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L’Union Rationaliste, sa nécessité et ses buts

Le 29 mars prochain, l’Union rationaliste réunira ses militants en Assemblée générale annuelle et nous avons pensé qu’à cette occasion, il serait bon de rappeler ses objectifs. Comme toutes les organisations militantes, elle a besoin d’adhérents, de militants et plus ils seront nombreux, plus l’action et fa voix de l’Union pourront se faire entendre et plus elle sera efficace. Aussi nous avons demandé à Jean-Pierre Kahane qui est mathématicien, membre de l’Académie des sciences et qui est le président de l’Union rationaliste, de venir exposer pourquoi une telle organisation est nécessaire et quels sont ses buts. En principe nous pensons réaliser sur le thème du rationalisme trois émissions ; deux autres devraient suivre celle que vous entendez aujourd’hui telles seront consacrées à la défense du rationalisme dans les sciences qu’on appelle dures : la physique ou la biologie puis dans les sciences humaines…

Est-ce à l’école laïque de valoriser ” le religieux ” ?

Une meilleure connaissance des religions dans le premier et le second degré : qui pourrait aujourd’hui s’en plaindre, dès lors que sont distingués prosélytisme et information? Mais cette question qui sous-tend le rapport Debray sur “L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque” [1] (mars 2002) est faussement naïve. Il est parfaitement possible, sous couvert d’une présentation objective, d’accompagner la présentation de ” faits religieux ” convenablement choisis d’un jugement de valeur positif et bienveillant, non pas certes envers telle confession présentée comme la seule vraie, ce qui serait aujourd’hui insupportable, mais envers la posture religieuse comme telle. Qu’importe la croyance, ce qui est beau, émouvant, normal, humain en somme, serait de croire. C’est précisément dans ce sens, celui d’une réhabilitation du religieux sous couvert d’éclairage historique des religions, que vont un certain nombre de manuels scolaires récents : typique est de ce point de vue le traitement de la Bible comme texte fondateur dans certains manuels actuels de 6ème (français), aux commentaires et aux guides de lecture fort proches de ceux d’un livre d’histoire sainte…

Le juste et le bien

Face à l’accroissement de l’hétérogénéité résultant de l’immigration mais aussi du dynamisme interne de la démocratie, l’État libéral moderne est confronté à une situation inconfortable : concilier cohésion sociale et reconnaissance des différences sans renoncer à l’égalité et sans céder au relativisme des valeurs. Si, en effet, le libéralisme paraît adapté pour faire face à la différence individuelle, il se retrouve dans une position plus incertaine face à la différence collective. Le modèle universaliste, sur lequel il est fondé, est désormais soumis à une sévère mise en cause, généralement articulée autour de l’idée qu’il serait pure abstraction. Au fond, la question aujourd’hui posée reste celle de la coexistence, désirée par la Révolution française, de l’égalité, de la liberté et de la fraternité. Ce travail cherchera à évaluer la portée de la critique émise par les communautariens (ou communautaristes, les deux termes pouvant convenir pour traduire l’anglais communitarian) à l’encontre du libéralisme classique, soupçonné de négliger la dimension communautaire de l’existence sociale…

A propos du relativisme cognitif

L’article de Pierre Jacob ” La philosophie, le journalisme, Sokal et Bricmont, ” souligne une fois de plus la pauvreté [1] philosophique du relativisme épistémologique ; celui-ci représente tout à la fois une retombée illégitime de la sociologie des sciences et une maladie professionnelle des sociologues. Cette critique ne s’applique pas seulement à Bruno Latour et aux sociologues de le nouvelle historiographie des sciences mais aussi à Jacques Derrida. Quand ce dernier écrit que ” tout signifié est aussi en position de signifiant ” en telle sorte que ” la distinction entre signifié et signifiant – le signe -devient problématique “, il rejette la notion de signe ainsi que l’autonomie du signifié et réduit le langage à un système de signifiants flottant à la dérive sans plus aucun contact avec un référent, c’est-à-dire sans aucune relation avec une réalité empirique. C’est le lecteur et le lecteur seul qui décide du sens du texte.

La liberté de religion dans la République française

Les religions jouissent en France d’une liberté qu’elles n’avaient connue à aucune époque antérieure à la IIIe République, que ce soit sous l’Ancien Régime (où le pouvoir régalien de l’État s’exerçait même sur la religion catholique), ou sous le Concordat (complété par les Articles organiques, eux-mêmes d’inspiration régalienne) ; pour ne pas parler de la Constitution civile du clergé, qui créait une véritable Église d’État. Toutefois, le terme de ” libertés religieuses ” n’est jamais employé dans les textes législatifs ou réglementaires ; si on l’utilise, il vaut donc mieux le mettre entre guillemets. A défaut du terme, la chose existe, on va le voir. Plusieurs points sont ici à considérer…

La philosophie, le journalisme, Sokal et Bricmont

En 1996, paraissait dans la revue d’études littéraires américaines, Social Text, sous la plume du physicien américain Alan Sokal, un article au titre énigmatique : ” Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique “. Cet article offrait des interprétations complètement fantaisistes de certains résultats de la logique, des mathématiques et de la physique placées sous l’autorité de plusieurs auteurs français célèbres dans le monde des sciences humaines et de la philosophie. Je n’en donnerai que deux exemples succincts. Il y est affirmé, par exemple, que ” le p d’Euclide et le G de Newton, qu’on croyait jadis constants et universels, sont maintenant perçus dans leur inéluctable historicité “. Dans une note, jouant sur les multiples sens des mots ” égalité ” et ” choix “, il est reproché aux mathématiciens dits ” libéraux ” de se satisfaire de la théorie des ensembles de Zermelo-Fraenkel qui admet deux axiomes réputés ” refléter ses origines libérales ” (au sens politique du mot) : l’axiome d'” égalité ” et l’axiome du ” choix “…

L’après-Sokal : que faire ?

L’impact de la parodie
Avant d’évoquer les suites de l’affaire Sokal, je voudrais revenir sur ce qui a été dit à propos de la parodie elle-même et corriger quelques-unes des nombreuses inexactitudes que l’on a pu trouver sur Internet ou ailleurs. Tout d’abord, c’est bien Alan qui l’a écrite tout seul. Bien entendu, j’étais au courant avant qu’elle ne soit publiée et je ne m’attendais pas à ce qu’elle le soit ; c’était trop ” hénaurme “. Et je pouvais encore moins imaginer alors tout ce qui suivrait : par exemple, être invité, moi qui suis professeur dans une université catholique, à intervenir dans un colloque organisé par l’Union rationaliste !
Au moment de la publication de la parodie, la situation était assez décourageante. Un regard rationaliste sur le monde ne pouvait que constater un regain des pseudo-sciences, une montée de l’intégrisme religieux et une croissance de cette espèce de pensée confuse, difficile à cerner de façon précise, qu’on appelle parfois ” postmodernisme “…

Les médecines parallèles

Nous recevons ce matin Marcel-Francis Kahn. Il est toujours difficile de présenter un invité plus célèbre que soi, aussi me contenterai-je de rappeler que vous êtes médecin, professeur à Bichat, que vous avez exercé longtemps les fonctions de chef de service en rhumatologie et que parmi les combats que vous avez menés – ils sont nombreux – on trouve celui contre les médecines dites parallèles et d’abord l’homéopathie. I1 n’y aurait peut-être pas lieu de reparler de ces questions, sinon pour réfuter les assertions fausses mais toujours réitérées des partisans de ces pratiques, si le Conseil de l’Ordre des médecins n’était intervenu récemment dans un rapport sur l’enseignement de l’homéopathie. Pouvez-vous nous rappeler les faits et nous dire votre réaction personnelle, publiée immédiatement dans Le Monde ? …

Qu’appellent-ils “penser” ?

De l’art de passer pour ” scientifique ” aux yeux des littéraires
Le meilleur commentaire qui ait été écrit sur l'” affaire Sokal “, sur le livre qui a été publié ensuite par Sokal et Bricmont et sur les réactions qu’ils ont suscitées l’avait probablement été déjà en 1921 par Musil dans son compte rendu du Déclin de l’Occident de Spengler. Après un passage consacré aux chapitres mathématiques du livre, dont il tire la conclusion que la façon de faire de Spengler ” évoque le zoologiste qui classerait parmi les quadrupèdes les chiens, les tables, les chaises et les équations du 4e degré “, Musil donne une démonstration brillante de la façon dont on pourrait, en appliquant ce genre de procédé, justifier la définition du papillon comme étant le Chinois nain ailé d’Europe centrale : ” Il existe des papillons jaune citron ; il existe également des Chinois jaune citron. En un sens, on peut donc définir le papillon : Chinois nain ailé d’Europe centrale. Papillons et Chinois passent pour des symboles de la volupté. On entrevoit ici pour la première fois la possibilité d’une concordance, jamais étudiée encore, entre la grande période de la faune lépidoptère et la civilisation chinoise. Que le papillon ait des ailes et pas le Chinois n’est qu’un phénomène superficiel…

De Lacan à Penrose : remarques sur “l’affaire Sokal”

C’est un grand plaisir pour moi de me trouver associé à ce colloque et je remercie l’Union rationaliste de m’en avoir offert l’occasion. Seul représentant, à cette table, des sciences humaines empiriques, ou même des sciences humaines (à l’exception de Jacques Bouveresse, mais si proche par métier des sciences dites exactes qu’on serait tenté de l’assimiler aux spécialistes de ces dernières), je me sens un peu la responsabilité, non de voler au secours des lacaniens et des postmodernistes, mais de clarifier quelques confusions auxquelles a donné lieu l'” affaire Sokal “, une fois que, échappant au contrôle de ses auteurs, les Impostures intellectuelles eurent été larguées sur Paris…