Michèle Leduc

Responsable du site Web de l’Union rationaliste

14/04/2022

Les enseignements de la crise sanitaire
Désinformation scientifique et manipulation de l’opinion

Après l’arrivée de la pandémie il y a deux ans, la population frappée de sidération et très angoissée a attendu beaucoup de la part des scientifiques. Les connaissances sur le SARS-CoV-2 et la COVID-19 ont très rapidement évolué grâce à une mobilisation mondiale inédite de la communauté des chercheurs, avec le partage des données et une politique éditoriale accélérée par les nouvelles pratiques de la science ouverte. On a ainsi enregistré en 2020 plus de 100 0000 articles dans des revues, sans compter 30 000 pré-publications (sur internet, non validées par les pairs) liées au Covid, et ceci dans tous les domaines de la recherche : surtout biomédecine, et aussi maths/info, physique/chimie et SHS (droit, économie et psychologie, etc.). En un temps record la nature du virus a été identifiée et des vaccins divers ont été développés, dont le nouveau vaccin à ARN messager.

Les citoyens, témoins de la recherche « en train de se faire », se sont trouvés face à une profusion d’informations, souvent fluctuantes, dont il leur était malaisé d’apprécier la pertinence. Ils ont aussi été confrontés aux incertitudes, aux doutes et aux controverses scientifiques qui font partie du processus d’élaboration des connaissances mais peuvent être difficiles à appréhender par un public non averti. Les diverses sources d’informations — institutions, presse, médias, mais aussi réseaux sociaux — ont été des vecteurs déterminants pour éclairer les citoyens.

Toutefois des dérives ont été constatées dans la production et surtout la communication des résultats scientifiques, alimentant la défiance du public, d’autant plus difficile à lever que les connaissances sur le virus et la pandémie sont en constante évolution. Les scientifiques eux-mêmes ont eu leur part de responsabilité dans les incompréhensions du public. Beaucoup de pré-publications ont de bonne foi fourni des résultats partiels trop vite acquis et souvent trompeurs (moins de 20% d’entre elles se sont concrétisées par une vraie publication : un fort déchet !). De plus certains chercheurs ont ignoré sciemment les fondements de la démarche scientifique que sont la rigueur, l’honnêteté et la transparence des méthodes utilisées. C’est le cas pour les travaux menés à l’IHU de Marseille sur le traitement du SRAS Cov2 par l’hydroxychloroquine, qui ont suscité une virulente controverse, pas encore tout à fait éteinte.

Le partage des connaissances des chercheurs avec le public nécessite en général le difficile et indispensable travail de médiation des journalistes. Force est de constater que de ce côté aussi les dérives ont été nombreuses : certains médias télévisuels de grande écoute ont favorisé une « communication spectacle » volontiers polémique et entretenu la confusion entre vérité scientifique et opinion. Même les radios et les journaux les plus sérieux, moins bousculés par le temps, reconnaissent avoir répercuté des pré-publications non validées contrairement à leur éthique usuelle. Les nouveaux médiateurs de l’information que sont Internet et les réseaux sociaux ont de plus contribué à la confusion. Des plateformes YouTube, des tweets en chaîne, des films comme « Hold up » mélangeant le vrai et le faux ont fourni des tribunes à des pseudo-scientifiques pour y développer des thèses plus que contestables. L’abondance et la cacophonie des annonces ont participé à la désinformation scientifique des citoyens, qui est allée jusqu’à la manipulation de l’opinion :  aux extrêmes, certains citoyens ont adhéré à des croyances complotistes totalement irrationnelles.

Il reste à réfléchir plus avant à la délicate question de la recevabilité des messages issus de l’expertise scientifique. Quelle est l’origine profonde des théories du complot et du populisme scientifique ? Comment aider au contrôle des infox que véhiculent les réseaux sociaux ? Peut-on aider les journalistes scientifiques et aussi tous les autres ? Et si l’on rêvait d’une fabrique de l’opinion par la société elle-même, qui s’approprierait la méthode scientifique en organisant le débat public ?

Ces sujets et bien d’autres seront abordés par l’UR à sa soirée Carte Blanche en présence de Jean-François Delfraissy le mardi 19 avril 2022 à l’IAP    https://union-rationaliste.org/2022/03/16/carte-blanche-a-jean-francois-delfraissy/   Le thème sera également développé lors du colloque 2022 de l’UR.

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