pouvoirs et sciences
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L'édito de l'Union

Pas de démocratie sans respect de l’État de droit

19/05/2026

Une bonne nouvelle toute récente : la défaite de Victor Orban aux élections du 12 avril 2026, qui a vu son concurrent Péter Magyar l’emporter avec plus de 53% des suffrages. Orban avait allègrement piétiné les principes de l’État de droit non seulement à la Commission européenne mais aussi dans son propre pays : atteinte à l’indépendance de la justice, limitation des pouvoirs de la cour constitutionnelle, affaiblissement du parlement, gouvernement par décrets, concussion et corruption, contrôle des médias et de l’information, création d’un Office de protection de la souveraineté surveillant journalistes, universitaires et associations, limitation du droit de manifester dans certains cas, lois controversées sur les minorités (notamment LGBT+), etc.

On avait assisté pendant près de deux décennies en Hongrie, comme dans beaucoup de pays du monde, à la création d’une démocratie dite illibérale, c’est-à-dire où sont conservées les apparences de la démocratie (élections, institutions représentatives), masquant l’affaiblissement de tous les contre-pouvoirs et des libertés fondamentales des citoyens. Pour sauver le soldat Orban, la planète illibérale s’était mobilisée, de Poutine à Marine Le Pen, Trump l’avait nommé « l’homme fantastique », JD Vance lui avait donné l’accolade devant les caméras. Pourtant le soutien de tous les alliés d’Orban n’aura pas suffi à le faire gagner. Il faut y voir un espoir pour le reste du monde.

Il demeure qu’aux États-Unis, la plus grande démocratie du monde, les principes de l’État de droit sont de plus en plus piétinés depuis novembre 2024. Les droits des citoyens américains subissent des atteintes multiples. Les relations de l’administration fédérale avec les États, le statut des agences gouvernementales et de leurs fonctionnaires, le droit du travail, la prise en charge de l’action climatique et enfin l’autonomie et le financement des universités : autant de domaines qui connaissent des perturbations profondes, sous les coups d’une administration décidée à en finir, sous couvert « d’efficacité gouvernementale », avec de nombreuses réglementations établies dans l’intérêt du public. Heureusement la fonction des juges tient encore malgré les pressions, car pour une bonne part ils sont élus. On constate aussi une aggravation catastrophique au Moyen Orient avec la guerre menée par les États-Unis en Iran où le droit international est inaudible, les lois maritimes désintégrées, les règles de la guerre violées par des attaques des infrastructures et des populations civiles. Ces règles sont aussi violées par Netanyahu dans son invasion du Sud-Liban. N’oublions pas non plus les autres grandes puissances, telles la Russie qui, sous le prétexte de la guerre qu’ils mènent à l’extérieur, font régner la peur par la répression aveugle chez leurs citoyens et dans leurs médias qui oseraient critiquer les activités de l’État.

La France est-elle miraculeusement protégée de tous ces manquements au droit qui gagnent du terrain en Europe après avoir atteint l’Italie ? Il est à craindre que de tels dangers soient à nos portes avec la montée en popularité du Rassemblement National et le rapprochement d’une partie de la droite (qui pourtant se revendique du libéralisme) avec une extrême droite décomplexée. Ainsi Bruno Retailleau, ancien ministre de l’Intérieur, a osé affirmer en 2025 que l’État de droit n’était « ni sacré ni intangible » (propos retiré a posteriori). De multiples exemples ces dernières années vont dans le sens de ces paroles inquiétantes : maintien des mesures d’exception prises après les attentats de 2015, usage disproportionné de la force lors de manifestations (mouvements des Gilets Jaunes et contre la réforme des retraites), interdictions de manifester par arrêtés préfectoraux, dissolutions d’associations, gardes à vue massives comme outil de maintien de l’ordre, etc. Nos institutions sont malmenées, le rôle de nos élus est balayé ou est une mascarade. De telles dérives ne pourront que dramatiquement s’aggraver si notre pays tombe sous la coupe du Rassemblement National.

Les contempteurs affichés de l’État de droit, tels Jordan Bardella, voient en lui un obstacle à l’expression de la souveraineté populaire. Pourtant la volonté du « peuple » a bien des formes spécifiques pour se manifester, ne serait-ce qu’à travers les processus d’élaboration de la loi, éventuellement modifiable et qu’on peut abroger. Certains préfèrent impulsivité et absence de débat contradictoire pour aller plus vite, quitte à se tromper lourdement. Cela revient à questionner un fondement de notre organisation juridique, ainsi que l’héritage de la construction de l’Europe du droit et des libertés, dont l’un des objectifs est d’empêcher le retour de dictatures autoritaires. Remettre en cause l’État de droit n’est pas anodin. L’Union rationaliste résistera à ces tendances mortifères pour les libertés, la justice, le droit, le climat, la culture et la science. Après la dissolution de l’Assemblée Nationale en 2024 une large coalition avait su éviter le pire1. Affirmons aujourd’hui notre résolution de faire front, avec l’ensemble des citoyens conscients des périls, contre la montée de l’extrême droite qui menace notre seul objectif : la démocratie fondée sur la vérité, la raison et le débat.

Michèle Leduc, pour le bureau de l’Union rationaliste.

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Ce fut un matérialiste, lecteur de Renan, Taine, Le Dantec et aussi de Montaigne, mais il se déclara toujours comme un piètre penseur, ce qui peut surprendre de la part d’un écrivain qui, dans ses romans, a semblé défendre des thèses. De formation, il est chartiste, passionné par la documentation, aimant la précision : son style, fluide et charpenté s’adapte à ce goût pour l’objectivité et, dans son Journal, a priori écrit intime, on retrouve ce besoin de clarté, comme s’il écrivait pour un lecteur qui n’est autre que lui-même.
Roger Martin du Gard prétend ne pas comprendre les philosophes et d’ailleurs il avoue, dans son Journal, éviter les relations intellectuelles, prétendant se sentir inférieur aux grands penseurs qu’il a l’occasion de croiser. Son athéisme ne serait pas la conséquence d’une réflexion mais plutôt comme un atavisme ne dépendant pas de lui.
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