Guy Bruit

Membre de l’Union rationaliste, directeur de la revue Raison présente

18/05/2022

Hommage à Gérard Fussman

Gérard FUSSMAN 1940-2022

Gérard Fussman est né à Lens le 17 mai 1940. 

Ses parents, juifs, avaient quitté l’Allemagne, pour son père, la Pologne, pour sa mère, au début des années 30. Fait prisonnier à Marchélepot le 01 juin 1940, son père réussit à s’évader et, peu avant la rafle de 1942, il emmena sa famille en Normandie. Jusqu’à la Libération, les parents avec leurs deux enfants, une fille aînée et un garçon, vécurent dans une semi-clandestinité, bénéficiant de la bienveillance discrète de paysans normands qui les avaient accueillis et à qui Gérard a tenu à rendre hommage.

De retour à Lens, il entra à l’école primaire puis au Collège Condorcet, ancien cours complémentaire, où il apprit le Grec, d’une manière un peu « clandestine », grâce à un professeur, Monsieur Lemaille, qui donnait à cinq élèves un « cours particulier gratuit ». Ce dernier qui avait été inspecté demanda à son inspecteur de venir voir ses cinq élèves, et celui-ci demanda à rencontrer le père de Gérard ; il lui expliqua que son fils, qui s’intéressait à l’archéologie grecque, devrait préparer l’Ecole d’Athènes, ce qui supposait avoir été élève de l’Ecole Normale Supérieure, le meilleur lycée où il serait possible de préparer le concours étant le Lycée Louis Le Grand à Paris. C’est ainsi qu’à la rentrée de 1956 Gérard entra en classe terminale dans le prestigieux établissement.

Ces quelques lignes pourraient n’être qu’anecdotiques si elles ne permettaient de comprendre quelle était sa dette à l’égard de « l’école républicaine, laïque et gratuite ». Ce parcours ne fut pas vécu en pleine conscience, et, a-t-il écrit, « il a fallu que je lise Bourdieu pour me rendre compte de l’énorme chance qui fut la mienne, de l’école primaire à mon élection au Collège de France ».

Le baccalauréat acquis, hypokhâgne et khâgne, entrée à l’ENS de la rue d’Ulm, agrégation de Lettres classiques (1962), professeur au Lycée Descartes de Phnom Penh (1965-1967), professeur au lycée Brochon (Côte d’Or), thèse de doctorat en 1972, enseignement du sanskrit à l’Université de Strasbourg (1972-1984), élection au Collège de France (1984), titulaire de la chaire du monde indien (de 1984 à la leçon de clôture du 07 juin 2011).

Il assuma de nombreuses charges administratives et d’organisation de la recherche. Pour s’en faire une idée, on pourra se reporter à   Choix  d’articles, Ecole française d’Extrême-Orient, Paris, 2014, et à sa bibliographie sur le site internet du Collège de France (http://www.college-de-france.fr/site/gerard-fussman/bibliographie.htm).

Comment Gérard Fussman en est-il venu à rejoindre les rangs de l’Union Rationaliste ? Très tôt la guerre d’Indochine aidant, il devint athée puis « marxiste ». La découverte de la loi de 1905 lui révéla ce qu’était la laïcité. En novembre 1956 il adhéra au Parti Communiste, dont il fut un militant convaincu mais turbulent. Pour reprendre une formule d’Aragon il découvrit que le marxisme « n’était pas ce qu’un vain peuple pense ». En 1981, à la suite de l’élection de François Mitterand et pour des raisons qui ne seront pas ici évoquées, il prit ses distances et quitta « discrètement le Parti » en 1983.

Pensant que la défense du rationalisme nécessitait que l’on organisât la lutte, et n’oubliant pas la leçon des luttes idéologiques qu’il avait connues, il rencontra l’Union Rationaliste. Son collègue du Collège, Jean-Claude Pecker, joua un rôle important dans cette rencontre ; ce fut lui qui le présenta à une assemblée générale et par la même occasion proposa qu’il entre au Conseil d’Administration. La période était un peu difficile : le CA et le Bureau devaient être renouvelés. Jean-Pierre Kahane devint président. Gérard Fussman fit un premier mandat de trois ans comme secrétaire général adjoint, puis un second mandat comme secrétaire général. Il déclina les propositions qui lui étaient faites de devenir président de l’UR.

Il devint membre du comité de lecture des Cahiers rationalistes où il publia de nombreuses études et éditoriaux, qui vite firent autorité et dont nous avons tous reconnu l’importance militante.

Nous pouvons dire qu’il nous manquera, mais il est plus important de réfléchir à ce qu’il nous a appris et en quoi il nous aura aidé à penser avec plus de rigueur.

Guy BRUIT, 18 mai 2022.

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2 réflexions sur “Hommage à Gérard Fussman”

  1. Veille Electronique de l'Université de Rouen (VeillEUR) : INDE

    Hommage à Gérard Fussmann au début de l’émission de l’Union rationaliste de France Culture de ce dimanche 22/05/2022

    Divers aspects de la pensée contemporaine
    Épisode du dimanche 22 mai 2022 par Emmanuelle Huisman Perrin

    Hommage au début de l’émission de 00:37 à 03:09

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-union-rationaliste/l-union-rationaliste-les-libertes-individuelles-et-collectives-a-l-epreuve-du-tracage-3326897

  2. Les analystes très pertinentes des événements sociaux ou politiques dans les Cahiers rationalistes ou Raison Présente vont me manquer.
    J’ai été sa collaboratrice quand il était Secrétaire général de l’UR. Après le premier contact qui pouvait être glacial, j’ai connu un homme profondément humain. Sa disparition m’attriste beaucoup.

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