Jacques Haïssinski

Physicien, professeur des universités, retraité,  pour le groupe “Transition écologique et rationalité” de l’Union rationaliste

29-07-2022

Planification écologique et rationalité

Jacques Haïssinski, responsable du groupe de réflexion “Transition écologique et rationalité” de l’UR, nous envoie ce texte de synthèse avant de quitter ses fonctions d’animateur du groupe.

L’idée d’une « planification écologique », d’abord avancée par J-L Mélenchon qui lui a consacré un livret, reprise par E. Macron, a déjà fait l’objet de nombreux commentaires. À son tour, le Groupe de travail sur la transition écologique de l’Union Rationaliste s’est interrogé sur ce que pourrait ou devrait apporter cet outil stratégique. Nous proposons un contenu à cette planification, tout en insistant sur les engagements politiques qui doivent l’accompagner pour qu’elle ne reste pas lettre morte.

1. Un programme qui devrait être partagé

Quiconque a réfléchi aux mesures qu’exige la transition écologique est sans doute convaincu qu’une planification globale du projet devrait devenir un outil essentiel de la réussite – notamment pour atteindre la neutralité carbone en 2050 comme s’y est engagé notre pays. Partant d’un état des lieux établi avec lucidité, il s’agit de dégager des ordres de grandeur, d’identifier les implications des options envisagées, d’établir des priorités et de programmer un ensemble d’actions réalistes et cohérentes[1]. La planification écologique doit donc faire pleinement appel à la rationalité.

La transition écologique, c’est l’affaire de tous. Depuis le chef de l’État jusqu’à toutes les composantes de la population, en passant par le gouvernement, le Parlement, les communautés territoriales, les associations qui lui consacrent leur activité. C’est aussi, bien sûr, une question d’engagement de la part des entreprises. Sa planification devrait être partagée par tous pour assurer la plus grande cohérence possible entre les initiatives des uns et des autres.

La Première ministre, chargée de la création et du suivi de la planification, a créé « un Secrétariat général à la Planification écologique, chargé de coordonner l’élaboration des stratégies nationales en matière de climat, d’énergie, de biodiversité et d’économie circulaire. Il veillera à la bonne exécution des engagements pris par tous les ministères en matière d’environnement. »

Il est attendu de la planification gouvernementale qu’elle organise dans le temps les contributions de chacun des ministères – depuis le ministère en charge de l’éducation nationale et de la jeunesse[2] jusqu’au ministère en charge de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

La transition écologique requiert une transformation de notre mode de vie qui aura de profondes conséquences sociales et économiques[3]. Cette évolution demande que les relations entre « moteurs de croissance » et « bien-être » soient approfondies : les moteurs de la croissance économique actuels prennent-ils en compte le bien-être des populations, et ce, à l’échelle mondiale ? Il n’y aura pas de transition écologique tant que cette transformation de notre mode de vie ne sera pas bien engagée. Celle-ci doit donc impérativement figurer dans la planification – alors qu’elle dépasse les compétences de chacun des ministères. Elle implique des initiatives et des choix politiques courageux, mais pas nécessairement impopulaires[4], au plus haut niveau de l’État. Continuer à éluder ce nécessaire changement de mode de vie, comme ce fut le cas jusqu’à aujourd’hui, c’est continuer à ignorer les vrais enjeux de la transformation écologique.

  1. La transition énergétique

 2.1 Le défi.  Dans ce qui suit, nous nous limiterons à la planification du volet énergétique de la transition écologique.

La transition énergétique est un projet planétaire qui, pour prendre place, demande qu’une solidarité s’établisse progressivement entre les 195 États du monde, sans doute région (comme l’Europe) par région. Cela étant, rien ne se fera si chaque pays attend, pour s’engager, que d’autres le fassent plus que lui-même, le cadre de cette fiche est, pour l’essentiel, national[5]. Donner l’exemple, c’est assurer sa crédibilité au plan international (à condition de ne pas être suicidaire économiquement). Et tant mieux si, au sein de l’Union Européenne, la France parvient à figurer parmi les pays exemplaires en matière la transition écologique ; elle bénéficiera de cette situation sur divers plans, comme celui de la balance ses paiements.

Les trois premières figures mettent en évidence l’ampleur du défi que doit relever la planification énergétique compte tenu de l’objectif de « neutralité carbone » que s’est fixé notre pays pour 2050.

Figure 1

Figure 1. Les émissions nationales de éqCO2 par secteur d’activité[6].

La figure -1- montre qu’en 2019 le total des émissions de CO2[7] sur le territoire national a été de l’ordre de 440 Mt éqCO2[8]. Mais pour obtenir la totalité de l’empreinte carbone nationale, il faut prendre en compte les GES émis à l’étranger pour produire des objets importés dans notre pays, soit de l’ordre d’environ 350 Mt éqCO2[9] Au total, l’empreinte carbone de notre pays dépasse 700 Mt éqCO2 par an actuellement.

Pour savoir si la neutralité carbone est atteinte, il faut soustraire de ces émissions la quantité annuelle de éqCO2 qui est absorbée dans les « puits » de CO2 situés sur notre territoire.

Ces puits sont aujourd’hui principalement constitués de forêts (~ 30 % du territoire métropolitain), de prairies et de sols en général[10]. On estime qu’en 2015 le bilan des absorptions de nos puits a été d’un peu plus de 40 Mt de CO2 absorbés, soit ~1/10ème des émissions. La « Stratégie Nationale Bas-Carbone » (SNBC), proposée par le gouvernement en 2015, vise un objectif pour 2050 qui serait le double de la réalité 2015, soit un peu plus de 80 éqCO2/an, mais encore faudrait-il que les mesures prévues pour ce doublement soient programmées dans la planification consacrée à l’UTCF (utilisation des terres, leurs changements et la forêt) et que la planification ne mise pas sur le stockage géologique du CO2, une technologie loin d’être développée à l’échelle industrielle[11].

Figure 2

Figure 2. Puits de CO2 dans la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) de 2015.

La troisième figure[12] montre quelle devrait être l’évolution de nos émissions de éqCO2 pour passer des émissions actuelles à la neutralité carbone en 2050. Noter que cette figure ignore le CO2 « importé » qui double presque le défi.

Figure 3

Fig. 3. Évolution des émissions et des puits de GES sur le territoire national entre 2005 et 2050.

Le défi est de passer de la trajectoire en pointillés (extrapolation en absence de fortes nouvelles mesures) à une trajectoire qui atteint la neutralité carbone en 2050. La figure 1 et le poids du CO2 importé indiquent les domaines dans lesquels les émissions doivent être considérablement réduites pour viser la neutralité carbone :

  • Passage aux transports tout-électriques (et donc augmentation de notre production d’énergie électrique décarbonée),
  • Isolation thermique des bâtiments,
  • Réduction de nos surconsommations (pour le CO2 importé).

Rappelons que, par rapport à 1995, l’empreinte carbone de la France n’a diminué que de 15 %[13]. La planification écologique doit proposer des feuilles de route dans chacun de ces domaines et devrait être adoptée sous une forme ou sous une autre par le Parlement et par la population – à moins que ce soit celle-ci, poussée par les plus jeunes générations, qui l’impose !

2.2 Cohérence entre tâches. Planifier un projet, c’est organiser dans le temps l’exécution d’un ensemble de tâches.  L’absence d’une telle cohérence temporelle provoque retards et gaspillage de ressources. Dans son état actuel, la planification écologique présente des difficultés à cet égard. Voici trois exemples qui appellent des clarifications.

– La figure -1- plus haut rappelle que ce sont les transports qui provoquent les émissions de CO2 les plus élevées. L’Union Européenne a voté l’interdiction des ventes de voitures et camionnettes neuves à moteurs thermiques à partir de 2035[14]. D’où une forte mobilisation des constructeurs de voitures pour proposer des véhicules plus ou moins lourds “tout-électriques”. (Pour ce qui est des poids lourds, il s’agit d’utiliser des moteurs à hydrogène « vert », ce qui demande de l’énergie électrique décarbonée[15].) La demande d’énergie électrique supplémentaire qui s’ensuivra aura de lourdes implications[16] qu’il s’agit de planifier dès aujourd’hui. Est-ce que les réacteurs nucléaires de troisième génération annoncés par le président de la République, six plus huit en option, en complément des sources d’électricité renouvelables, fonctionneront, assez tôt pour répondre au basculement des énergies fossiles vers l’électricité[17] ? Le calendrier du réacteur de Flamanville peut laisser dubitatif. Le suivi de la planification écologique devra faire preuve d’une rigueur que l’État semble avoir abandonnée depuis longtemps.

– La place du trafic aérien[18] dans les émissions de GES est encore relativement modeste, mais sa croissance (~ 6%/an à l’échelle mondiale[19]) – que l’industrie aéronautique encourage sans frein – conduit à prévoir une place majeure de leurs GES en 2050. L’appel aux technologies innovantes ne peut porter de fruits que dans plusieurs décennies, et la compensation de ces émissions par des reforestations n’est que de la poudre aux yeux. La seule perspective réaliste fait appel à une limitation sévère de ce trafic et aux biocarburants.  Mais aujourd’hui, en Europe, la majeure fraction des biocarburants est produite à partir de cultures vivrières avec lesquelles elles sont en compétition. À long terme, c’est la planification de la transition écologique – et non les tenants d’une économie libérale – qui doit arbitrer cette compétition.

– La mondialisation et le développement des moyens de transport (routes et poids lourds) font que nous consommons des produits qui, souvent, viennent de loin, de très loin[20]. Pour réduire les GES émis dans les transports, les circuits courts sont aujourd’hui recommandés. À l’échelle nationale, cette politique, la multiplication des commandes par l’Internet et l’exigence des consommateurs d’être livrés très rapidement ont conduit les grands distributeurs à développer un maillage du territoire avec de grands entrepôts                                                                                                                                                       localisés « en pleine campagne ». Ce développement anarchique par la grande distribution va à l’encontre de l’objectif « zéro artificialisation nette » prévu par notre Plan Biodiversité de septembre 2021. En s’appuyant sur les autorités régionales, la planification écologique devrait inclure la régulation de ces développements en organisant une coopération entre réseau ferroviaire d’État et livreurs privés.

2.3 Prévoir des mesures d’adaptation sans plus de retard.  Étant donné qu’un réchauffement de la température moyenne de la Terre supérieur à 2° C semble désormais inévitable, la planification écologique doit inclure un volet spécifiquement dédié à l’adaptation du territoire national à un réchauffement de cette ampleur.

3. Investissements et planification écologique

Alors que la transition énergétique requiert de gros investissements, spécifiques, sur des décennies[21], aujourd’hui encore, nombre d’investisseurs choisissent de se tourner vers l’exploitation du gaz ou de mines de charbon. Pour ce qui est du long terme, ce sont les technologies les plus innovantes (5G, voitures sans chauffeurs, IA, calculateurs quantiques…) qui, lancées par des campagnes de publicité soutenues et parfois discutables, ont la préférence des investisseurs privés (banques, assurances, fonds de placement, etc.), car elles s’adressent à la fraction la plus aisée de la population. Il s’agit d’investissements colossaux dans des projets ayant peu de ou aucun lien avec la transition écologique (même si leurs promoteurs le prétendent). Par exemple, le déploiement actuel du réseau de communication 5G s’accompagne d’investissements estimés à 20 milliards d’euros cumulés entre 2021 et 2027 pour la France seule, smartphones compris. Autre exemple : le marché mondial des jeux vidéo a connu une croissance de 10 % entre 2018 et 2019, passant à 150 milliards de dollars. Ce marché pourrait atteindre les 200 milliards de dollars en 2022[22].

En agitant le risque de chômage, les grands groupes industriels exercent de fortes pressions pour que les orientations économiques actuelles soient maintenues. Mais ce que la transition écologique requiert, ce sont d’autres produits, d’autres modes de production, donc des reconversions d’emplois et une réorientation majeure des investissements. La planification de la transition doit donner corps à cette évolution.

Les sources d’investissements « vertes » sont potentiellement diverses, incluant les particuliers qui souhaitent améliorer l’isolation de leur logement ou s’équiper d’une voiture toute-électrique, mais c’est l’État qui doit prendre des mesures fortes imposant une réorientation majeure des fonds qui circulent sur les marchés financiers, y compris ceux dont disposent les grands groupes tels que Total Énergies[23] ou Saint-Gobain.

Parmi ces mesures, la plus efficace est sans doute l’application de taxes « carbone » car elles sont en prise directe sur le marché de CO2. L’application de telles taxes – dont le niveau est appelé à croître – doit être différenciée selon les secteurs les plus polluants et l’expérience a montré qu’elle demande des mesures d’accompagnement spécifiques. Les réglementations bonus/malus sont un autre instrument financier puissant dont dispose l’État pour orienter les investissements.

  1. Réduire la surconsommation

Notre économie est fondée sur un modèle de croissance qui génère une frénésie consumériste – alors que la planète Terre est finie, ses richesses agricoles, en eau, métaux ou minéraux sont limitées, sa faune et sa flore fragiles. Pour préserver un avenir acceptable aux futures générations, nous devons adapter le flux de nos consommations au flux des richesses que notre planète peut renouveler[24].

La sobriété en matière de consommation n’est pas une option. Dans le domaine de l’énergie, la planification écologique doit expliciter la route et l’échéancier que l’État choisit et impose, pour baisser de l’ordre de 40% notre consommation en vue d’éliminer la quasi-totalité des utilisations des énergies fossiles et ne pas miser sur un accroissement irréaliste de l’énergie électrique qu’il faudra substituer aux énergies fossiles. Contrairement à ce que laissent espérer certains responsables de secteurs grands émetteurs de CO2, des innovations technologiques majeures (par exemple la captation et la séquestration du CO2) n’auront pas le temps, d’ici 2050, d’être développées à l’échelle industrielle pour tenir une place importante dans la planification écologique.  Le concept de jour de dépassement de la Terre[25] peut servir à marquer les progrès réalisés.

Formulé vaguement, l’objectif de “sobriété” est inacceptable pour les foyers les plus modestes dont le budget est entièrement consacré aux besoins de la vie courante. La sobriété est compatible avec une croissance dont la mesure doit être revue pour inclure le bien-être de toutes les populations et la préservation de nos richesses communes. La sobriété, c’est l’élimination progressive du gaspillage pratiqué, pour l’essentiel, par les classes moyennes et aisées de la population et, pour certains produits, par la totalité de la population, plus ou moins inconsciente du fait qu’elle est manipulée par la publicité irresponsable d’industriels qui ne se soucient pas de l’avenir de la Terre. La sobriété, c’est le recyclage à l’échelle industrielle de métaux, de verre et de certaines matières plastiques[26], c’est la réduction du gaspillage de nourriture (150 kg/hab./an en France), du gaspillage de fringues ou de chaussures en faisant appel à l’économie circulaire, du gaspillage d’outillage et de matériel électroménager en faisant appel aux réparations ou au recyclage, gaspillage de CD ou de DVD en faisant appel au streaming…

La croissance actuelle de la part de marché des SUV[27] constitue un scandale à cet égard, auquel une planification écologique devrait mettre un terme au plus tôt. Il faudrait que l’État encourage l’utilisation de petites voitures tout-électriques ou de bicyclettes à moteur électrique.

  1. Réalité et engagement

Des lois de la physique connues depuis le début du 19ème siècle expliquent pourquoi la température moyenne de la Terre augmente avec la concentration des GES dans l’atmosphère.  Pour limiter le dérèglement climatique qui s’ensuit, la priorité des priorités est de réduire considérablement l’utilisation d’énergies fossiles. Pourtant les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) dues à la combustion d’énergies fossiles ont crû de 6 % en 2021 pour atteindre leur niveau record (Agence internationale de l’énergie).

Chacun/e a ses propres vues sur les blocages qui nous empêchent de nous engager fermement  dans la transition écologique alors que sa nécessité est pourtant claire pour beaucoup. Une économie de marché libérale dont le premier objectif est la croissance du PIB accompagnée d’une consommation sans frein, a créé la situation à laquelle nous devons faire face. Mettant à profit la mondialisation, cette économie a permis à une petite fraction de l’humanité d’acquérir des richesses et un pouvoir politique considérables qui s’appuie sur de puissants lobbies et sur une publicité omniprésente. À ce jour, aucun pouvoir politique ne résiste à ces pressions. Pourtant là est la clé de la transition énergétique.

Une planification doit aller bien au-delà d’une coordination entre des ministères. Pour devenir un outil de référence, la planification de la transition écologique doit être portée par un pouvoir politique résolu à faire évoluer notre mode de vie en réformant certains moteurs de notre économie et en résistant aux lobbies industriels. Il faudra convaincre nos partenaires de l’Union européenne d’avancer tous et plus efficacement vers les mêmes objectifs car ce n’est qu’à l’échelle d’une région mondiale qu’un changement économique profond peut prendre place.

Le groupe “Transition écologique et rationalité” de l’Union rationaliste

[1] Michel Cabirol, Scénarios pour la transition écologique, CR 672-73, Mai-août 2021.

[2] Marc Thierry, L’éducation au développement durable, CR 666-667, Mai-août 2020. Voir aussi : Denis Meuret, Réchauffement climatique : que pourrait l’École ? CR 678-79, Mai-août ,2022.

[3] Jean-Pierre Foirry, Le choix de politiques efficaces et justes à l’heure de la transition énergétique, CR 674 et 675, Septembre-décembre 2022.

[4] Guillaume Blanc, Il faut changer nos rêves et ceux de nos enfants, CR 677, Mars-avril 2022.

[5] Rappelons que l’empreinte carbone (qui prend en compte tous les GES s) était, pour la France de ~ 8 t éqCO2/hab (valeur 2019), soit ~1 t éqCO2t/hab plus basse que la valeur moyenne pour l’UE cette année-là : https://www.insee.fr/fr/statistiques/3281683?sommaire=3281778. Par suite de la covid19 les nombres ont sensiblement varié pendant les années 2019-20-21.

[6] https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2020/07/hcc_rapport_annuel-2020_graphiques-1.pdf

[7] Dans la suite, les nombres donnés portent sur les GES d’origine anthropique (donc hors vapeur d’eau). Ils incluent les trois principaux contributeurs à l’effet de serre, à savoir le CO2 (79%), le méthane CH4 (14%) et le protoxyde d’azote N2O (5%). L’importance relative de chacun de ces GES est indiquée entre parenthèses. La notation « Mégatonnes équivalentes CO2 » est utilisée pour prendre en compte le cumul des effets de tous les GES.

[8] Des valeurs beaucoup plus basses peuvent être trouvées sur le WEB (par ex. ~ 300 Mt éqCO2 dans https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2020/07/hcc_rapport_annuel-2020_graphiques-1.pdf).

[9] https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/estimation-de-lempreinte-carbone-de-1995-2019.

[10] https://www.i4ce.org/download/puits-carbone-france-realiste/

[11] La mesure des puits de CO2 et d’autres GES présente de larges incertitudes. Celles-ci affectent l’engagement de neutralité carbone tel qu’il est formulé actuellement par le gouvernement.

[12] https://www.citepa.org/fr/2020_04_a06/

[13] https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/estimation-de-lempreinte-carbone-de-1995-2020

[14] En France, ~ 99% des véhicules légers qui circulent aujourd’hui ont un moteur à essence ou diesel ; ce changement de technologie aura d’immenses conséquences dans le domaine de l’emploi, et donc sur le plan social s’il n’est pas convenablement anticipé par la planification écologique.

[15] Roland Borghi, L’hydrogène : un matériau d’avenir pour stocker ou transporter de l’énergie ? CR 665, Mar-avril 2020.

[16] Michel Cabirol, L’électricité dans la transition énergétique, CR 668, Septembre-octobre 2020. Voir aussi : Roland Borghi, Intérêt et implications du passage au « 3/4 électrique » des transports en France, CR 668, Septembre-octobre 2020.

[17] De plus, la planification écologique doit intégrer le calendrier du développement de réseaux de distribution d’énergie électrique qui devra faire face à des pics de la demande en fonction du jour de la semaine et des saisons.

[18]  Jacques Haïssinski, L’aviation civile confrontée à la transition énergétique, CR 669, Novembre-décembre 2020.

[19] Il s’agit d’abord d’une question mondiale, mais les vols internes incluant les liaisons avec l’outre-mer sont concernés eux aussi.

[20] Les poids lourds forment une file ininterrompue sur l’autoroute européenne E5 (A10). Origine : Portugal et Espagne, destination : Rungis, le Royaume Uni, nos voisins du nord et de l’est.

[21] Conversion des véhicules à moteurs thermiques en véhicules tout-électriques, création d’un réseau de distribution d’énergie pour ces derniers véhicules, développement des transports en commun, accroissement de la production d’électricité non carbonée, production d’hydrogène par électrolyse de l’eau, amélioration de l’isolation thermique de logements par millions… la liste est longue.

[22] https://www.ig.com/fr/strategies-de-trading/industrie-du-jeu-video-et-du-cloud-gaming—quelles-opportunites-200617

[23] Jacques Haïssinski, Faut-il encore investir dans le pétrole ? CR 676, Janvier-février 2022.

[24] Voir la note n°4 plus haut.

[25] https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/developpement-durable-jour-depassement-principaux-facteurs-ont-avance-date-29-juillet-63853

[26] Roland Borghi, Recyclage et transition écologique, CR n° 675, Novembre-décembre 2021.

[27] https://www.bfmtv.com/auto/suv-combien-pese-le-gros-succes-des-ventes-de-voitures-neuves_AV-202109260024.html

L’idée d’une « planification écologique », d’abord avancée par J-L Mélenchon qui lui a consacré un livret, reprise par E. Macron, a déjà fait l’objet de nombreux commentaires. À son tour, le Groupe de travail sur la transition écologique de l’Union Rationaliste s’est interrogé sur ce que pourrait ou devrait apporter cet outil stratégique. Nous proposons un contenu à cette planification, tout en insistant sur les engagements politiques qui doivent l’accompagner pour qu’elle ne reste pas lettre morte.

 Un programme qui devrait être partagé

Quiconque a réfléchi aux mesures qu’exige la transition écologique est sans doute convaincu qu’une planification globale du projet devrait devenir un outil essentiel de la réussite – notamment pour atteindre la neutralité carbone en 2050 comme s’y est engagé notre pays. Partant d’un état des lieux établi avec lucidité, il s’agit de dégager des ordres de grandeur, d’identifier les implications des options envisagées, d’établir des priorités et de programmer un ensemble d’actions réalistes et cohérentes[1]. La planification écologique doit donc faire pleinement appel à la rationalité.

La transition écologique, c’est l’affaire de tous. Depuis le chef de l’État jusqu’à toutes les composantes de la population, en passant par le gouvernement, le Parlement, les communautés territoriales, les associations qui lui consacrent leur activité. C’est aussi, bien sûr, une question d’engagement de la part des entreprises. Sa planification devrait être partagée par tous pour assurer la plus grande cohérence possible entre les initiatives des uns et des autres.

La Première ministre, chargée de la création et du suivi de la planification, a créé « un Secrétariat général à la Planification écologique, chargé de coordonner l’élaboration des stratégies nationales en matière de climat, d’énergie, de biodiversité et d’économie circulaire. Il veillera à la bonne exécution des engagements pris par tous les ministères en matière d’environnement. »

Il est attendu de la planification gouvernementale qu’elle organise dans le temps les contributions de chacun des ministères – depuis le ministère en charge de l’éducation nationale et de la jeunesse[2] jusqu’au ministère en charge de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

La transition écologique requiert une transformation de notre mode de vie qui aura de profondes conséquences sociales et économiques[3]. Cette évolution demande que les relations entre « moteurs de croissance » et « bien-être » soient approfondies : les moteurs de la croissance économique actuels prennent-ils en compte le bien-être des populations, et ce, à l’échelle mondiale ? Il n’y aura pas de transition écologique tant que cette transformation de notre mode de vie ne sera pas bien engagée. Celle-ci doit donc impérativement figurer dans la planification – alors qu’elle dépasse les compétences de chacun des ministères. Elle implique des initiatives et des choix politiques courageux, mais pas nécessairement impopulaires[4], au plus haut niveau de l’État. Continuer à éluder ce nécessaire changement de mode de vie, comme ce fut le cas jusqu’à aujourd’hui, c’est continuer à ignorer les vrais enjeux de la transformation écologique.

  1. La transition énergétique

 2.1 Le défi.  Dans ce qui suit, nous nous limiterons à la planification du volet énergétique de la transition écologique.

La transition énergétique est un projet planétaire qui, pour prendre place, demande qu’une solidarité s’établisse progressivement entre les 195 États du monde, sans doute région (comme l’Europe) par région. Cela étant, rien ne se fera si chaque pays attend, pour s’engager, que d’autres le fassent plus que lui-même, le cadre de cette fiche est, pour l’essentiel, national[5]. Donner l’exemple, c’est assurer sa crédibilité au plan international (à condition de ne pas être suicidaire économiquement). Et tant mieux si, au sein de l’Union Européenne, la France parvient à figurer parmi les pays exemplaires en matière la transition écologique ; elle bénéficiera de cette situation sur divers plans, comme celui de la balance ses paiements.

Les trois premières figures mettent en évidence l’ampleur du défi que doit relever la planification énergétique compte tenu de l’objectif de « neutralité carbone » que s’est fixé notre pays pour 2050.

Figure 1. Les émissions nationales de éqCO2 par secteur d’activité[6].

La figure -1- montre qu’en 2019 le total des émissions de CO2[7] sur le territoire national a été de l’ordre de 440 Mt éqCO2[8]. Mais pour obtenir la totalité de l’empreinte carbone nationale, il faut prendre en compte les GES émis à l’étranger pour produire des objets importés dans notre pays, soit de l’ordre d’environ 350 Mt éqCO2[9] Au total, l’empreinte carbone de notre pays dépasse 700 Mt éqCO2 par an actuellement.

Pour savoir si la neutralité carbone est atteinte, il faut soustraire de ces émissions la quantité annuelle de éqCO2 qui est absorbée dans les « puits » de CO2 situés sur notre territoire.

Ces puits sont aujourd’hui principalement constitués de forêts (~ 30 % du territoire métropolitain), de prairies et de sols en général[10]. On estime qu’en 2015 le bilan des absorptions de nos puits a été d’un peu plus de 40 Mt de CO2 absorbés, soit ~1/10ème des émissions. La « Stratégie Nationale Bas-Carbone » (SNBC), proposée par le gouvernement en 2015, vise un objectif pour 2050 qui serait le double de la réalité 2015, soit un peu plus de 80 éqCO2/an, mais encore faudrait-il que les mesures prévues pour ce doublement soient programmées dans la planification consacrée à l’UTCF (utilisation des terres, leurs changements et la forêt) et que la planification ne mise pas sur le stockage géologique du CO2, une technologie loin d’être développée à l’échelle industrielle[11].

Figure 2. Puits de CO2 dans la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) de 2015.

La troisième figure[12] montre quelle devrait être l’évolution de nos émissions de éqCO2 pour passer des émissions actuelles à la neutralité carbone en 2050. Noter que cette figure ignore le CO2 « importé » qui double presque le défi.

Fig. 3. Évolution des émissions et des puits de GES sur le territoire national entre 2005 et 2050.

Le défi est de passer de la trajectoire en pointillés (extrapolation en absence de fortes nouvelles mesures) à une trajectoire qui atteint la neutralité carbone en 2050. La figure 1 et le poids du CO2 importé indiquent les domaines dans lesquels les émissions doivent être considérablement réduites pour viser la neutralité carbone :

  • Passage aux transports tout-électriques (et donc augmentation de notre production d’énergie électrique décarbonée),
  • Isolation thermique des bâtiments,
  • Réduction de nos surconsommations (pour le CO2 importé).

Rappelons que, par rapport à 1995, l’empreinte carbone de la France n’a diminué que de 15 %[13]. La planification écologique doit proposer des feuilles de route dans chacun de ces domaines et devrait être adoptée sous une forme ou sous une autre par le Parlement et par la population – à moins que ce soit celle-ci, poussée par les plus jeunes générations, qui l’impose !

2.2 Cohérence entre tâches. Planifier un projet, c’est organiser dans le temps l’exécution d’un ensemble de tâches.  L’absence d’une telle cohérence temporelle provoque retards et gaspillage de ressources. Dans son état actuel, la planification écologique présente des difficultés à cet égard. Voici trois exemples qui appellent des clarifications.

– La figure -1- plus haut rappelle que ce sont les transports qui provoquent les émissions de CO2 les plus élevées. L’Union Européenne a voté l’interdiction des ventes de voitures et camionnettes neuves à moteurs thermiques à partir de 2035[14]. D’où une forte mobilisation des constructeurs de voitures pour proposer des véhicules plus ou moins lourds “tout-électriques”. (Pour ce qui est des poids lourds, il s’agit d’utiliser des moteurs à hydrogène « vert », ce qui demande de l’énergie électrique décarbonée[15].) La demande d’énergie électrique supplémentaire qui s’ensuivra aura de lourdes implications[16] qu’il s’agit de planifier dès aujourd’hui. Est-ce que les réacteurs nucléaires de troisième génération annoncés par le président de la République, six plus huit en option, en complément des sources d’électricité renouvelables, fonctionneront, assez tôt pour répondre au basculement des énergies fossiles vers l’électricité[17] ? Le calendrier du réacteur de Flamanville peut laisser dubitatif. Le suivi de la planification écologique devra faire preuve d’une rigueur que l’État semble avoir abandonnée depuis longtemps.

– La place du trafic aérien[18] dans les émissions de GES est encore relativement modeste, mais sa croissance (~ 6%/an à l’échelle mondiale[19]) – que l’industrie aéronautique encourage sans frein – conduit à prévoir une place majeure de leurs GES en 2050. L’appel aux technologies innovantes ne peut porter de fruits que dans plusieurs décennies, et la compensation de ces émissions par des reforestations n’est que de la poudre aux yeux. La seule perspective réaliste fait appel à une limitation sévère de ce trafic et aux biocarburants.  Mais aujourd’hui, en Europe, la majeure fraction des biocarburants est produite à partir de cultures vivrières avec lesquelles elles sont en compétition. À long terme, c’est la planification de la transition écologique – et non les tenants d’une économie libérale – qui doit arbitrer cette compétition.

– La mondialisation et le développement des moyens de transport (routes et poids lourds) font que nous consommons des produits qui, souvent, viennent de loin, de très loin[20]. Pour réduire les GES émis dans les transports, les circuits courts sont aujourd’hui recommandés. À l’échelle nationale, cette politique et l’exigence des consommateurs d’être livrés très rapidement ont conduit les grands distributeurs à développer un maillage du territoire avec de grands entrepôts                                                                                                                                                       localisés « en pleine campagne ». Ce développement anarchique par la grande distribution va à l’encontre de l’objectif « zéro artificialisation nette » prévu par notre Plan Biodiversité de septembre 2021. En s’appuyant sur les autorités régionales, la planification écologique devrait inclure la régulation de ces développements en organisant une coopération entre réseau ferroviaire d’État et livreurs privés.

2.3 Prévoir des mesures d’adaptation sans plus de retard.  Étant donné qu’un réchauffement de la température moyenne de la Terre supérieur à 2° C semble désormais inévitable, la planification écologique doit inclure un volet spécifiquement dédié à l’adaptation du territoire national à un réchauffement de cette ampleur.

 

  1. Investissements et planification écologique

Alors que la transition énergétique requiert de gros investissements, spécifiques, sur des décennies[21], aujourd’hui encore, nombre d’investisseurs choisissent de se tourner vers l’exploitation du gaz ou de mines de charbon. Pour ce qui est du long terme, ce sont les technologies les plus innovantes (5G, voitures sans chauffeurs, IA, calculateurs quantiques…) qui, lancées par des campagnes de publicité soutenues et parfois discutables, ont la préférence des investisseurs privés (banques, assurances, fonds de placement, etc.), car elles s’adressent à la fraction la plus aisée de la population. Il s’agit d’investissements colossaux dans des projets ayant peu de ou aucun lien avec la transition écologique (même si leurs promoteurs le prétendent). Par exemple, le déploiement actuel du réseau de communication 5G s’accompagne d’investissements estimés à 20 milliards d’euros cumulés entre 2021 et 2027 pour la France seule, smartphones compris. Autre exemple : le marché mondial des jeux vidéo a connu une croissance de 10 % entre 2018 et 2019, passant à 150 milliards de dollars. Ce marché pourrait atteindre les 200 milliards de dollars en 2022[22].

En agitant le risque de chômage, les grands groupes industriels exercent de fortes pressions pour que les orientations économiques actuelles soient maintenues. Mais ce que la transition écologique requiert, ce sont d’autres produits, d’autres modes de production, donc des reconversions d’emplois et une réorientation majeure des investissements. La planification de la transition doit donner corps à cette évolution.

Les sources d’investissements « vertes » sont potentiellement diverses, incluant les particuliers qui souhaitent améliorer l’isolation de leur logement ou s’équiper d’une voiture toute-électrique, mais c’est l’État qui doit prendre des mesures fortes imposant une réorientation majeure des fonds qui circulent sur les marchés financiers, y compris ceux dont disposent les grands groupes tels que TotalÉnergies[23] ou Saint-Gobain.

Parmi ces mesures, la plus efficace est sans doute l’application de taxes « carbone » car elles sont en prise directe sur le marché de CO2. L’application de telles taxes – dont le niveau est appelé à croître – doit être différenciée selon les secteurs les plus polluants et l’expérience a montré qu’elle demande des mesures d’accompagnement spécifiques. Les réglementations bonus/malus sont un autre instrument financier puissant dont dispose l’État pour orienter les investissements.  

  1. Réduire la surconsommation

Notre économie est fondée sur un modèle de croissance qui génère une frénésie consumériste – alors que la planète Terre est finie, ses richesses agricoles, en eau, métaux ou minéraux sont limitées, sa faune et sa flore fragiles. Pour préserver un avenir acceptable aux futures générations, nous devons adapter le flux de nos consommations au flux des richesses que notre planète peut renouveler[24].

La sobriété en matière de consommation n’est pas une option. Dans le domaine de l’énergie, la planification écologique doit expliciter la route et l’échéancier que l’État choisit et impose, pour baisser de l’ordre de 40% notre consommation en vue d’éliminer la quasi-totalité des utilisations des énergies fossiles et ne pas miser sur un accroissement irréaliste de l’énergie électrique qu’il faudra substituer aux énergies fossiles. Contrairement à ce que laissent espérer certains responsables de secteurs grands émetteurs de CO2, des innovations technologiques majeures (par exemple la captation et la séquestration du CO2) n’auront pas le temps, d’ici 2050, d’être développées à l’échelle industrielle pour tenir une place importante dans la planification écologique.  Le concept de jour de dépassement[25] peut servir à marquer les progrès réalisés.

Formulé vaguement, l’objectif de “sobriété” est inacceptable pour les foyers les plus modestes dont le budget est entièrement consacré aux besoins de la vie courante. La sobriété est compatible avec une croissance dont la mesure doit être revue pour inclure le bien-être de toutes les populations et la préservation de nos richesses communes. La sobriété, c’est l’élimination progressive du gaspillage pratiqué, pour l’essentiel, par les classes moyennes et aisées de la population et, pour certains produits, par la totalité de la population, plus ou moins inconsciente du fait qu’elle est manipulée par la publicité irresponsable d’industriels qui ne se soucient pas de l’avenir de la Terre. La sobriété, c’est le recyclage à l’échelle industrielle de métaux, de verre et de certaines matières plastiques[26], c’est la réduction du gaspillage de nourriture (150 kg/hab./an en France), du gaspillage de fringues ou de chaussures en faisant appel à l’économie circulaire, du gaspillage d’outillage et de matériel électroménager en faisant appel aux réparations ou au recyclage, gaspillage de CD ou de DVD en faisant appel au streaming…

La croissance actuelle de la part de marché des SUV[27] constitue un scandale à cet égard, auquel une planification écologique devrait mettre un terme au plus tôt. Il faudrait que l’État encourage l’utilisation de petites voitures tout-électriques ou de bicyclettes à moteur électrique.

  1. Réalité et engagement

Des lois de la physique connues depuis le début du 19ème siècle expliquent pourquoi la température moyenne de la Terre augmente avec la concentration des GES dans l’atmosphère.  Pour limiter le dérèglement climatique qui s’ensuit, la priorité des priorités est de réduire considérablement l’utilisation d’énergies fossiles. Pourtant les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) dues à la combustion d’énergies fossiles ont crû de 6 % en 2021 pour atteindre leur niveau record (Agence internationale de l’énergie).

Chacun/e a ses propres vues sur les blocages qui nous empêchent de nous engager fermement  dans la transition écologique alors que sa nécessité est pourtant claire pour beaucoup. Une économie de marché libérale dont le premier objectif est la croissance du PIB accompagnée d’une consommation sans frein, a créé la situation à laquelle nous devons faire face. Mettant à profit la mondialisation, cette économie a permis à une petite fraction de l’humanité d’acquérir des richesses et un pouvoir politique considérables qui s’appuie sur de puissants lobbies et sur une publicité omniprésente. À ce jour, aucun pouvoir politique ne résiste à ces pressions. Pourtant là est la clé de la transition énergétique.

Une planification doit aller bien au-delà d’une coordination entre des ministères. Pour devenir un outil de référence, la planification de la transition écologique doit être portée par un pouvoir politique résolu à faire évoluer notre mode de vie en réformant certains moteurs de notre économie et en résistant aux lobbies industriels. Il faudra convaincre nos partenaires de l’Union européenne d’avancer tous et plus efficacement vers les mêmes objectifs car ce n’est qu’à l’échelle d’une région mondiale qu’un changement économique profond peut prendre place.

Le groupe “Transition écologique et rationalité” de l’Union rationaliste

[1] Michel Cabirol, Scénarios pour la transition écologique, CR 672-73, Mai-août 2021.

[2] Marc Thierry, L’éducation au développement durable, CR 666-667, Mai-août 2020. Voir aussi : Denis Meuret, Réchauffement climatique : que pourrait l’École ? CR 678-79, Mai-août ,2022.

[3] Jean-Pierre Foirry, Le choix de politiques efficaces et justes à l’heure de la transition énergétique, CR 674 et 675, Septembre-décembre 2022.

[4] Guillaume Blanc, Il faut changer nos rêves et ceux de nos enfants, CR 677, Mars-avril 2022.

[5] Rappelons que l’empreinte carbone (qui prend en compte tous les GES s) était, pour la France de ~ 8 t éqCO2/hab (valeur 2019), soit ~1 t éqCO2t/hab plus basse que la valeur moyenne pour l’UE cette année-là : https://www.insee.fr/fr/statistiques/3281683?sommaire=3281778. Par suite de la covid19 les nombres ont sensiblement varié pendant les années 2019-20-21.

[6] https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2020/07/hcc_rapport_annuel-2020_graphiques-1.pdf

[7] Dans la suite, les nombres donnés portent sur les GES d’origine anthropique (donc hors vapeur d’eau). Ils incluent les trois principaux contributeurs à l’effet de serre, à savoir le CO2 (79%), le méthane CH4 (14%) et le protoxyde d’azote N2O (5%). L’importance relative de chacun de ces GES est indiquée entre parenthèses. La notation « Mégatonnes équivalentes CO2 » est utilisée pour prendre en compte le cumul des effets de tous les GES.

[8] Des valeurs beaucoup plus basses peuvent être trouvées sur le WEB (par ex. ~ 300 Mt éqCO2 dans https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2020/07/hcc_rapport_annuel-2020_graphiques-1.pdf).

[9] https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/estimation-de-lempreinte-carbone-de-1995-2019.

[10] https://www.i4ce.org/download/puits-carbone-france-realiste/

[11] La mesure des puits de CO2 et d’autres GES présente de larges incertitudes. Celles-ci affectent l’engagement de neutralité carbone tel qu’il est formulé actuellement par le gouvernement.

[12] https://www.citepa.org/fr/2020_04_a06/

[13] https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/estimation-de-lempreinte-carbone-de-1995-2020

[14] En France, ~ 99% des véhicules légers qui circulent aujourd’hui ont un moteur à essence ou diesel ; ce changement de technologie aura d’immenses conséquences dans le domaine de l’emploi, et donc sur le plan social s’il n’est pas convenablement anticipé par la planification écologique.

[15] Roland Borghi, L’hydrogène : un matériau d’avenir pour stocker ou transporter de l’énergie ? CR 665, Mar-avril 2020.

[16] Michel Cabirol, L’électricité dans la transition énergétique, CR 668, Septembre-octobre 2020. Voir aussi : Roland Borghi, Intérêt et implications du passage au « 3/4 électrique » des transports en France, CR 668, Septembre-octobre 2020.

[17] De plus, la planification écologique doit intégrer le calendrier du développement de réseaux de distribution d’énergie électrique qui devra faire face à des pics de la demande en fonction du jour de la semaine et des saisons.

[18]  Jacques Haïssinski, L’aviation civile confrontée à la transition énergétique, CR 669, Novembre-décembre 2020.

[19] Il s’agit d’abord d’une question mondiale, mais les vols internes incluant les liaisons avec l’outre-mer sont concernés eux aussi.

[20] Les poids lourds forment une file ininterrompue sur l’autoroute européenne E5 (A10). Origine : Portugal et Espagne, destination : Rungis, le Royaume Uni, nos voisins du nord et de l’est.

[21] Conversion des véhicules à moteurs thermiques en véhicules tout-électriques, création d’un réseau de distribution d’énergie pour ces derniers véhicules, développement des transports en commun, accroissement de la production d’électricité non carbonée, production d’hydrogène par électrolyse de l’eau, amélioration de l’isolation thermique de logements par millions… la liste est longue.

[22] https://www.ig.com/fr/strategies-de-trading/industrie-du-jeu-video-et-du-cloud-gaming—quelles-opportunites-200617

[23] Jacques Haïssinski, Faut-il encore investir dans le pétrole ? CR 676, Janvier-février 2022.

[24] Voir la note n°4 plus haut.

[25] https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/developpement-durable-jour-depassement-principaux-facteurs-ont-avance-date-29-juillet-63853

[26] Roland Borghi, Recyclage et transition écologique, CR n° 675, Novembre-décembre 2021.

[27] https://www.bfmtv.com/auto/suv-combien-pese-le-gros-succes-des-ventes-de-voitures-neuves_AV-202109260024.html

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