Cahier rationaliste n°658

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Janvier-février 2019 – n° 658

Éditorial
• Le rouge et le noir / Gérard Fussman
• L’antisémitisme, la mémoire et l’histoire / Gérard Fussman
Communiqué
• Communiqué de l’Union rationaliste
Hommage
• En hommage à Claude Stephan / Hélène Langevin-Joliot
• Claude Stephan à la Fête d’Ivry en 2018 / Françoise Perrot et Michel Verdaguer
Actualités
• Questions pour le Grand Débat / Harry Bernas, Édouard Brézin et Michèle Leduc
• Transition énergétique et rationalisme / Jacques Haïssinski et Hélène Langevin-Joliot
• La réforme en cours des lycées, tenants et aboutissants / Nelly Bensimon et Michel Henry
Radio
• La possibilité du fascisme : France, la trajectoire du désastre avec Emmanuelle Huisman-Perrin et Ugo Palheta
Lectures
• Reçus en hommage des auteurs ou des éditeurs
Sections locales
• À propos de prévisions Jacques Burger
Chronique
• Antisionisme, antisémitisme, ou horreur du massacre ? / Gérard Fussman
Courrier des lecteurs
• Rendre transparente une fiscalité inutilement complexe / Jean-Pierre Aubin

Éditorial
Par Gérard Fussman

Le rouge et le noir

On assiste depuis quelque temps à un regain d’épidémies de rougeole. La rougeole est une maladie d’origine virale (les antibiotiques sont donc inefficaces), très contagieuse et, dans de rares cas, mortelle. Un vaccin très efficace est disponible depuis 1966 en France. Il n’y a pas d’effet secondaire. Le lien établi par certains entre vaccination et autisme s’appuie sur un article de 1998 depuis longtemps dénoncé comme un faux scientifique, celui du chirurgien britannique Andrew Wakefield. Un chirurgien n’est pas un épidémiologiste. Le refus de vaccination s’est néanmoins répandu non seulement dans des pays du tiers et du quart monde, mais même dans des pays dont la population est depuis longtemps entièrement scolarisée : l’Ukraine, la France et l’Ouest des USA. D’où la réapparition de nombreux cas de rougeole et quelques morts.
On verra dans ce numéro que les 21 et 22 février derniers un colloque de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) consacré à l’histoire de l’extermination des juifs polonais de 1940 à 1945 a été plus que chahuté par des nationalistes catholiques polonais qui ne supportaient pas que l’on évoque l’antisémitisme polonais. Or rien n’est plus connu. Les exactions des Polonais antisémites (tous ne le furent pas) et les massacres systématiques commis par les nazis ont fait qu’il n’existe presque plus de juifs en Pologne : beaucoup avaient déjà fui ce pays avant 1940. Mais l’antisémitisme reste, au moins chez certains.
De ces deux faits on retiendra que l’information et l’école ne peuvent pas tout. Il reste toujours une frange d’individus que rien ne peut convaincre. Cela ne vaut pas seulement pour les vaccinations et l’antisémitisme. Dans notre beau pays où le bon sens est censé être la chose du monde la mieux partagée, on trouve une quantité de médecins homéopathes, des astrologues qui gagnent fort bien leur vie, et même quelques sorciers qu’on appelle désormais tradithérapeutes. Toutes les fins de semaine des jeunes gens, pourtant bien avertis des dangers de l’alcool et de la vitesse, après une soirée arrosée trouvent la mort dans des voitures surchargées.
Dans certains cas on peut réprimer et passer outre aux protestations d’une partie, parfois importante, de la population qui ne comprend pas des mesures dont l’objet est pourtant évident. Les enfants non vaccinés ne peuvent plus être scolarisés ; les fous du volant, les ivrognes sont ou devraient être sanctionnés. Les astrologues et homéopathes, rarement à l’origine de graves accidents, ne gênent personne. On peut seulement regretter que les consultations et médicaments homéopathiques soient encore partiellement remboursés par la Sécurité Sociale.
Mais interdire la désinformation n’est pas une solution. La loi Gayssot n’a pas fait diminuer l’antisémitisme si l’on en juge par la résurgence des actes antisémites depuis quelques mois. Il est impossible d’arrêter la rumeur une fois qu’elle est imprimée : internet désormais permettra toujours de trouver un texte la justifiant. Surtout, si l’on commence à interdire des publications, à détruire (brûler !) les ouvrages qui répandent des doctrines fausses ou dangereuses, où s’arrêtera-t-on ? Interdira-t-on les alertes sur le Mediator et le nouveau Levothyrox, les articles qui s’interrogent sur le rôle de l’armée française au Rwanda et au Mali, ceux qui prétendent qu’Israël a le droit d’occuper toute la Cisjordanie palestinienne car Dieu a donné aux Juifs, il y a bien longtemps, la Judée (d’où son nom) et la Samarie ?
L’interdiction ne résout rien. Il n’y a pas d’autre choix que de se battre tous les jours pour dénoncer les mensonges, les fausses idées qui paraissent vraies, les paralogismes et montrer les conséquences des cris de haine qui sont des cris de mort. Le racisme, dont l’antisémitisme est la variante aujourd’hui la plus connue, n’est pas une opinion. C’est une doctrine d’assassins. Combien de noirs, réduits en esclavage ou lynchés, en ont été victimes ? Combien de juifs en ont-ils été victimes au fil des siècles ?
Le combat contre les ténèbres n’aura jamais de fin. Mais il porte ses fruits.
Sans les humanistes de la Renaissance, dont certains furent brûlés pour cela, sans les philosophes des Lumières obligés de se cacher, sans les Républicains du XIXe siècle, nous ne pourrions imprimer ces lignes. À nous de continuer ce combat. C’est pour cela que l’Union Rationaliste fut fondée.


Éditorial
Par Gérard Fussman

L’antisémitisme, la mémoire et l’histoire

Texte paru dans les Dernières Nouvelles d’Alsace (courrier des lecteurs) le 8 mars 2019
Le 2 mars 2019 une dalle de pierre portant une inscription rappelant qu’« Ici s’élevait la synagogue de Strasbourg incendiée et rasée par les nazis le 12 septembre 1940 » fut renversée. On crut à un acte antisémite. Indignation unanime. Bravo. Mais l’antisémitisme n’a pas commencé avec les Rothschild et les nazis. Certains se souviennent encore de l’affaire Dreyfus. Mais où se trouve la plaque commémorant le massacre, le 14 février 1349, de toute la population juive de Strasbourg, quelques enfants et les jolies femmes exceptés, soit deux mille personnes brûlées vives, en même temps, sur un gigantesque bûcher avec l’approbation de l’évêque consulté sur la façon de s’y prendre ? Résultat collatéral, ou cause déterminante, l’abolition des dettes contractées par les Strasbourgeois de ce temps auprès des juifs. La créance disparut avec le créancier. À l’époque il n’y avait pas d’autres banquiers et les juifs étaient économiquement forcés de pratiquer des taux d’intérêt très élevés, usuraires (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pogrom_de_Strasbourg).
Les Strasbourgeois d’aujourd’hui n’ont rien en commun avec les assassins de 1349 et l’archevêque de Strasbourg condamne avec vigueur l’antisémitisme. Mais rappeler ce bûcher, qui ne fut que l’un des nombreux allumés en France et en Allemagne de 1348 à 1349, ne serait-il pas aussi important que rappeler l’incendie de la synagogue de Strasbourg par les nazis ?

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