14/06/2022

Conflit à la Bibliothèque nationale de France

L’UR soutient le personnel de la BnF qui proteste contre la dégradation des conditions d’accès aux ouvrages imposées aux étudiants et aux chercheurs usagers de la bibliothèque. Daniel Kunth, secrétaire général de l’UR, s’est exprimé à l’Assemblée Générale des salariés de la BnF à ce propos.
Voir le texte rédigé par Daniel Kunth :

Conflit à la Bibliothèque nationale de France

Depuis plusieurs semaines, le personnel de la BnF est en grève. Que nous dit cette grève ? Est-elle propre à cet établissement ou nous dit-elle autre chose ?

Début mai, la direction de la BnF a mis en œuvre la fin des demandes de communication directe le matin de documents conservés en magasins, mesure qui est perçue – tant par les usagers que par les agents de la BnF – comme un recul sans précédent du service du public. Elle témoigne d’une méconnaissance de la pratique du métier de chercheur, activité complexe et qui nécessite de pouvoir consulter parfois de grandes quantités d’ouvrages dans un délai resserré.

La direction de l’établissement invoque l’évolution des usages et notamment la baisse du nombre de communications de documents en bibliothèque de recherche entre 2010 et 2019. Elle omet de préciser qu’au cours de cette période, la bibliothèque de recherche s’est largement ouverte à un public qui n’en fait que peu d’usage en termes de demande de communication de documents (étudiants en licence et master), ce qui contribue à la baisse du nombre de demandes par usager.

Elle avance également que cette réorganisation permettra aux agents magasiniers de consacrer plus de temps aux collections. Or la communication des documents sur une plage horaire réduite complique leurs tâches et dégrade les conditions de stockage et de manipulation des documents.

On perçoit bien en quoi cette réforme relève d’objectifs d’ordre économique, dès lors que la BnF est engagée depuis plusieurs années dans des projets ambitieux et coûteux mais à budget et effectifs constants. Citons pour exemple, la réouverture du site de Richelieu avec une offre de services étendue ou la préparation de l’ouverture du futur site d’Amiens. laquelle n’a pas laissé indifférent le Sénat, qui, en décembre dernier, avait exprimé des inquiétudes quant à l’évolution du budget alloué à la BnF, incompatible avec la réouverture de ce site.

La situation actuelle dégrade chaque jour davantage les conditions de travail des agents et la qualité des services proposés au public, voire la mise en œuvre des missions fondamentales de l’établissement dont certaines sont inscrites dans la loi.

 Il est permis de s’interroger sur ce que ce conflit révèle de plus profond dans le fonctionnement des services publics. Faut-il rattacher cette crise à celles, si nombreuses qui culminent aujourd’hui dans le service public :  crise de la SNCF, dégradation de notre modèle de santé publique, réduction du budget de la recherche, etc ? Faut-il au contraire penser que la crise de la BnF n’est qu’un épisode uniquement lié à la rigidité de sa gouvernance ?

Ce conflit n’est pourtant pas nouveau : il y a quinze ans, une réduction des horaires, proposée par la direction avait suscité une vive réaction du personnel. L’affaire n’avait pas connu de retentissement politique car à la différence du conflit actuel, le ministère de tutelle sous l’autorité de Renaud Donnedieu de Vabres, avait cédé à la demande de moyens supplémentaires. Si aucune issue n’est trouvée à ce conflit, il serait à mettre au débit de la présidence de la BnF et au-delà, à la dégradation constante de nos services publics.

Pour info, le site des usagers et des lecteurs de la BnF: https://www.facebook.com/alubnf

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