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L'édito de l'Union

Arrêtons le déclin de la recherche française et investissons dans l’avenir !

Par le bureau de l’Union rationaliste

L’avance des recherches dans le monde académique et industriel est l’une des priorités pour le développement économique et le rayonnement scientifique d’un pays comme le nôtre.
L’Union rationaliste réaffirme sa confiance dans l’engagement des personnels de la recherche : leurs travaux font progresser la lutte contre l’obscurantisme et fournissent des clés pour les grands défis sociétaux de la planète. Et les investissements dans la recherche tant publique que privée sont les emplois et l’indépendance économique de demain.

Les acteurs de terrain avaient alerté depuis une décennie, la crise du Covid en fait prendre conscience, la presse le confirme, les Académies s’en émeuvent : le développement de notre recherche, tant fondamentale qu’appliquée, est en régression et recule dans le panorama international. Aujourd’hui, dans un contexte pré-électoral confus, la classe politique ne semble guère s’en émouvoir !

Pourtant les chiffres parlent[1] : les dépenses de recherche, publiques et privées confondues, ne pèsent que 2,2 % du PIB en France, en baisse légère et régulière depuis 2013 (l’Allemagne est à plus de 3 %, l’OCDE à 2,38 % en moyenne).
Pour la part publique de ces dépenses, avec moins de 0,8 % du PIB, la France se situe au 10ème rang de l’Union européenne, contre 6ème en 2009 (0,5% du PIB font plus de 10 milliards d’euros).

La Loi de Programmation de la Recherche sera manifestement insuffisante pour réduire de tels écarts et empêcher la France de s’éloigner toujours plus de son rang historique.

L’organisation de notre recherche repose sur des choix inappropriés qui diminuent l’attractivité des métiers de la recherche en France et rendent ses résultats moins innovants et moins compétitifs.

D’abord les financements : les fonds pérennes sont trop maigres pour le développement au long cours de projets créatifs hors des grands axes bureaucratiquement prédéfinis. La course aux contrats de durée limitée épuise et conduit au fractionnement dommageable entre équipes financées et les autres. Les nouveaux recrutés n’ont souvent aucun moyen de recherche alloués à l’embauche. De plus les équipements vieillissent et les grandes installations pour la recherche de pointe sont trop rares par rapport à celles qui attirent les meilleurs dans les pays concurrents.

Ensuite les salaires : ceux des chercheurs du secteur public sont dramatiquement bas (63% de la moyenne de l’OCDE à l’embauche), ce que ne pourra pas compenser le système élitiste des primes prévues par la LPR. Les laboratoires sont notoirement sous-équipés en personnels administratifs et d’accompagnement de la recherche, ce qui pèse sur le dynamisme des équipes.

Enfin les postes : 50% des personnels dans le milieu académique ont un poste permanent. Les autres, postdoctorants et hors-statuts divers, fournissent, à côté des doctorants, l’essentiel du travail de base dans nos laboratoires mais vivent dans des conditions de précarité stressantes : en effet le nombre des postes à l’embauche ne fait que décroître depuis une décennie tant dans les grandes institutions de recherche que dans les universités. Beaucoup de jeunes chercheurs brillants choisissent de ne pas rester en France qui pourtant les a formés à grands frais, d’autant que nos entreprises embauchent encore trop peu de docteurs.

L’Union rationaliste appelle nos concitoyens à prendre conscience de la nécessité d’une recherche puissante pour notre pays, et nos dirigeants à mobiliser les moyens indispensables pour redresser l’état de sa recherche. Il y va de la présence demain de la France sur la scène internationale.

Michèle Leduc pour le bureau de l’UR

 [1] Voir l’article David Larousserie dans Le Monde Sciences et Médecine du 29 septembre 2021

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