Cahier rationaliste n°656

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Septembre-octobre 2018 – n° 656

Éditorial
• La fabrique des grands hommes, suite / Gérard Fussman
Actualités
• L’élégance / Alain Billecoq
• Discours prononcé par le président Barack Obama, à l’occasion des commémorations du centième anniversaire de la naissance de Nelson Mandela, le 17 juillet 2018 à Johannesbourg, Afrique du Sud
• Quand Obama met Mandela en perspective… / Jean-Paul Jouary
Radio
• Pourquoi défendre le logiciel libre ? avec Emmanuelle Huisman-Perrin et Véronique Bonnet
• L’innovation, une injonction ? avec Emmanuelle Huisman-Perrin, Michèle Leduc et Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader
Lectures
• Savoirs, opinions, croyances. Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe de Guillaume Lecointre / Michel Henry
• Livres, revues et plaquettes reçus en hommage des auteurs ou des éditeurs
Chronique
• Pourquoi fermer Fessenheim ? / Claude Stéphan

Éditorial
Par Gérard Fussman

La fabrique des grands hommes, suite

« La fabrique des grands hommes » était le titre de l’éditorial du n° 649 des Cahiers Rationalistes daté de juillet-août 2017, 3-4. J’essayais d’expliquer pourquoi de toutes et tous les féministes, c’est Simone Veil dont on transférerait le corps au Panthéon et elle seule, son mari excepté. Les panthéonisations et les hommages nationaux se succèdent depuis à un rythme accéléré. Leur banalisation est telle que ces cérémonies symboliques n’impressionnent plus guère. Je ne suis même pas sûr que le président de la République en tire un profit politique quelconque. Autant inaugurer les chrysanthèmes, comme disait l’un de ses prédécesseurs. Quoiqu’il en soit, nous aurons bientôt un autre panthéonisé, Maurice Genevoix, incontestablement un très grand écrivain, dont le livre Ceux de 14 regroupe des récits des combats de la période 1914-1915 parus entre 1916 et 1923.

La littérature française compte deux autres livres, au moins aussi célèbres, sur la première guerre mondiale, Le Feu d’Henri Barbusse, prix Goncourt 1916, et Les Croix de Bois de Roland Dorgelès, prix Femina 1919. Henri Barbusse et Roland Dorgelès ne seront pas panthéonisés. E. Macron n’a même pas prononcé leur nom. À lire leur biographie, on comprend vite pourquoi.

Maurice Genevoix (1890-1980), normalien, mobilisé comme sous-lieutenant le 2 août 1914, blessé et réformé en 1915, écrivain vivant de ses droits d’auteur connu surtout pour ses livres régionalistes dont Raboliot, prix Goncourt 1925. Élu à l’Académie française en 1946, Secrétaire perpétuel de l’Académie française à partir de 1958. Ceux de 14 est un poignant récit des combats du début de la guerre, écrit dans un excellent français par un jeune officier du front. Les soldats n’y parlent guère.

Henri Barbusse (1873-1935), journaliste et écrivain, engagé volontaire en 1914, en première ligne jusqu’en 1916 sur les fronts de l’Artois et de la Somme, cofondateur et premier président de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC), l’association des anciens combattants de gauche. Devient en avril 1918 directeur littéraire du journal socialiste et pacifiste Le Populaire. Fondateur du mouvement pacifiste « Clarté »
et de la revue du même nom. Membre du Parti communiste français dès 1923. Directeur littéraire de L’Humanité en 1926. Ami de Lénine et Gorki, admirateur de Staline. Mort à Moscou, enterré à Paris. Le Feu, sous-titré Journal d’une escouade, raconte le quotidien d’un petit groupe de soldats et de leur chef (un caporal ou sergent) de 1915 à 1916. Les soldats parlent leur langage, celui des ouvriers et des paysans, un langage fort peu châtié qui ne se soucie pas des règles de grammaire et de la bienséance.

Roland Dorgelès (1885-1973), journaliste, engagé volontaire en 1914, finit la guerre comme caporal. Croix de guerre. Entre en 1917 au Canard enchaîné. Dans ses articles et livres, à cette époque, « les profiteurs de guerre, les députés, les forces de police sont particulièrement visés, ainsi que ceux qui diabolisent les bolcheviques » (Wikipédia). Membre de l’Académie Goncourt en 1929, président de l’Académie Goncourt en 1960, président de l’Association des écrivains combattants. Grand officier de la Légion d’honneur. Grand-croix de l’ordre national du Mérite. Le choix du titre Les Croix de Bois donne une idée de la tonalité du récit, écrit en très bon français.
Roland Dorgelès entrera peut-être un jour au Panthéon. Pour Henri Barbusse, il faudrait une révolution.

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