Raison présente n° 214-215

22,00 

Septembre 2020

VISIONS DU REEL

Sommaire

Ouverture / La Rédaction

LES IMAGES ET LE REEL

  • « On n’y voit rien » / Xavier Bouju et Michèle Leduc
  • Une science façonnée par ses instruments de vision. La connaissance piégée par ses images même / Monique Sicard
  • Des images de l’infiniment petit / Xavier Bouju
  • L’alchimie des images / Hélène Gerstern
  • Théorisation et images : le « chemin de pensée » de Boltzmann / Etienne Klein
  • Le cinéma et le réel : les feuilles bougent encore / Jean-Michel Frodon
  • Les images du ciel / Marc Lachieze-Rey
  • L’illusion de la vérité de l’imagerie médicale / Didier Sicard
  • Nouvelles images : l’intelligence artificielle au service de la créativité / Marie-Paule Cani

LES SCIENCES BIOLOGIQUES ET MEDICALES – RATIONALITE ET ETHIQUE

  • Les faits sont têtus / Antoine Triller et Michèle Leduc
  • Fake News en médecine : un naturalisme détourné / Alain Fischer
  • Comment réduire l’inobservance de patients atteints de maladie chronique / André Grimaldi
  • Environnement et santé : incertitude et précaution / Robert Barouki
  • Les sciences du vivant dans les médias / Sylvestre Huet

VARIA

  • Science-fiction contemporaine : la reconnaissance invisible / Sébastien Omont
  • La recherche d’Intelligences extraterrestres et le Paradoxe de Fermi / Nicolas Prantzos
  • La démocratie dans l’alimentation, seule réponse possible aux enjeux agricoles et alimentaires / J.-C. Balbot (Réseau Civam), M. Dalmais (ISF-Agrista) & Y. Vanherzeele (Réseau Salariat)

Trimestrielles

  • Étymologie & sémantique, Théâtre, Atlas des arts vivants, Musique, À travers quelques livres, Notes de lecture

Disponible en version numérique sur Cairn.info : https://www.cairn.info/revue-raison-presente.htm

Ouverture
Par la rédaction de Raison Présente

On sait combien la pandémie du coronavirus qui a éclaté au début de l’année 2020 a affecté et continue d’affecter la vie de mil­lions d’habitants sur toute la planète. Les mesures de confinement prises en France le 16 mars ont perturbé en profondeur et de façon durable l’activité économique, sociale, politique, culturelle du pays. Un de ses effets, certes bien mineur au regard des drames liés à la maladie et à la lutte contre sa diffusion, a été d’empêcher la réa­lisation et la diffusion du numéro 214 de notre revue, prévu pour le mois de juin. Nous vous proposons donc pour cette rentrée un numéro double où nous publions le dossier « les images et le réel » (initialement prévu pour le mois de juin) et les textes issus du collo­que de L’Union rationaliste, « les sciences biologiques et médicales. Rationalité et éthique ». Vous trouverez aussi dans ce numéro des articles hors dossiers ainsi que les chroniques habituelles.
Le numéro 217, à paraître en mars 2021, proposera, avec, nous l’espérons, un certain recul, des éléments de réflexion sur la pandémie et ses conséquences. La rédaction examinera avec atten­tion les contributions qui lui seraient adressées par ses lecteurs (25 000 signes maximum, espaces et notes compris).
Mais, si elles ont été élaborées avant la crise, les réflexions que nous proposons ici sur l’image, d’une part, les sciences biologi­ques et médicales d’autre part, sont loin d’être étrangères aux ques­tions soulevées par et pendant la pandémie qui les a en quelque sorte actualisées et aggravées.
La circulation des images s’est démesurément accrue depuis la généralisation de l’internet. Certaines d’entre elles donnent matiè­re aux infox (néologisme pour la traduction de « fake news »), à leur banalisation, et contribuent à alimenter un discours de la peur. Il est donc évident, voire banal, d’interroger le statut de telle ou telle image vis-à-vis de la vérité qu’elle est censée montrer. Sans même parler de falsification. Le détournement de ce qui est montré par le placage d’éléments de langage fallacieux pour étayer une thèse parti­culière est une pratique par trop courante et constitue un fléau.
Les questionnements liés aux images font florès, surtout quand celles-ci déclenchent des polémiques. Le thème « Image et réalité » est large et a déjà fait l’objet d’innombrables études. Par ailleurs, l’objectif de la revue n’est pas de coller à l’actualité immé­diate, mais de prendre une forme de recul avec des contributions de fond. Ainsi, l’angle adopté ici se révèle être pertinent : au lieu de sol­liciter des contributions sur les images elles-mêmes, nous avons sou­haité croiser des points de vue entre des personnes d’origine diverse avec des champs de réflexion variés. Ce décalage a permis de ras­sembler des scientifiques, des artistes, des historiens pour contribuer à ce dossier très multidisciplinaire.
Du côté scientifique, la production d’images issues du monde de la recherche, à travers le mode de production lui-même, est inter­rogée selon deux visions, l’une dans le champ de l’infiniment petit dans le domaine des nanosciences, l’autre tournée vers l’infiniment grand dans le champ de l’astronomie et de l’étude de l’Univers. L’usage de ces images scientifiques à des fins de vulgarisation, réali­sées avec une volonté méliorative certaine à partir de signaux expéri­mentaux bruts, peut déclencher une « iconisation » qui mérite égale­ment réflexion : à partir de quand une image devient-elle un symbole ou un étendard, passant du cercle restreint de la sphère scientifique à une appropriation généralisée par le grand public ? L’image peut alors perdre sa signification initiale. En outre, ces images iconi­ques peuvent être manipulées – ce que permet facilement l’usage du numérique – pour faire diffuser dans les médias et la publicité des idées trompeuses, voire dangereuses.
Les images accompagnent aujourd’hui la vie quotidienne et modifient les relations interpersonnelles. Ainsi dans le monde de la santé, l’imagerie médicale sous ses formes variées a fait des progrès considérables ces dernières années et s’impose de plus en plus forte­ment pour les diagnostics, bouleversant les pratiques médicales. En conséquence le rôle du médecin évolue : il doit avant tout appren­dre à interpréter les images que fournissent des équipements de plus en plus sophistiqués. Son rapport au corps du malade change, de même que son rapport à son patient. L’effet de l’image dans le réel sera aussi questionné. Issus de recherches scientifiques poussées, les outils numériques servent d’autres champs de recherche et sont pas­sés à des applications que le grand public peut utiliser. Les immenses possibilités du numérique seront soulignées et explicitées dans le cas des images de synthèse à travers le design en 3D pour la création de mondes virtuels animés.
Les sciences ne sont pas seules à produire et utiliser des ima­ges : à l’évidence elles concernent aussi tous les domaines de l’art. Ainsi la dichotomie entre l’image et le réel est consubstantielle à la photographie et au cinéma. Il s’agira d’aborder l’effet du réel dans l’image, quand celle-ci se veut témoignage, archivage du passé ou rendu du présent. Dans la peinture, le pouvoir des images peintes sur les esprits réceptifs pourra être abordé en évoquant l’iconogra­phie religieuse. Finalement, l’image peut être un élément déclencheur pour décrire une réalité narrative ou être comme un pavé « mal équarri » sur lequel un narrateur trébuche. Cet usage de l’image dans des œuvres littéraires pourra être explicité.
Le dossier qui est présenté ici est loin de viser à l’exhausti­vité. Par exemple nous aurions pu traiter de la bande dessinée, qui concurrence de plus en plus le livre dans les choix du public, jeune et moins jeune. Les images de la publicité auraient aussi pu être évo­quées, d’autant qu’elles manipulent nos goûts et enregistrent sur nous des données personnelles, avec le pouvoir caché d’aliéner nos libertés individuelles. Sans allonger la liste de ce qui manque à ce dossier, résumons l’idée centrale qui a guidé le choix des articles : pour qu’une chose soit vue, elle doit être visible, comment donc montrer le réel qui ne peut être vu ?

De même en choisissant pour thème de son colloque annuel, Rationalité et éthique dans les sciences médicales et biologiques, l’Union rationaliste a abordé un sujet dont l’actualité est devenue particulièrement aiguë dans le climat d’incertitude créé par la pan­démie, un phénomène inédit ou dont les antécédents étaient mal connus ou oubliés. Tous les media d’information ont sollicité quo­tidiennement l’avis d’experts, médecins ou chercheurs en biologie, dont certains ne présentaient pas nécessairement les compétences et la rigueur requises en pareilles circonstances. Trouver des infor­mations fiables, pertinentes, recoupées, avérées, aurait sans doute imposé de s’orienter vers un nombre restreint de sources reconnues pour le sérieux de leur démarche. Car, parallèlement, et de façon iné­luctable, circulent principalement sur l’internet des infox jusqu’aux thèses complotistes. Ces deux extrêmes créent un chaos informa­tionnel duquel la rationalité a parfois du mal à s’extirper et à se faire admettre, y compris parmi les élites, ou prétendues telles. Cet afflux nécessite une prise de recul pour se forger une opinion et encore plus pour prendre des décisions responsables. Les contributions des inter­venants et les échanges avec la salle menés lors du colloque tenu en février 2020 et dont nous publions une partie dans ce numéro, pré­sentent, sur des exemples concrets, quelques règles dont le respect ne pourrait qu’améliorer l’information et la réflexion publique.

Outre les rubriques trimestrielles habituelles, nous propo­sons dans ce numéro trois articles hors dossiers. Deux d’entre eux traitent, comme en miroir, d’autres mondes : Sébastien Omont, spé­cialiste de la littérature de science fiction, évoque les mondes futurs, souvent post-apocalyptiques, que décrivent les récents romans de SF, tandis que l’astrophysicien Nicolas Prantzos retrace le débat sur la pluralité des mondes depuis les penseurs grecs jusqu’au récent para­doxe de Fermi.
Enfin la lecture du numéro 213 de Raison Présente, « Nourrir 10 milliards d’hommes » et tout particulièrement de l’ar­ticle de François Collart-Dutilleul sur le droit à l’alimentation a sus­cité la contribution d’un collectif d’associations attachées à inscrire ce droit dans les faits en proposant de mettre en place « une sécurité sociale de l’alimentation ».

Bonne lecture !

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