



L'édito de l'Union
Les dictatures mettent la science en péril
03/02/2025
De retour au pouvoir aux Etats-Unis, Donald Trump, bien que régulièrement élu, est parti pour instaurer une véritable dictature, avec comme conséquence une révision radicale des objectifs de la recherche scientifique. Il s’apprête à nommer ministre de la santé un membre rejeté du clan Kennedy, conspirationniste connu pour son scepticisme sur les vaccins – un «danger » sur lequel soixante-dix sept prix Nobel ont alerté le Sénat qui doit valider cette nomination. Sa première mission sera de s’attaquer aux grands laboratoires et aux agences de contrôle de la santé et de l’alimentation. D’autres choix de Trump aux postes-clés pour la science illustrent son mépris pour l’expertise et le consensus scientifique, car ils freinent son programme de déréglementation : ainsi Jarek Isaacman à la tête de la Nasa est un climato-sceptique sans formation scientifique, ou Mehmet Oz au National Institute of Health fait la promotion de traitements frauduleux. L’opposition est totale à toute forme de protection de l’environnement et de la santé : Elon Musk, à la tête d’un nouveau département de l’« efficacité gouvernementale », a en effet pour mission de purger les agences scientifiques qui en sont chargées, jugées « biaisées » ou « antibusiness ». La liberté de chercher de la communauté scientifique est menacée. Ceci rappelle que lors du premier mandat de Trump les climatologues ont vécu un cauchemar, privés de moyens et même obligés de cacher leurs résultats pour les soustraire à la destruction.
Ce qui se produit aux États-Unis alerte le reste du monde. Il y aura des répercussions sur la science et la recherche dans tous les pays car la science ne progresse qu’en co-construction internationale. Et l’exemple de l’audace décomplexée peut faire des émules. La politique européenne sera fortement impactée par celle de Trump. Elle accuse déjà un net ralentissement dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour la biodiversité. Le virage à droite et le recul des Verts au parlement européen laissent présager un retrait progressif du Pacte Vert et une baisse de l’effort de recherche dans les domaines de l’écologie.
En France aussi la recherche est aujourd’hui en sérieuse difficulté, particulièrement inquiétante dans un contexte où la menace du Rassemblement national se précise. La compétitivité de notre pays et la préservation de son modèle social passe plus par la qualité de son enseignement et de sa recherche que par la course à la taxation la plus basse. Les coupes prévues dans le budget 2025 de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche résultent des problèmes budgétaires hérités d’une mauvaise gestion par les dirigeants politiques au cours de ces dernières années. Les politiciens au pouvoir, en général dépourvus de culture scientifique, ne semblent guère s’en préoccuper : rappelons que nous avons eu pendant deux mois un antivax comme ministre de l’enseignement supérieur ! L’aggravation récente des dangers est soulignée par l’annonce du CNRS qu’il va établir une hiérarchie entre ses laboratoires[1]. Quelle que soit la forme qu’elle prendra, cette discrimination entre les bons et les autres (dictée par la pénurie de moyens) ne pourra qu’entraîner le déclin de certains laboratoires dont les recherches, à l’écart des grands courants des modes en science, sont pourtant potentiels de découvertes. En réalité le pilotage de l’excellence par en haut passe souvent à côté de recherches vraiment novatrices hors des grands programmes [2]. Notons par ailleurs que le secrétariat d’État à l’environnement n’est plus un grand ministère, tandis que les recherches développées par les agences de l’État protectrices de l’environnement comme l’ANSES sont la cible de la droite et du gouvernement [3].
Plus que jamais il faut soutenir la recherche qui établit les faits et s’oppose aux options irrationnelles et complotistes. L’Union rationaliste appelle à résister aux menaces que font peser sur la science les gouvernements réactionnaires du monde entier. Ce n’est pas seulement la liberté scientifique qui est en jeu, c’est la liberté tout court. La démocratie est en danger, il faut se battre aussi sur le front de la science.
Michèle LEDUC pour le bureau de l’UR
[i]Voir le communique de l’UR : Projet « Key Labs », une mise en compétition des laboratoires pour masquer la baisse des moyens alloués à la recherche – Le moratoire annoncé n’est sans doute qu’un recul passager du danger.
[ii] Voir l’exemple du chercheur belge Hamers-Casterman qui a fait la découverte en 1993 d’anticorps très particuliers chez le chameau et le lama. 30 ans plus tard ces mêmes nanocorps multi-brevetés ont des perspectives d’utilisation dans l’imagerie, la cancérologie et la maladie d’Alzheimer.
[iii] L’article du Monde du 01/01/2025 page 10 détaille les menaces qui pèsent sur la diffusion et la mise en application des recherches de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire).

Halte au démantèlement de la science
L’UR soutient les scientifiques français du mouvement Stand Up For Science, s’opposant aux menaces de l’administration Trump. Voir articles parus dans la presse et les interventions à venir de mars à juin.

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Kumiko Kotera – Chargée de recherches CNRS à l’Institut d’astrophysique de Paris (IAP).
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Ce fut un matérialiste, lecteur de Renan, Taine, Le Dantec et aussi de Montaigne, mais il se déclara toujours comme un piètre penseur, ce qui peut surprendre de la part d’un écrivain qui, dans ses romans, a semblé défendre des thèses. De formation, il est chartiste, passionné par la documentation, aimant la précision : son style, fluide et charpenté s’adapte à ce goût pour l’objectivité et, dans son Journal, a priori écrit intime, on retrouve ce besoin de clarté, comme s’il écrivait pour un lecteur qui n’est autre que lui-même.
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• Il peut être utilisé pour stocker ou transporter de l’énergie et, dans certaines conditions, il concurrencera l’électricité. Mais 1 kg de H2 gazeux occupe un volume environ 2 800 fois plus grand que 4 l d’essence dans les conditions ordinaires de pression et de température. Pratiquement, qu’il s’agisse de stockage ou de transport, le gaz est souvent comprimé dans des bouteilles en acier à une pression pouvant atteindre 700 fois la pression atmosphérique (à cette pression, en prenant en compte la masse du réservoir, la densité d’énergie par kg est réduite d’un facteur ~15). On développe aussi des procédés de stockage de H2 dans des matériaux solides, avec des densités d’énergie comparables à celle assurée par une compression à 700 bars.
• H2 peut s’enflammer avec l’air et/ou exploser en cas de fuite. Comme c’est le cas pour de nombreux produits inflammables, son utilisation demande donc des précautions particulières.
• Aujourd’hui, plus de 90% de H2 est obtenu à partir d’hydrocarbures, mais il peut aussi être produit par électrolyse de l’eau, c’est-à-dire à partir d’électricité et d’eau, avec un rendement énergétique qui peut atteindre, voire dépasser 80%. La production par électrolyse ne génère aucune pollution.
• On peut aussi produire H2 par des procédés biologiques, à partir de la biomasse ou de certains déchets. Cette production est concurrencée par celle de méthane.
• La façon la plus prometteuse d’utiliser l’énergie chimique de H2 est de mettre en œuvre une pile à combustible. De l’énergie électrique est alors directement obtenue de H2 et O2 avec un rendement de 50% à 60% aujourd’hui (plus de 90% bientôt) et un moteur peut convertir cette énergie électrique en énergie mécanique avec un rendement proche de 1. Cet usage de H2 produit de l’eau et n’est accompagné d’aucune pollution.
• Il existe aujourd’hui des voitures et des autobus électriques utilisant le H2, bientôt des trains et même des « vélos ». Un kg de H2 permet à une voiture « ordinaire » de parcourir une soixantaine de km. Mais ce qui manque encore, c’est un réseau dense de distribution de ce gaz.
• H2 est susceptible d’être très largement utilisé pour stocker et transporter de l’énergie. En particulier, il pourrait être fait largement appel à ce gaz pour le stockage de l’électricité des sources intermittentes dans les périodes de surproduction…
L’électricité dans la transition énergétique
L’électricité tient une place à part dans le mix énergétique : ce n’est pas une énergie directement disponible dans la nature. Sa production est le résultat d’un processus industriel où une énergie primaire (pétrole ou charbon, vent ou énergie solaire, énergie potentielle d’une chute d’eau) est convertie en électricité.
La production mondiale d’énergie dite primaire représente, en 2017, 14 milliards de tonnes d’équivalent pétrole (TEP). Les énergies fossiles classiques atteignent 81 % du total et l’électricité « directe » (nucléaire, hydraulique, EnR et un peu de biomasse) 10 % du total.
Carte blanche à Jean-François Delfraissy
Science, politique et société : l’exemple de la covid 19
Le 19 avril 2022:
Conférence de Jean-François Delfraissy (médecin et professeur de médecine) à 19 h 30 dans l’Amphithéâtre Henri Mineur de l’Institut d’Astrophysique de Paris, 98-bis Boulevard Arago, 75104 Paris.
La science, en particulier la médecine, a dû faire face au Covid 19 dont le mode d’action était complètement inconnu. Le monde scientifique a réussi toutefois à proposer un vaccin dans un laps de temps particulièrement rapide, en moins d’un an. Trop rapide aux yeux de certains. Expliquer, convaincre, s’ajuster en fonction des mutations permanentes d’un virus, avouer ses doutes tout en devant rassurer relève d’une gageure qu’il fallait relever coûte que coûte. li en va de la cohésion d’une société tout entière, de la crédibilité de l’action politique et de la parole de l’expert. L’exemple de la Covid 19 est un cas d’école qui continue à nourrir nos actions et nos réflexions…
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