider, après tous les grands noms qui m’avaient précédé, et de m’efforcer d’attirer dans l’action d’autres qui, comme moi, comme nous, pensent que la raison et la méthode scientifique font partie du bien commun et devraient éclairer toute décision de société. Et je le ferai dans le respect des croyances de chacun, pourvu qu’elles ne cherchent pas à se faire reconnaître comme des savoirs.

n°672-673

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