13-07-2026
Entretien avec l'économiste David Cayla, nouveau membre du Conseil d'administration de l'Union rationaliste
Introduction
Monsieur David Cayla, économiste, auteur de Déclin et chute du néolibéralisme¹ et d’un article dans Raison Présente intitulé Comment décarboner le secteur énergétique ?², vient d’accepter de rejoindre le Conseil d’administration de l’Union Rationaliste. Nous l’avons interrogé sur le sens de son engagement et sa perception d’une association bientôt centenaire, qui peine à mobiliser de nouveaux adhérents, notamment parmi les plus jeunes.
La science comme engagement
Marc Thierry : Quel sens donnez-vous à votre engagement dans l’Union Rationaliste, si attachée à la défense de la science ?
David Cayla : Merci surtout à l’Union Rationaliste de m’accepter au sein de son Conseil d’administration. En tant qu’universitaire, je suis profondément attaché à la science et à l’esprit scientifique. La science ne cherche pas le « vrai » : elle cherche à comprendre le monde. Et cette compréhension est un processus sans fin. Aucun savoir n’est absolu. La force de la science réside dans sa capacité à produire un consensus, toujours discutable, jamais dogmatique.
Science et défiance
M. T. : Les sciences, notamment celles de l’environnement, sont très attaquées. Que pouvons-nous faire de plus ?
D. C. : La crise Covid a révélé des dynamiques populistes contestant les faits et la démarche scientifique. On retrouve les mêmes mécanismes sur le climat. Il faut rappeler les faits, expliquer sans cesse la démarche scientifique, via des communiqués, des vidéos, des interventions sur les réseaux sociaux. La défiance envers la science s’inscrit dans une défiance plus large envers les institutions, liée à une forme d’impuissance démocratique.
Priorités pour l’Union Rationaliste
M. T. : Quelles devraient être nos priorités ?
D. C. : Rester fidèle à nos valeurs. Les institutions qui se réforment sans cesse nourrissent la défiance. La force d’une institution, c’est la permanence et la clarté de ses principes.
Communication et réseaux sociaux
M. T. : Les réseaux sociaux doivent-ils être davantage utilisés ?
D. C. : Oui, mais cela demande un savoir-faire particulier. Les réseaux sociaux favorisent le débat et la confrontation d’idées. Une communication institutionnelle est souvent trop verticale et désincarnée. Il faut définir des lignes claires pour concilier subjectivité et rigueur. C’est une tâche chronophage, mais nécessaire.
Le nom « Union Rationaliste »
M. T. : Le mot « rationaliste » est-il encore adapté ?
D. C. : Le rationalisme n’est pas une valeur du passé. Il englobe et dépasse la science. La raison est une manière d’organiser la société. Changer le nom pourrait donner l’impression d’un renoncement à nos valeurs.
Élargir notre audience
M. T. : Comment élargir notre audience ?
D. C. : En affirmant que les sciences sociales sont aussi des sciences. Le consensus y est plus difficile, mais la démarche doit rester rationnelle. L’Union Rationaliste pourrait s’impliquer davantage dans les débats sociaux et politiques, en mettant en avant la démarche scientifique.
Conclusion
M. T. : Merci pour cet échange. Nous espérons publier un article de présentation de vos travaux dans le numéro spécial des Cahiers Rationalistes n°700 en février 2026.
¹ Déclin et chute du néolibéralisme, Éditions De Boeck Supérieur, 2022.
² Comment décarboner le secteur énergétique ?, Raison Présente, 2024/2, n°230, p. 57-67. Voir aussi Cahiers Rationalistes n°693 (nov.-déc. 2024), entretien avec Michèle Leduc.