Michèle Leduc

Responsable du site Web de l’Union rationaliste avec le groupe Transition écologique et rationalité de l’UR

18/07/2022

La planification écologique doit être rationnelle
Rôle de l’État et mobilisation des populations

La nécessité d’une planification écologique fait son chemin sur tous les continents.  En France, une secrétaire d’État chargée de l’écologie vient d’être nommée pour une stratégie nationale en matière de climat, d’énergie, de biodiversité et d’économie circulaire.  C’est peu. Une véritable planification doit aller bien au-delà d’une coordination entre ministères pour réorienter l’économie, permettre de résister aux lobbies industriels et de faire évoluer notre mode de vie, tout ceci dans un très court délai.

Premier objectif : la transition énergétique     

 Limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) et avant tout du CO2, tout en réduisant les inégalités entre pays et à l’intérieur même des pays : tel est le premier défi[1]. Chaque pays, surtout les plus prospères comme le nôtre, où l’enrichissement s’est fait au détriment des pays pauvres, doit s’engager de façon exemplaire en mobilisant ses richesses. Pour éviter que le réchauffement de la Terre dépasse 2°C [2], des mesures d’adaptation sont à prendre d’urgence, qui seront certainement impactées par la guerre aux portes de l’Europe. La neutralité carbone pour la France en 2050 suppose une réduction des émissions de GES de 80% par rapport à 1990 : un tiers peut être obtenu assez rapidement par l’isolation thermique des bâtiments, près d’un autre tiers par passage aux transports tout-électriques, le reste relevant surtout de la réduction des surconsommations et des circuits courts en matière agricole. Les « puits » de C02, essentiellement à partir des forêts, sont aussi à développer de façon cohérente.

Nécessaire : la cohérence sociale et temporelle entre les objectifs

Les défis sont colossaux, rien ne sera facile. Comment éliminer les énergies fossiles, ce qui implique d’accélérer la production d’énergie non carbonée ? Le nucléaire, qui était le grand atout de la France, pose des problèmes sérieux : une large fraction des centrales actuelles montre des signes de vieillissement, il faudra mettre une priorité sur leur maintenance et leur sûreté ; les EPR ainsi que les « petits réacteurs modulables », à l’étude et posant des problèmes non résolus, sont prévus au mieux dans 10 ans et ont encore à prouver leur rationalité technique, économique et de sécurité. Par contre un très fort coup d’accélérateur peut être donné aux renouvelables pour lesquels la France n’est qu’au 17ème rang en Europe. Pour le solaire, les panneaux photovoltaïques, dont les rendements augmentent, peuvent bénéficier d’une forte réduction des coûts par effet d’échelle et renationalisation, les surfaces utilisables sont considérables en France (et encore plus dans les pays du Tiers Monde dont cela pourrait transformer l’économie), ainsi que les usages de proximité. L’éolien en mer est un autre atout et diverses idées de gaz « vert » se font jour.

Impérative : la réforme des moteurs de notre économie.

Impératif : cesser progressivement d’exploiter les énergies fossiles.  Rien ne se fera sans l’engagement sans faux semblant des entreprises concernées. Pourtant les gérants des grandes entreprises pétrolières et gazières (Gazprom, SaudiAramco, TotalEnergies) orientent leurs investissements dans d’énormes projets rentables sans lien avec l’écologie, bien que prétendus « verts », et qui accroissent les inégalités sociales (ainsi le déploiement de la 5G, les perfectionnements des smartphones, les jeux vidéos, etc.). La rationalité nous invite à questionner les lois du marché, la liberté économique du système capitaliste mondial, et jusqu’à la foi dans les progrès technologiques et les bénéfices de la croissance. Notre manipulation par la publicité et les GAFA, l’oubli de la misère d’un grand nombre de pays, tout nous pousse à la surconsommation, au gaspillage, à l’épuisement des richesses de la planète et à l’effondrement du vivant, mettant en péril la santé et l’avenir des sociétés.

L’écologie rationnelle est l’affaire de tous

La pression sociale grandit : manifestations populaires, mobilisation des jeunes, lycéens et étudiants, qui luttent en nombre pour l’avenir du climat, développant ainsi une nouvelle conscience politique. C’est à l’État de mettre en place un plan d’urgence cohérent en prélevant des ressources auprès des plus riches ; l’effort ne doit pas porter sur les plus défavorisés. Il faut aussi assurer une aide aux pays les plus pauvres pour lutter contre le changement climatique. La sobriété globale s’accompagne d’une lutte contre les inégalités.

Quant à nous citoyens, nous devons accentuer notre pression sur l’État pour qu’il tienne les promesses qu’il fait. En outre ce sont nos modes de vie qui sont à adapter à la survie de l’humanité et de tout le vivant sur la planète.

Michèle Leduc pour le bureau de l’UR
Avec le groupe Transition écologique et rationalité de l’UR

[1] Il y a bien d’autres défis concernant la crise globale matière-énergie en rapport avec l’environnement qui ne sont pas traités ici (pollution, déchets etc., et surtout extinction des espèces).
[2] Voir l’éditorial de l’UR de mai 2022 : « alarme : Le GIEC martèle, il faut viser 1.5°C pas 2°C » 

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1 réflexion sur “La planification écologique doit être rationnelle”

  1. Guillaume Blanc

    Le premier objectif d’une planification écologique devrait être la sobriété : les objectifs de réduction d’émissions carbonées ne sont pas réalistes sans cela (et c’est probablement le plus simple, techniquement, on sait faire !). Transformer l’ensemble du parc automobile thermique en parc électrique pose question sur la faisabilité en termes de ressources minérales (et de pollutions associées).
    Ne considérer que le prisme de la décarbonation pour résoudre le problème du climat oublie tout un tas de problème connexes : d’ailleurs, si l’on imagine que l’on obtienne une source d’énergie infinie, écologiquement propre, ce n’est pas pour autant que le problème des limites planétaires serait réglé (cf. pollutions, biodiversité, etc.). Je pense que rationaliser la transition écologique, c’est aussi ne pas oublier qu’on ne peut pas faire une transition énergétique pour solutionner l’unique problème du climat, il faut tenir compte de tout le reste…

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