Cahier rationaliste n°671

10,00

Mars – avril 2021 – n° 671

Éditorial

• Notre rationalisme / Gérard Fussman
• La culture scientifique, une urgence citoyenne / Nelly Bensimon, Hélène Langevin-Joliot et Jean-Claude Vial

Actualités
• Covid et vaccination : redonner du sens aux chiffres / Bruno Perrin
• Vers un débat sur le concordat en Alsace-Moselle ? / Françoise Olivier-Utard
• L’organisation de l’enseignement religieux à l’école publique en Alsace et Moselle / Claude Hollé

Dossier / La Commune de Paris 1871
• La Commune de Paris 1871
• Les Communards à l’assaut du ciel / Michel Henry
• Raphaël Meyssan, Les damnés de la Commune / Michel Henry
• Jacques Rougerie, La Commune et les Communards / Guy Bruit
• Ludivine Bantigny, La Commune au présent. Une correspondance par-delà le temps / Fabienne Bock
• La Commune de Paris 1871. Bibliographie sélective

Dossier / Transition énergétique
• La transition écologique ! une utopie ? / Marc Thierry

Radio
• Vaccination et rationalité avec Emmanuelle Huisman-Perrin et Marie-Paule Kieny

Lectures
• Race et sciences sociales. Essai sur les usages publics d’une catégorie de Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, lu par Jean-Philippe Catonné
• Reçus en hommage des auteurs ou des éditeurs

Tribune
• Université et recherche : procès en « conscientisation » et intimidation. Suite du programme de rééducation / Catherine Kintzler
• Antiracisme, accusation identitaire et expiation en milieu académique. L’exemple d’une société savante / Catherine Kintzler

 

 

Éditorial
Gérard Fussman

Notre rationalisme

Il y a dans le monde, et ce depuis toujours, beaucoup de personnes qui agissent de façon rationnelle, c’est-à-dire après avoir réfléchi et calculé. Leur rationalisme n’est pas toujours le nôtre parce que le postulat de départ n’est pas le même. Notre rationalisme n’est pas celui des penseurs chinois ou indiens, ni celui des thomistes ou des économistes libéraux. Il a pour origine l’effort des penseurs de l’antiquité grecque pour comprendre le monde et l’action humaine à partir des seules données de l’observation suscitant des hypothèses explicatives logiques vérifiables par l’expérience, sans intervention aucune de forces extra-humaines, position des astres ou caprice d’une divinité. De ce rationalisme sont nées les mathématiques, la physique, l’astronomie, l’histoire et la psychologie. L’accumulation des observations et la découverte de moyens d’observation de plus en plus précis ont permis depuis Galilée un développement exponentiel de la connaissance scientifique et des techniques qui oblige à regarder le monde de façon nouvelle. Le hasard que les rationalistes cherchaient à éliminer est désormais une donnée majeure de la biologie moléculaire ; la physique quantique a introduit la notion d’indétermination dans l’étude de l’infiniment petit. Surtout, la confiance implicite dans la possibilité pour la science d’assurer à l’humanité un avenir meilleur a fait place chez beaucoup à la conscience d’une destruction possible des équilibres qui jusqu’ici lui ont permis de survivre. Deux guerres mondiales, une série continue de guerres locales et de coups d’état, la croissance des inégalités sociales aussi, ont rendu sceptique sur la possibilité pour l’humanité de résoudre de façon rationnelle et pacifique ses conflits internes.

Ce n’est pas en priant les dieux ou en regardant les astres que l’homme réussira à résoudre les problèmes qu’il s’est créés. Le progrès continu de la science devrait y aider si nous arrivons à mettre en œuvre les qualités qui ont permis à l’humanité de se développer : instinct de survie collectif, générosité, solidarité, intelligence individuelle et collective. Mais les obstacles sont nombreux. Les réflexes hérités d’un long passé sont toujours présents en nous. Clanisme, nationalisme, archaïsmes religieux et coutumiers, contradiction entre les conduites de long et court terme, entre les égoïsmes individuels, sociaux et nationaux et la nécessité d’agir à l’échelle du monde, etc., bref ce que l’on appelle la nature humaine construite au long des siècles, empêchent de profiter à plein des avancées scientifiques et techniques. Sans une prise de conscience générale de ces obstacles, le progrès risque aujourd’hui de nous mener à notre perte. Le rationalisme moderne, notre rationalisme, se définit donc par la défense du progrès scientifique, la volonté de résoudre philosophiquement les apories nouvelles que celui-ci introduit, et l’effort constant pour rappeler aux hommes que leur passé n’avait rien d’idyllique et les convaincre d’agir rationnellement afin de préserver les acquis positifs du progrès. Le rationalisme moderne que nous défendons n’est pas aveugle aux obstacles. Il est au contraire le seul moyen de les surmonter.

Gérard Fussman

n°671

Les Cahiers Rationalistes

Mars-avril 2021

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• Juin 2021

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