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L'édito de l'Union

Covid et vaccination : redonner du sens aux chiffres

Par le bureau de l’Union rationaliste

Au XVIIIe siècle la variole faisait en France 50 à 80 milliers de morts par an. L’inoculation de cellules malades, ancêtre de la vaccination, représentait un risque important (un mort pour 1200 inoculations) mais fut acceptée par les paysans comme par les familles royales et défendue par les philosophes des Lumières, face aux réticences religieuses et conservatrices. Grâce à la vaccination, l’épidémie fut enrayée, puis totalement éradiquée en 1980.

Aujourd’hui les chercheurs et le corps médical avancent une parade à la pandémie dans des temps records : au moins sept vaccins prêts à ce jour et plus de 200 en cours de développement, la mise au point de celui à ARN messager étant l’aboutissement de plusieurs années de recherche. Compte tenu des variants et des incertitudes sur la durée de l’immunité acquise, suite à la maladie ou à la vaccination, une grande partie des vaccins, voire leur combinaison, sera utile. Cette stratégie a été freinée par la conjonction de plusieurs facteurs : pesanteurs administratives et lenteur d’arrivée des doses ; application contestable du principe de précaution par les autorités médicales et politiques ; réticences du public liées à la désinformation sur les réseaux sociaux et nombre de médias.

Une des difficultés tient à la mauvaise compréhension des chiffres fournis à profusion. Le « stop and go » des gouvernements sur certains vaccins ne fait pas sens quand il repose sur les risques d’effets secondaires portant sur un nombre de cas extrêmement petit. Rappelons que les données de l’OMS au niveau mondial en date du 7/04/21 indiquent que sur 200 millions d’individus ayant reçu le vaccin AstraZeneca, on recense une centaine de morts liées à des effets secondaires de cette vaccination (cinq à dix en France).
Les ordres de grandeur nous fournissent une perspective éclairante : un mort sur mille pour la maladie Covid-19 contre un sur un million pour les effets secondaires du vaccin. Des chiffres sans commune mesure.
Il est désormais démontré (étude Oxford du 19/4/21) que les risques de thrombose sont huit à dix fois supérieurs après une infection à la Covid-19 qu’après une vaccination. Notons également que les liens entre thromboses et longs voyages en avion ou thromboses et tabagie sont également bien plus importants.
L’appréciation du rapport bénéfice/risque se fait donc rationnellement en faveur de la vaccination. Il est beaucoup plus dangereux de ne pas se faire vacciner que de prendre le risque de développer une thrombose après un vaccin.
En outre, les vaccins autres que celui à ARNm ont comme particularité d’être simples, robustes et dix fois moins chers que les autres (qui sont pareillement susceptibles de favoriser de façon infime ce type d’effets secondaires). On ne peut donc se permettre actuellement de les rejeter, car la stratégie la plus efficace et la moins dangereuse pour faire chuter le taux de propagation de la maladie consiste à vacciner le plus grand nombre de personnes le plus rapidement possible.

A en croire tous les modèles d’épidémiologie, le risque est grand si l’on ne parvient pas à vacciner rapidement une très large fraction de la population. Nous diriger vers l’immunité collective est en effet la seule façon d’endiguer l’épidémie et de sortir de cette crise qui nous « assigne à résidence » et nous prive de fait de certaines de nos libertés individuelles. Les farouches défenseurs des libertés individuelles réticents à se faire vacciner ont certes le droit d’interpeller le gouvernement, mais qu’ils se rappellent leurs réactions à propos des ceintures de sécurité à leur début !
Une plus grande transparence et une communication bien étayée, alliées à une gestion politique moins verticale et plus partagée, augmenteront assurément la confiance des citoyens.

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