Cahier rationaliste n°678-679

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SOMMAIRE

Mai – août 2022 – n° 678-679

Éditorial
• Questions brûlantes d’actualité à la rentrée 2022 / Nelly Bensimon et Michel Henry

Actualités
• Journée Jean Zay 2022. L’École de la République, lieu d’émancipation, est à réinstituer / Charles Coutel

Dossier / L’École
• Présentation / Michel Henry
• Pour une École qui se porte bien /Nelly Bensimon
• Colloque « Sauvons l’École publique ! »
– Présentation de Jacques Bernadin / Michel Henry
– Repenser l’éducation / Jacques Bernardin
– Présentation de Étienne Ghys / Michèle Leduc
– Quelques réflexions sur l’enseignement des sciences dans notre système scolaire / Étienne Ghys
– Comment reconstruire l’école publique pour l’égalité et l’émancipation ? / Laurence De Cock

Transition écologique
• Réchauffement climatique : Que pourrait l’École ? / Denis Meuret

Carte blanche
• Science et politique : Covid-19, un cas d’école / Jean-Francois Delfraissy

Radio
• Comment lutter contre les fakes news ? Avec Emmanuelle Huisman-Perrin et Lucile Berland
• Questions sur la laïcité avec Emmanuelle Huisman-Perrin et Jean-Louis Bianco

Lectures
• Spinoza. La politique et la liberté de Alain Billecoq lu par Jean Devos
• L’athéisme mis à nu. Enjeux contemporains de Patrice Dartevelle et Serge Deruette (dir.) lu par Michel Henry
• Temps inquiets. Réflexions sociologiques sur la condition juive de Dominique Schnapper lu par Jean-Philippe Catonné
• Reçus en hommage des auteurs ou des éditeurs

Tribune
• La liberté d’expression / Alain Billecoq

Appels à contributions

Éditorial
Nelly Bensimon et Michel Henry

Questions brûlantes d’actualité à la rentrée 2022

 

Vous recevez ce numéro des Cahiers Rationalistes dans un contexte socio-politique de grande transition. Le président de la République est davantage obligé de gouverner avec l’Assemblée nationale : de nombreux débats de société vont pouvoir être réouverts.

La question du climat reste parmi nos priorités absolues. Or la perspective n’est pas encourageante. La guerre impérialiste engagée par l’armée russe et l’aide apportée à la défense ukrainienne impliquant fortement l’OTAN sous la direction des USA, menace la paix dans toute l’Europe1. Cette guerre impacte aussi grandement les équilibres fragiles existants sur la répartition européenne des sources d’énergie, que des décennies de rapports commerciaux avaient fixés. Sous la pression des Verts allemands, antinucléaires, la consommation des énergies fossiles, notamment du charbon mais aussi des gaz de schistes, est repartie massivement à la hausse. Le nucléaire dont la France s’est dotée devrait être relancé avec la construction proposée par le président Macron de six nouveaux EPR. Il reste à voir si celle-ci sera effectivement mise en œuvre dans un délai raisonnable, malgré l’opposition réaffirmée d’États européens.

Cette guerre impose que des choix énergétiques soient faits dans un délai très court. Bousculant les politiques européennes, elle provoque des drames humains subis par les populations déplacées et par les pertes en vie humaine. Elle met de plus en péril les équilibres naturels de vastes régions devenues des champs de bataille : terres cultivables dévastées par les armes et la logistique des combats, usines chimiques bombardées, pollution et destruction par le feu…

Les cultures, mais aussi la flore et la faune terrestre et aquatique des très nombreuses réserves naturelles que compte cette région de l’Europe, sont impactées sans qu’il soit encore possible d’évaluer l’ampleur des dégâts causés. Alors que le GIEC et de nombreuses études alertent sur la réduction de la biodiversité partout sur la planète, il faut s’attendre à l’extinction locale d’espèces protégées. La restauration de ces espaces sera un enjeu majeur et complexe.

Aux dégâts environnementaux causés par la guerre, s’ajoutent les incertitudes pesant lourdement sur les céréales ukrainiennes, secteur-clé    de l’économie nationale : récolte, stockage et vente compromis menaçant les agriculteurs ukrainiens de précarité. Surtout une part importante de la production, qui devrait normalement être exportée vers l’Afrique, le Moyen- Orient et l’Asie via les ports de la mer Noire, risque de ne pas parvenir à ces populations. Et si l’acheminement de ces denrées de première nécessité tarde trop, on peut s’attendre à des vagues migratoires vers l’Europe de populations fragilisées économiquement et politiquement. Si un vaste élan de solidarité spontanée pour les familles ukrainiennes déplacées s’est manifesté en Europe, comment seront acceptées les migrations des populations affamées par les conséquences de cette guerre ?

Les États européens, au cœur des enjeux politiques de ce conflit, doivent trouver rapidement comment se passer des énergies fossiles. Il faudrait le même empressement pour concevoir  des  modes  de  production  agricole et d’alimentation libérant les pays les plus démunis de leur dépendance à l’égard des pays producteurs. Cela suppose des innovations scientifiques et technologiques et des financements impliquant les banques centrales.

En cette année 2022, notre Union rationaliste se porte bien, après une Assemblée générale dynamique. Le prochain colloque du 19 novembre sur La fabrique de l’opinion sera un événement pour le rayonnement de l’UR dans nos milieux et au-delà. Le prix 2022 de l’UR sera attribué en novembre. Il récompensera des travaux et des actions sur la question des migrations.

Avec ce numéro double, les Cahiers rationalistes abordent une autre question prioritaire. Ils s’ouvrent sur une page d’actualité signée par Charles Coutel : L’École de la République, lieu d’émancipation, est à réinstituer. Publié pour la journée Jean Zay de 2022 par le Grand Orient de France, l’article demande d’appliquer le programme de Jean Zay trop tôt disparu et pose dix questions pour ouvrir le débat en vue de la ré-institution de l’École publique.

Suit un dossier particulièrement important dans le contexte de la crise globale de l’École. Introduit par un article de Nelly Bensimon et proposé par le groupe de travail Culture scientifique, il porte un titre que nous espérons prémonitoire : Pour une école qui se porte bien. Ce numéro des Cahiers publie les actes du colloque de l’UR du 10 février 2022 titré Sauvons l’école publique ! Il y a du travail, de la maternelle à l’Université.

À tous les niveaux les enfants et les élèves subissent le poids des réformes Blanquer :
– obligation scolaire à 3 ans induisant un financement public massif des écoles privées,
– classes à 30 élèves dans le primaire conséquence de la réduction à 20 élèves par classe dans certaines écoles sans moyens supplémentaires,
– non remplacements de professeurs en collège, réforme des filières classiques en lycée avec les dispositifs optionnels sacrifiant les groupes classe,
– suppression des mathématiques en classes généralistes de première (remplacé à la rentrée 2022 par un enseignement spécifique optionnel d’1h30 par semaine),
– réforme du baccalauréat avec l’importance augmentée du contrôle continu, entraînant des distorsions de traitement d’un établissement à l’autre, et l’adjonction d’une épreuve de Grand oral centrée sur la maîtrise de l’élocution : « savoir faire preuve de conviction, d’une capacité à dialoguer et argumenter »,
– sélection exercée par l’admission en Université via Parcoursup, machine à stress qui a prétendu tout changer sans rien régler[2],
– renvoi de  nombreux  étudiants  inscrits  en  filières  professionnelles vers l’apprentissage, favorisant les écoles d’ingénieurs[3], alors que la multiplication des contrats d’apprentissage était censée offrir aux élèves les moins qualifiés des chances d’accès à un emploi…

La rentrée scolaire sera marquée par une crise sans précédent de recrutement des enseignants alors que leur formation en INSPE – pour ceux qui ont pu en bénéficier – a été drastiquement réduite. « L’école du futur » expérimentée à Marseille avec le recrutement local des enseignants, propose- t-elle une solution généralisable à toutes les académies ? Nous mène-t-elle vers une école à deux vitesses, dérogatoire à la fonction publique ? Et où nous mène un recrutement par job-dating qui va placer des novices face aux élèves qui attendent le plus de l’école publique simplement pour éviter le chaos de la rentrée ? Il devient urgent et inévitable pour notre société de se préoccuper des rapports entre inégalités sociales et inégalités scolaires.

Le présent dossier sera poursuivi dans les numéros suivants par diverses contributions : nous attendons les vôtres, à vos claviers !

Les enfants sont sensibles à la question du climat. Dès le plus jeune   âge, les équilibres écologiques et la biodiversité devraient faire l’objet de découvertes et d’enseignements. Les sources d’information sont multiples avec de nombreuses publications mises à leur disposition, ce qui suppose des apprentissages de base suffisants pour permettre une lecture critique. Les jeunes, avec leurs moyens de communication, entretiennent de nombreuses relations qui contribuent à  leur  culture  naissante  dans  ces  domaines. Des points de vue divergents s’affrontent et les thèses complotistes sont omniprésentes. Le groupe de travail de l’UR, Transition écologique, nous propose un article présenté par Denis Meuret, Réchauffement climatique : Que pourrait l’École ? qui enrichit judicieusement ce dossier sur l’école.

La rubrique Radio dédiée aux transcriptions des émissions sur France Culture[4] animées par Emmanuelle Huisman-Perrin, donne la parole à Jean- Louis Bianco[5] avec ses Questions sur la laïcité. Dans cette rubrique, la transcription de l’émission de décembre 2021 : Comment lutter contre les fakes news avec Lucile Berland, est une introduction au colloque de l’UR du 19 novembre 2022 : La fabrique de l’opinion.

 La nouvelle rubrique Carte blanche rapporte les exposés organisés par l’UR à l’Institut d’astrophysique de Paris. Celui de Jean-François Delfraissy, Science et politique : Covid 19, un cas d’école a été particulièrement brillant et mérite une lecture très instructive[6].

La rubrique Lectures présente trois recensions pour inciter à la lecture d’ouvrages particulièrement intéressants. On y trouvera : Spinoza. La politique et la liberté d’Alain Billecoq lu par Jean Devos, L’athéisme  mis  à  nu. Enjeux contemporains, lu par Michel Henry et Temps inquiets, réflexions sociologiques sur la condition juive, lu par Jean-Philippe Catonné.

Sans attendre que notre nouveau gouvernement fixe ses priorités parmi les sujets évoqués ci-dessus, l’UR doit ouvrir largement les échanges de points de vue, en y associant ses adhérents, les associations amies et au- delà, afin d’affiner ses positions et de les faire connaître à celles et ceux qui peuvent intervenir dans les choix politiques du pays.

[1] Le site de l’UR reproduit le communiqué de presse que notre association a publié sur ce conflit majeur.
[2] Allusion au film de Luchino Visconti, Le Guépard, à voir ou revoir : « tout changer pour que rien ne change ».
[3] Selon un rapport de la Cour des comptes.
[4] Émissions que l’on peut réécouter sur le site de l’UR.
[5] Ancien président de l’Observatoire de la laïcité dissout par le président Macron. Poursuivant son combat, Jean-Louis Bianco est un des créateurs de La Vigie de la laïcité.
[6] On peut consulter l’enregistrement vidéo sur le site de l’UR.

 

 

 

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